NOUVELLES
25/04/2017 09:02 EDT | Actualisé 25/04/2017 09:20 EDT

En Colombie, 40% des victimes des mines anti-personnel sont des civils

En Colombie, deuxième pays du monde le plus affecté par les mines anti-personnel après l'Afghanistan, près de 40% des plus de 11.000 victimes de ces armes sont des civils, dont un millier d'enfants, selon un nouveau rapport officiel.

Depuis 1990 jusqu'au 31 mars dernier, les mines anti-personnel et restes d'explosifs placés par des acteurs du conflit armé ont fait 11.481 victimes, dont 20% sont mortes et 4.425 sont des civils, précise cette étude du Centre national de la mémoire historique (CNMH), à laquelle l'AFP a eu accès avant sa publication mercredi à Bogota.

Parmi ces civils, près de 30% sont des mineurs de moins de 18 ans et 25% des éradicateurs de plantations illicites, notamment de coca, composant de base de la cocaïne, ajoute le texte intitulé "La guerre cachée. Mines anti-personnel et reliquats d'explosifs en Colombie".

"Les dommages physiques aux enfants et aux adolescents sont très importants, et requièrent une attention médicale immédiate et coûteuse", a déclaré à l'AFP Maria Elisa Pinto, chercheuse du CNMH.

Au total, 98% des explosions de mines ont eu lieu dans des zones rurales, ajoute ce rapport, le premier réalisé en Colombie dans une perspective de "mémoire historique", précisant en outre que 7.028 personnes touchées sont des membres des forces de l'ordre.

- Stratégie de combat des guérillas -

La plupart des mines anti-personnel (MAP) et explosifs ont été placés par les guérillas des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), qui ont signé en novembre un accord de paix historique, et de l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste), qui en février a entamé des pourparlers avec le gouvernement pour mettre fin à plus de 50 ans de guerre.

Depuis le début des années 60, le conflit colombien a impliqué une trentaine de guérillas d'extrême gauche, des milices paramilitaires d'extrême droite et les forces de l'ordre. Cette confrontation fratricide a fait environ 260.000 morts, 60.000 disparus et sept millions de déplacés, selon des chiffres officiels.

"L'usage des MAP par les guérillas n'a pas été aléatoire, mais correspondait à une stratégie de combat et à une logique de contrôle du territoire, ainsi que de la population par ces groupes, mais a affecté les civils de manière indiscriminée", explique le rapport.

Outre causer des pertes à leurs adversaires, les rebelles entendaient ainsi protéger leurs fiefs, ainsi que les plantations de coca, de marijuana et de pavot, source de financement des groupes armés illégaux.

L'étude, qui rassemble des données de la Direction pour l'action intégrale contre les mines anti-personnel (Daicma), avertit qu'en dépit d'"une tendance décroissante" de l'usage des mines, la Colombie est confrontée à "un problème qui persistera pendant des années".

- 50% des explosifs sur 25 communes -

"Le phénomène des mines s'est concentré", a ajouté Mme Pinto, avec 700 des 1.032 municipalités du pays qui sont minées, mais 50% des explosifs sur seulement 25 communes.

Les départements déplorant le plus de victimes sont ceux d'Antioquia (nord-ouest), Meta (centre), Caqueta (sud), Nariño (sud-ouest) et Norte de Santander (sud-est).

"Le défi que doit maintenant relever la Colombie est de faciliter l'attention et la réhabilitation des victimes", a estimé la chercheuse du CNMH.

Le pays a signé en 1997 la Convention d'Ottawa, qui interdit l'usage des mines anti-personnel et est entrée en vigueur en 2001. L'armée colombienne avait recours à ces armes notamment pour protéger ses bases, qui ont commencé à être déminées une fois le traité souscrit.

La Colombie entend être "libre de mines" d'ici 2021 et le gouvernement a lancé en février des opérations de déminage de 40% de la superficie affectée.

Les Farc se sont pour leur part engagées à contribuer au déminage, tandis que l'ELN et le gouvernement ont annoncé début avril la mise en oeuvre d'un programme pilote dans le cadre de leurs négociations délocalisées à Quito.

Selon la Direction contre les mines, entité rattachée à la présidence, des opérations de déminage ont été menées dans 128 communes entre 2004 et février 2017, 5.491 explosifs ont été détruits et plus de deux millions de m2, des 52 millions du territoire colombien, ont été déminés.

raa/fpp/ka/glr