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20/04/2017 06:18 EDT | Actualisé 20/04/2017 06:40 EDT

Désunis, les populistes allemands en congrès avant les législatives

Surmonter une guerre des chefs, adopter une stratégie pour percer aux élections législatives de septembre, le tout entouré de manifestations hostiles: le congrès du week-end des populistes allemands de l'AfD s'annonce mouvementé.

La réunion de samedi et dimanche à Cologne (ouest) des délégués de l'Alternative pour l'Allemagne va se tenir dans des conditions très particulières: quelque 50.000 contre-manifestants sont attendus ainsi que 4.000 policiers. L'an passé à Stuttgart (sud-ouest), des violences attribuées à l'extrême gauche avaient éclaté.

"Plusieurs centaines de personnes prêtes à en découdre" sont attendues, a indiqué jeudi lors d'une conférence de presse le chef de la police de Cologne, Jürgen Mathies. Ses hommes "interviendront de façon conséquente et résolue afin de protéger les nombreux (manifestants) pacifiques", a-t-il prévenu.

Dans l'hôtel qui accueillera le congrès, l'ambiance s'annonce tout aussi électrique, tant la ligne de fracture semble profonde entre les "réalistes" craignant toute comparaison avec l'extrême droite, et les tenants d'une "opposition fondamentale" au système, habitués aux dérapages verbaux.

Le débat est d'autant plus important que ces hostilités internes ne sont pas étrangères à la baisse de popularité de ce parti libéral sur le plan économique et qui se revendique aussi anti-islam, eurosceptique et porteur des valeurs familiales traditionnelles.

Codirigeante de l'AfD et figure de proue des "réalistes", Frauke Petry, 41 ans, a donné un avant-goût de la bataille à venir en attaquant mercredi ses adversaires dans une vidéo sur Facebook.

- 'Autodestruction' -

"L'image de l'AfD n'a pas cessé d'être déterminée par les provocations extrêmes de quelques représentants qui ont pris de court la direction du parti", martèle-t-elle.

La télégénique Mme Petry, enceinte de son cinquième enfant, relève que "les tensions internes" et les dérapages racistes de certains cadres ont conduit "à une érosion drastique du potentiel électoral" de la formation.

Bien que loin d'être majoritaire, elle presse l'AfD d'adopter sa stratégie, un document de 78 pages qui pose les jalons d'une "Realpolitik" devant conduire le parti au pouvoir dès 2021. Voulant prouver qu'elle n'agit pas par ambition personnelle, Mme Petry a renoncé à être tête de liste aux législatives du 24 septembre.

Reste à savoir comment réagiront les durs du parti, notamment Alexander Gauland, 76 ans, dont le camp dispose d'un large soutien dans l'est de l'Allemagne, grand bastion électoral de l'AfD.

Jusqu'ici, il a su repousser les assauts de sa camarade, obtenant même le gel de procédures d'exclusion de cadres ayant tenu des propos controversés sur le nazisme.

"L'Allemagne dispose des populistes de droite les moins talentueux d'Europe", raille l'édition en ligne du magazine Der Spiegel : alors qu'ailleurs en Europe, les formations populistes ont le vent en poupe, l'AfD, elle, "est occupée à son autodestruction".

Il y a peu, pourtant, le parti volait de succès en succès, parvenant à rentrer dans 11 des 16 assemblées régionales allemandes.

Il a enregistré une forte poussée en 2015 et 2016, lorsque la chancelière Angela Merkel a ouvert la porte à plus d'un million de demandeurs d'asile. Des sondages lui donnait alors jusqu'à 15% des voix.

- Score historique -

Mais, entre crise interne et baisse du flux migratoire, la formation a enregistré un repli conséquent depuis janvier (8 à 11% selon les études).

Ce niveau reste historique pour un parti de ce type dans l'Allemagne d'après-guerre, mais l'objectif d'obtenir un résultat à deux chiffres en septembre et de devenir le troisième parti du pays est loin d'être acquis.

Autres mauvaises nouvelles pour l'AfD: l'urgence migratoire passée, Mme Merkel, qui vise un quatrième mandat, a vu sa popularité remonter. Et les sociaux-démocrates, conduits par l'ex-président du Parlement européen Martin Schulz, connaissaient aussi une embellie.

Pour le politologue Hajo Funke, de l'Université libre de Berlin, les victoires surprises du Brexit et de Donald Trump ont remobilisé l'électorat en faveur de partis traditionnels pro-européens.

"L'AfD serait mortelle pour l'identité allemande contemporaine, ses liens forts en Europe, son statut de nation exportatrice. Et cela va devenir de plus en plus clair (pour les électeurs) à l'approche des élections", s'avance-t-il.

Raison de plus pour Frauke Petry de réduire l'influence de la frange radicale de l'AfD, qui fait figure d'épouvantail dans un pays encore marqué par son passé nazi.

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