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20/04/2017 01:08 EDT | Actualisé 20/04/2017 01:20 EDT

France: la ville du prêtre tué par des jihadistes veut "résister" au rejet de l'autre

Assis dans l'église où le père Hamel a été assassiné au nom du jihad l'été dernier, Bernard Auvray le dit tout net: dimanche, il votera pour la gauche radicale comme l'aurait fait selon lui ce prêtre français engagé contre "le racisme et la pauvreté".

Le 26 juillet 2016 à Saint-Etienne-du-Rouvray (nord-ouest), Jacques Hamel, 85 ans, a été assassiné en pleine messe par deux jihadistes de 19 ans, dont un vivant dans cette commune de près de 30.000 habitants. L'attentat dans l'église, une première en Europe, a bouleversé un pays déjà traumatisé par des attaques sanglantes (238 morts).

Alors que la France vient de déjouer un nouvel attentat, les habitants de cette ville populaire et cosmopolite, communiste depuis 1959, affirment que l'attaque les a traumatisés sans changer leurs idées politiques. Leur priorité: élire une personne capable de redresser un pays en proie à un chômage endémique de 10%.

"Ce qui choquait le plus le père Hamel, c'était le racisme, la pauvreté, le manque d'amour entre les humains. Il avait une lecture de l'Evangile qu'on pouvait appliquer à tous les sujets... Je vais voter Jean-Luc Mélenchon pour son discours le plus proche du monde ouvrier", confie Bernard Auvray, retraité de 72 ans qui militait au côté du prêtre dans un groupe d'action catholique ouvrière.

"Ici, il y a toutes les religions, toutes les cultures. On est une communauté assez solidaire, on a tous subi une tragédie. Ca n'a pas changé ma position sur mon vote", juge aussi Linda Royer, 39 ans, attablée au bar du centre-ville.

Récemment licenciée par une entreprise de logistique, elle attend des candidats qu'"ils ne s'en mettent pas +plein les fouilles+ (les poches) vu la conjoncture actuelle".

Deux candidats, la patronne de l'extrême droite Marine Le Pen - donnée qualifiée depuis des mois au second tour le 7 mai - et le conservateur François Fillon sont visés par des enquêtes sur des emplois fictifs présumés.

- 'Enjeu de paix' -

"Si le coeur reste gros, la raison est forte et les habitants font la démonstration de leur résistance", veut croire le maire, Hubert Wulfranc.

Pour l'édile communiste de 60 ans, c'est surtout "l'enjeu de paix" défendu par Jean-Luc Mélenchon qui pèsera dans les urnes. Le tribun de la gauche radicale, en pleine ascension dans les sondages, milite notamment pour quitter l'Otan et pour des mesures de progrès social avec une meilleure répartition des richesses.

"Ici je vois chaque mois la précarité progresser davantage, ça se voit sur les visages, les vêtements... C'est un désespoir qui s'accumule. Marine Le Pen veut tirer vers le bas une partie de nos concitoyens. Mais, à la colère manipulée, commence à se substituer la colère raisonnée: une colère construite en regardant vers le haut, vers ceux qui ont profité de la crise", dit-il.

A la mosquée Yahya où une cinquantaine de fidèles viennent d'assister à la prière, Hamadi Ladkar dit lui aussi chercher un candidat qui améliore la vie: "Il y en a beaucoup qui vont vers le Front national (le parti de Marine Le Pen) rien que pour les (propositions contre les) immigrés mais moi je cherche quelqu'un qui guide la France pour remonter la pente. Qu'on trouve du travail, comme avant".

Selon différents sondages, le chômage et le pouvoir d'achat figurent en tête des préoccupations des Français, devant le terrorisme et la sécurité.

Lors de la précédente présidentielle de 2012, la ville avait voté au premier tour à 37% pour le socialiste François Hollande, plaçant ensuite Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Mais certains prédisent une progression de la candidate du Front national.

Pour Bernard Auvray, "le rejet de l'autre existe à Saint-Etienne. Il y a une tension liée au choc des cultures et aux voiles des femmes".

Olivier Alarson, ex-gérant de discothèque devenu chauffeur de taxi, ne cache pas qu'il votera extrême droite, pour la première fois.

"Quand le prêtre s'est fait égorger, ici il y avait des bougies, des petits coeurs, des fleurs, alors qu'en face de nous il y a des gens qui égorgent ! Ca va pas, on est des Bisounours. Quand les gens vont se rendre compte de ce qu'il y a en face, ce sera trop tard", dit cet homme de 45 ans autrefois baptisé par le père Hamel.

blb/sof/prh