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20/04/2017 07:54 EDT | Actualisé 20/04/2017 08:20 EDT

Venezuela : après les violences, nouveaux défilés sous haute tension

Au lendemain des imposantes manifestations contre le président socialiste Nicolas Maduro au Venezuela, marquées par des violences ayant fait trois morts, l'opposition s'apprêtait jeudi à défiler à nouveau, sur fond de fortes tensions et d'inquiétude croissante de la communauté internationale.

En fin de matinée, les premiers manifestants commençaient à se rassembler dans différentes parties de Caracas.

La capitale s'est réveillée dans le calme mais quadrillée par les forces de l'ordre qui contrôlaient les principaux axes de circulation où des véhicules antiémeutes étaient positionnés.

Des troubles sporadiques se sont poursuivis dans la nuit de mercredi à jeudi dans certains quartiers de Caracas et dans d'autres villes, avec des pillages de boulangeries et de supermarchés. Des barricades avaient été dressées, notamment à San Cristobal (ouest), et des concerts de casseroles ont résonné à plusieurs endroits dans la capitale.

Face au risque de nouvelles violences jeudi, des universités et des entreprises ont fermé leurs portes.

Mercredi, trois personnes ont été tuées au cours des vastes rassemblements de l'opposition et une trentaine de manifestants arrêtés.

Un adolescent de 17 ans et une femme de 23 ans ont été tués, respectivement à Caracas et San Cristobal par les tirs d'inconnus encagoulés circulant à moto, selon le parquet.

D'après des témoins, les auteurs des tirs font partie dans les deux cas des "colectivos", des groupes de civils armés par le gouvernement, assure l'opposition.

- Un militaire tué -

Parallèlement, un militaire a été tué par des manifestants dans la périphérie de Caracas, a affirmé dans la soirée à la télévision l'un des principaux responsables du pouvoir, Diosdado Cabello. Le parquet a confirmé à l'AFP la mort d'un soldat.

Pendant la journée de mercredi, dans un climat extrêmement tendu, les accès à la capitale ont été bloqués par un important déploiement policier et militaire, qui repoussait avec du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc les manifestants, lesquels répliquaient à l'aide de pierres et de cocktails Molotov.

Huit personnes ont été tuées et plus de 500 arrêtées en trois semaines, a annoncé l'ONG Foro Penal, dans ce pays qui traverse une grave crise politique et économique et où l'opposition, majoritaire au Parlement depuis fin 2015, veut obtenir le départ anticipé du président socialiste.

"Personne ne se rend, notre devoir est de défendre la Constitution", a déclaré Henrique Capriles, un des chefs de l'opposition et ancien candidat à la présidentielle de 2013, qui a demandé la "coopération" des entreprises et des universités pour que "le peuple puisse se mobiliser librement dans tout le Venezuela".

L'Union européenne a condamné jeudi les violences "très regrettables" qui ont émaillé les manifestations et appelé à une "désescalade" pour "stopper la détérioration de la situation".

De son côté, l'ONG Amnesty international s'est alarmée de la "répression" pendant ces rassemblements.

- Journalistes français détenus -

Signe de la crispation des autorités, deux chaînes de télévision étrangères, El Tiempo (Colombie) et Todo Noticias (Argentine), ont dit avoir été coupées au Venezuela au moment des manifestations mercredi.

Par ailleurs, en France, le candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon a demandé jeudi au Venezuela de relâcher deux journalistes français partis faire un reportage pour l'agence de presse Capa et emprisonnés depuis le 11 avril.

"La stratégie du gouvernement semble consister à se maintenir au pouvoir coûte que coûte et à éviter la tenue d'élections car la crise l'a rendu assez impopulaire. Ainsi, plus les protestations seront fortes, plus la répression sera importante", estime Diego Moya-Ocampos, un analyste du cabinet britannique IHS.

M. Maduro a activé mardi un plan de défense renforçant la présence policière et militaire. Mercredi, il a annoncé l'arrestation de 30 personnes, accusées de vouloir provoquer des violence pendant les manifestations, ajoutant être, grâce à son plan de défense, "en train de démanteler le coup d'Etat terroriste" fomenté selon lui par les Etats-Unis.

La vague d'actions de protestation des antichavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013) a débuté le 1er avril quand la Cour suprême s'est arrogée les prérogatives du Parlement, déclenchant un tollé diplomatique qui l'a poussée à revenir en arrière 48 heures plus tard.

L'opposition avait alors aussi dénoncé une tentative de coup d'Etat, tandis que cet épisode lui a paradoxalement donné un nouveau souffle.

Toute échéance électorale est risquée pour Nicolas Maduro, dont sept Vénézuéliens sur 10 souhaitent le départ. Il a pourtant assuré mercredi souhaiter des élections "bientôt", pour "gagner définitivement" la bataille.

mis/tup/ka/bds

IHS INC.

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