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19/04/2017 22:50 EDT | Actualisé 19/04/2017 23:20 EDT

Vietnam/droit à la terre: un village se barricade avec ses otages

Un village barricadé et une vingtaine de policiers retenus en otage depuis six jours: la situation se tendait jeudi dans le nord du Vietnam où des villageois protestent contre la confiscation de leurs terres.

Cette situation est inédite dans ce pays communiste d'Asie du Sud-Est où les autorités confisquent fréquemment des terrains pour y mener des opérations immobilières mais où les habitants osent rarement protester.

A l'origine de la colère des habitants de My Duc, village à une cinquantaine de kilomètres d'Hanoï: la décision prise par les autorités de s'emparer de certaines terres du village au profit de Viettel, une société de télécommunication détenue par l'armée.

"Nous retenons toujours 20 personnes dont deux responsables du village", a expliqué à l'AFP une villageoise, qui a souhaité garder l'anonymat.

Cette dernière a précisé que les otages étaient bien traités, nourris et qu'on leur avait fourni des vêtements propres.

Craignant une intervention de la police, le village s'est barricadé dans la nuit de mercredi à jeudi: des piles de bois, des sacs de sable et des briques ont été placées autour des maisons, a-t-elle ajouté.

Et les habitants menacent de mettre le feu aux habitations où sont retenus les otages en cas d'intervention de la police.

"Nous avons versé de l'huile autour de l'habitation où ils sont enfermés. Nous sommes prêts si la police nous attaque", a-t-elle ajouté.

Au total, 38 policiers et fonctionnaires locaux avaient été pris en otage samedi. Trois d'entre eux se sont échappés et 15 autres ont été libérés lundi.

Peu de médias officiels osaient évoquer l'affaire au Vietnam mais cette histoire et les photos étaient largement partagées sur les réseaux sociaux.

Contactées par l'AFP, les autorités se sont refusées à tout commentaire.

Au Vietnam, la terre est la propriété de l'Etat qui n'hésite pas à exproprier les gens en versant des contreparties jugées dérisoires par les habitants.

En 2012, le propriétaire d'une entreprise piscicole avait eu recours à des armes artisanales pour tenter d'empêcher son expulsion, blessant sept policiers.

Il a été condamné à cinq ans d'emprisonnement, et son cas est devenu le symbole du mécontentement croissant dans le pays concernant l'accès à la terre.

En 2013, un homme avait abattu dans le nord du pays un responsable provincial avant de se suicider, dans ce qui paraît avoir également été un différend foncier.

bur-tib/lp