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25/04/2017 02:09 EDT | Actualisé 25/04/2017 02:40 EDT

France: Le Pen et Macron, deux projets économiques que tout oppose

Hausse des dépenses, protectionnisme et sortie de l'euro pour Marine Le Pen, prudence budgétaire, libéralisme et renforcement de l'intégration européenne pour Emmanuel Macron: les deux finalistes de l'élection présidentielle française portent deux visions diamétralement opposées de l'économie.

Le jeune centriste pro-européen, 39 ans, part favori pour le rendez-vous du 7 mai, après être arrivé en tête du premier tour avec 24,01% des suffrages, suivi par la candidate de l'extrême droite, 48 ans (21,30%).

Or en matière économique, "on est sur deux philosophies très différentes", souligne à l'AFP Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis AM. "D'un côté, on souhaite se donner les moyens de s'adapter à un monde qui bouge, de l'autre on souhaite se couper du reste du monde", juge le chercheur, qui évoque un "grand écart" entre deux programmes "que tout oppose".

Au coeur des divergences: le rapport à la mondialisation, perçue par l'un comme une chance, par l'autre comme une menace pour la France, mais aussi le système social, la règlementation du travail, les moyens de relancer la croissance.....

"La mondialisation sauvage met en danger notre civilisation", estime Marine Le Pen en fustigeant la "dérégulation totale, sans frontière et sans protections", à l'origine de "délocalisations" et du "règne de l'argent-roi".

A l'inverse, pour Emmanuel Macron, ex-ministre de l'Economie du quinquennat socialiste et ancien banquier, "la mondialisation est une formidable opportunité". "Les grands succès économiques de notre pays sont tirés par la croissance du monde, nous n'avons plus le choix et c'est même notre chance", a-t-il déclaré pendant la campagne.

La candidate du Front national (FN), qui promeut le protectionnisme, promet de renégocier les traités commerciaux internationaux et de rétablir des barrières douanières, en imposant une taxe de 3% sur certaines importations.

- 'patriotisme économique' -

Elle propose de faire jouer la préférence nationale pour les marchés publics et de couper les ponts avec Bruxelles, avec une mesure radicale: l'abandon de la monnaie commune, accusée de plomber la compétitivité des entreprises françaises et le pouvoir d'achat des Français.

"Les prix ont explosé quand on est passé à l'euro, cette vérité a été camouflée", assure-t-elle.

"En rupture assumée avec la construction européenne", Marine Le Pen a l'intention de "retrouver une souveraineté monétaire et économique", rappelle Emmanuel Jessua, économiste chez COE Rexecode, institut réputé proche du patronat.

Une volonté de "patriotisme économique" aux antipodes des positions de son rival, qui souhaite renforcer le libre-échange, en validant le CETA (accord commercial entre l'Union européenne et le Canada), et approfondir l'intégration européenne, via la création d'un budget propre à la zone euro.

Les deux candidats s'opposent aussi sur les finances publiques. "Emmanuel Macron souhaite respecter la règle des 3% (de déficit public) dès 2017", conformément aux traités européens, ce qui passe par une gestion rigoureuse des deniers publics, souligne Ludovic Subran, chef économiste chez Euler Hermès.

Le leader du mouvement En Marche! prévoit ainsi un plan de 60 milliards d'euros d'économies sur cinq ans, via la suppression de 120.000 postes de fonctionnaires et une réduction des subventions aux collectivités territoriales.

Cette prudence budgétaire le distingue de Marine Le Pen, qui promet des embauches de fonctionnaires, une prime mensuelle de 80 euros versée par l'Etat pour tous les salariés qui gagnent moins de 1.500 euros par mois ou encore la baisse de l'âge légal de la retraite à 60 ans contre 62 aujourd'hui.

Pour financer ces mesures, la candidate du FN "propose bien sûr des économies", comme "la suppression des aides qui ne vont pas aux Français", relève Ludovic Subran.

Sur le plan social, le libéral pro-européen veut dessiner "un marché du travail qui fonctionne plutôt sur les contours de la flexisécurité à la scandinave", juge Emmanuel Jessua.

Marine Le Pen, elle, a promis d'abolir la nouvelle loi sur le travail -concoctée par son rival à l'époque au ministère de l'Economie-, qui selon elle répond à une "feuille de route de Bruxelles".

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