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20/04/2017 10:02 EDT | Actualisé 20/04/2017 10:20 EDT

A Washington, nouveaux appels contre le protectionnisme face à Trump et au Brexit

Le gotha économique mondial a de nouveau mis en garde jeudi à Washington contre le repli sur soi et la menace protectionniste à l'heure du Brexit et face à une administration Trump hostile au libre-échange.

"Il ne faut pas mettre en péril le moteur du commerce, qui a alimenté la croissance et qui est un élément crucial de la productivité", a déclaré la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, en ouverture de l'assemblée de printemps de son institution et de la Banque mondiale.

"L'ensemble d'entre nous a grandement bénéficié" de l'accélération des échanges, a ajouté le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, saluant l'actuel rebond de l'économie mondiale.

Réunis à Washington pour ce grand raout international, les ministres des Finances et banquiers centraux de 189 pays se retrouvent de fait sous un ciel économique plus clément.

La croissance mondiale a repris des couleurs, conduisant le FMI à relever ses prévisions planétaires pour la première fois en deux ans. "Le printemps économique arrive", a estimé Mme Lagarde.

Les ministres des Finances du G20, qui se réunissent jeudi et vendredi à Washington, devraient sans nulle doute se réjouir de cette embellie près de dix ans après la crise financière de 2008.

Mais un important péril continue de planer.

Sous la bannière du "America First", l'administration Trump menace toujours d'élever des barrières douanières et de dénoncer le libre-échange.

De l'autre côté de l'Atlantique, les délicates négociations sur le Brexit viennent de commencer dans un climat tendu entre Londres et Bruxelles.

Enfin, plusieurs candidats à la présidentielle française de dimanche ont fait campagne sur un message très critique sur l'intégration européenne et la mondialisation, dont la chef de file du Front national Marine Le Pen.

Une victoire de Mme Le Pen risquerait de provoquer un "désordre majeur" et une "dislocation" de l'Union européenne, a d'ailleurs estimé Mme Lagarde, rompant avec sa traditionnelle prudence quand elle s'exprime sur la France.

- Frictions -

Une fois encore, les grands argentiers du globe se trouvent donc contraints de défendre les bienfaits supposés de la mondialisation tout en reconnaissant qu'une plus grande attention doit être portée aux laissés-pour-compte.

Le fait qu'un pays, fut-il la première puissance économique mondiale, soit tenté par un repli économique ne signifie que cet élan doit disparaître, a affirmé Jim Yong Kim, le président de la Banque mondiale.

"Certains pays peuvent choisissent de se replier sur eux-mêmes (...) mais ça ne veut pas dire que tous les autres feront de même", a-t-il argumenté, assurant que le commerce mondial avait conduit à un recul massif de la pauvreté sur le globe.

La question risque d'ailleurs d'agiter les débats du G20-Finances même si leurs membres --les principales économies développées et émergentes-- ont décidé cette fois de se passer d'un communiqué final qui aurait pu mettre à nu leurs divergences.

Sur l'insistance des Etats-Unis, le dernier communiqué en date du G20-Finances, publié à Baden-Baden (Allemagne) fin mars, avait ainsi été expurgé du traditionnel appel à éviter des mesures protectionnistes.

Jeudi à Washington, M. Schäuble a toutefois suggéré que la philosophie de l'America First était vouée à l'échec. "La paix et la prospérité dans un pays ne peut se faire aux dépens de la paix et de la prospérité dans un autre pays", a assuré M. Schäuble, dont le pays préside le G20 cette année.

D'autres sujets de divergence pourraient également surgir.

Ces dernières années, les grandes puissances économiques s'étaient unies contre le changement climatique. Mais l'administration américaine doute désormais de sa réalité et menace de se retirer de l'accord de Paris sur les émissions de CO2.

"L'accord de Paris ne doit pas être un détail de l'histoire", a assuré à l'AFP Pierre Moscovici, le commissaire européen à l'Economie, présent à Washington.

Les Etats-Unis ont également promis de détricoter la règlementation financière mise en place après la crise de 2008, au risque de déclencher un mouvement global de nivellement par le bas.

Il y a un risque de "fragmentation" de la régulation financière qui pourrait "menacer les progrès réalisés", a prévenu jeudi le gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney.

Enfin, de potentielles frictions pourraient également surgir autour de l'Allemagne qui est accusée par les Etats-Unis de profiter d'un euro sous-évalué pour faire gonfler ses excédents commerciaux.

M. Schäuble a toutefois rejeté ces accusations, les jugeant erronées. "Je suis prêt à discuter de tout mais on ne peut donner des conseils qu'en s'appuyant sur des faits. Et en tant que ministre des Finances, je connais les faits", a-t-il balayé.

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