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20/04/2017 08:47 EDT

Un opéra sur Louis Riel à Toronto

La Canadian Opera Company à Toronto monte un opéra sur Louis Riel, le politicien de la deuxième moitié du XIXe siècle, chef du peuple métis et fondateur du Manitoba.

Un texte de Kevin Sweet

Créé en 1967

L’opéra a été composé et écrit par les Canadiens Harry Somers et Mavor Moore en 1967 dans le cadre des célébrations du centenaire de la Confédération canadienne et a fait l’objet d’une controverse, à l’époque.

À l’époque, c’était audacieux et risqué. Parce que ce n’était pas un sujet commémoratif. C’était un sujet qui mettait le doigt sur les problèmes au Canada, sur l’origine du Canada et comment le pays est devenu un pays.

Alexander Neef, directeur artistique de la Canadian Opera Company

La production coïncide également avec les célébrations du 150e de la Confédération du Canada et célèbre le 50e anniversaire de l'oeuvre.

Résistance contre gouvernement canadien

Pour protéger les droits et la culture des Métis, Louis Riel a dirigé deux mouvements de résistance contre le gouvernement canadien.

Il était une épine au pied du gouvernement fédéral.

Alexander Neef, directeur artistique de la Canadian Opera Company

Il a été pendu pour trahison en 1885 à l’âge de 39 ans après s’être réconcilié avec l’Église catholique.

Les Québécois avaient décrié sa condamnation. Ils voyaient en Louis Riel un exemple de la minorité francophone catholique opprimée par les anglophones protestants.

Un opéra encore plus d’actualité

Je pense que le public à l’époque voyait l’opéra comme un conflit entre le Canada anglais et le Canada français. Aujourd’hui c’est un peu plus un triangle. Il y a toute la dimension des peuples autochtones qui s’ajoute.

Alexander Neef, directeur artistique de la Canadian Opera Company

L’opéra porte sur le procès de Louis Riel et fait aussi le procès du Canada.

Les grandes questions portent sur l’appartenance de la terre canadienne et les droits des peuples autochtones.

Ces questions sont toujours d’actualité en 2017. Fin 2015, le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada avait conclu que les pensionnats autochtones étaient l'outil central d'un génocide culturel à l'égard des premiers peuples du Canada et que seul un réengagement important de l'État pouvait permettre un accès à l'égalité des chances et une véritable réconciliation.

Dans cette nouvelle production, cette dimension sera très visible sur scène.

Des Métis sur scène

En plus des 39 acteurs et chanteurs professionnels, le metteur en scène Peter Hinton a fait appel à une quinzaine de personnes métisses qui seront sur scène.

En 1967, il n’y en avait aucun. Le metteur en scène tenait à faire ce changement.

Je ne peux pas changer ce qui s’est fait dans le passé. Mais pour cette production, je voulais donner une voix à des gens qui n’en avaient pas. Et donc on a complètement changé le choeur pour faire participer des Métis. Il faut être plus ouverts.

Alexander Neef, directeur artistique de la Canadian Opera Company

Les rôles joués par les Métis sont pour la plupart silencieux, mais ils sont là.

« Notre silence en dira beaucoup », dit Cole Alvis, un acteur métis. « Je me demande si les gens vont voir notre présence et vouloir en savoir et voir davantage ».

Il souhaite un jour voir un opéra créé par un artiste autochtone, avec une distribution de chanteurs autochtones, sur les planches du Centre Four Seasons.

Même en coulisses

Avant même le début des répétitions, tous les membres de la distribution, les musiciens et les membres de la direction de la Canadian Opera Company ont pris part à une cérémonie de purification en coulisses. Des plantes médicinales ont été brûlées.

« Nous étions dans un cercle. Ça a créé un calme. C’était émouvant pour toutes les personnes qui étaient là. Nous étions tous égaux », dit Simon Osborne, la soprano qui interprétera le rôle de Marguerite Riel, l’épouse de Louis Riel.

Chanté dans 4 langues

L’opéra sera chanté en anglais, français, métchif et cri avec des surtitres dans les 4 langues.