NOUVELLES
20/04/2017 03:33 EDT | Actualisé 20/04/2017 04:00 EDT

Brexit: l'UE pourrait aussi bénéficier des élections anticipées au Royaume-Uni

Le pari de la Première ministre britannique, Theresa May, de sortir renforcée d'élections anticipées pourrait également faire les affaires des Européens qui s'inquiétaient de devoir négocier le Brexit avec une dirigeante sous pression.

Une nette victoire électorale le 8 juin pourrait être synonyme d'un "dirigeant fort à Londres qui pourra négocier avec nous avec le fort soutien de l'électorat", espère une source européenne proche des négociations.

Ce point de vue est largement partagé à Bruxelles, où la perspective d'une Theresa May avec des marges de manoeuvre plus importantes est perçue comme la possibilité d'avoir une interlocutrice moins intransigeante.

Si, comme le suggèrent les sondages, Mme May obtient l'une des plus larges majorités jamais acquises par les conservateurs, "elle sera moins prise en otage par les partisans d'un Brexit plus dur, ou plus doux, et on verra vraiment ce qu'elle veut faire", estime de son côté Ignacio Molina, du centre de réflexion espagnol Real Instituto El Cano.

Pour cet expert, Theresa May aura le "capital politique" pour prendre ses propres décisions, pouvant adoucir son discours ou au contraire le durcir.

- 'Bonne nouvelle' -

"La bonne nouvelle, côté européen, c'est que du coup elle sera moins fragile pour encaisser toutes les concessions qu'elle devra faire", avance une source diplomatique.

Giles Merritt de Friends of Europe, un autre centre de réflexion, voit dans les élections anticipées la traduction du nouveau mantra de Mme May: "Obtenir le meilleur accord possible". Et non plus la ligne dure affichée précédemment: "mieux vaut ne pas avoir d'accord qu'un mauvais accord".

"Elle sera à l'inverse ouverte aux arrangements avec l'UE que les partisans de la ligne dure au sein de son propre parti condamnent comme un Brexit doux", estime M. Merritt dans une analyse.

Simon Tilford, du CER (Centre for European Reform), un institut de recherche pro-européen basé à Londres et Bruxelles, pense également qu'il est "possible de voir comment cela pourrait, d'une certaine façon (...) enhardir les partisans d'un Brexit plus doux".

Dans ce "scénario positif", Theresa May cherche à ne plus être "vulnérable aux attaques de la droite eurosceptique".

"Ces dernières semaines elle a semblé plus flexible sur la liberté de mouvement, sur la question de la Cour européenne de justice et semble désormais comprendre qu'un accord de transition entre la Grande-Bretagne et l'UE exigera que le pays respecte les décisions de cette Cour et le maintien de la liberté de mouvement", analyse M. Tilford.

- 'Dissolution du pays' -

Un autre scénario pourrait voir Theresa May estimer au contraire avoir les moyens de soutenir les dommages politiques résultant de l'absence d'un accord de retrait au bout de deux ans de négociations.

"Je n'adhère pas à cette idée. Elle n'est pas, idéologiquement, partisane extrême du Brexit", avance M. Tilford. De plus, selon lui, "elle sait que si le Royaume-Uni fait cela, cela mènerait à la dissolution du pays".

La Commission européenne s'était laissée une journée avant de réagir à l'annonce de Mme May, et conclu que ces élections surprises n'auraient pas d'impact sur le calendrier prévu des négociations.

Pour son président, Jean-Claude Juncker, qui a eu mardi une conversation téléphonique avec Mme May, les négociations "réelles" sur l'article 50, qui régit la sortie d'un pays de l'Union, "débuteront après les élections".

Celles-ci "devaient commencer au mois de juin de toute façon", selon le porte-parole de l'institution, Margaritis Schinas.

La dernière date prévue dans les préparatifs de l'UE est celle du 22 mai, jour où les ministres des Etats membres doivent adopter, sans le Royaume-Uni, le mandat des négociateurs européens ainsi que les "directives" que ceux-ci devront suivre dans les discussions avec le Royaume-Uni.

mla/cds/prh