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25/04/2017 09:27 EDT | Actualisé 25/04/2017 10:00 EDT

France: un tueur en série jugé trente ans après pour les meurtres de deux enfants

Plus de trente ans après les faits, le tueur en série Francis Heaulme est jugé depuis mardi par la justice française pour les meurtres de deux garçons de 8 ans, qu'il nie avoir commis.

"J'ai commis des meurtres, je le reconnais, mais Montigny ce n'est pas moi. Ce n'est pas moi", s'est exclamé Francis Heaulme, 58 ans, déjà condamné pour neuf meurtres, extrêmement pâle et saisi de tremblements fréquents.

Arrêté en 1992 pour d'autres faits, soupçonné depuis le milieu des années 2000 d'avoir tué en 1986 Alexandre Beckrich et Cyril Beining, âgés de 8 ans, à Montigny-lès-Metz, dans l'est de la France, il a toujours nié ces deux meurtres.

Les corps des deux garçons, partis jouer avant le dîner, avaient été retrouvés le crâne enfoncé à coup de pierre, le pantalon de survêtement de l'un baissé.

"Les visages étaient ensanglantés, je suis resté figé quelques instants devant les corps, la scène est horrible, insoutenable", a écrit le premier enquêteur sur place.

Un jeune homme, Patrick Dils, avait été condamné en 1989 pour le meurtre des deux garçons, avant d'être innocenté, après avoir passé quinze ans en prison.

Mis en examen une première fois en 2006, Francis Heaulme avait bénéficié d'un non-lieu.

Sa présence non loin des lieux est avérée et le double assassinat porte sa "signature criminelle", soutiennent les enquêteurs, mais aucune preuve matérielle ne subsiste.

"Le procès s'ouvre aujourd'hui et nous devons dire qu'il ne pourra en aucun cas être équitable", a lancé Liliane Glock, l'avocate de Heaulme, demandant l'acquittement de son client et arguant de la destruction des preuves en 1995.

"Nous pensons qu'il y a à l'endroit de monsieur Heaulme, des éléments troublants, des présomptions précises, graves, significatives, concordantes et nous espérons que le débat oral, permettra de les fortifier, de les amplifier, pour que si faire ce peut, les jurés puissent se forger une conviction", a espéré avant l'audience Me Thierry Moser, avocat du père d'Alexandre.

Francis Heaulme a bien évoqué sa présence sur les lieux. Mais il a donné aux enquêteurs plusieurs versions. "Ce n'est pas moi, j'ai vu le meurtrier c'est tout", a-t-il argué dans des récits fluctuants. "Des fois je dis la vérité, des fois je mens", reconnaît le tueur en série dans ses auditions. "Pour faire l'intéressant".

Les conditions matérielles du procès se sont adaptées à l'ampleur du dossier: trois salles du tribunal de grande instance de Metz sont réquisitionnées. Une pour le procès proprement dit, une pour la retransmission vidéo des débats, et une dernière pour le travail des journalistes, dont une centaine est accréditée.

Une salle est également prévue pour que les familles, éprouvées depuis des années par la longueur de la procédure, puissent se reposer.

Surnommé "le routard du crime", Francis Heaulme est l'un des tueurs en série les plus connus de France. Arrêté en 1992, il purge ses condamnations, dont deux à perpétuité, pour neuf meurtres.

Le verdict est attendu le 18 mai.

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