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16/04/2017 04:43 EDT | Actualisé 16/04/2017 05:00 EDT

Référendum en Turquie : les Kurdes entre défiance et quête de stabilité

Certains y voient une chance pour mettre fin à un conflit dévastateur, d'autres n'attendent rien d'un pouvoir qu'ils abhorrent : l'espoir le disputait à la résignation chez les Kurdes qui votaient dimanche au référendum sur le renforcement des pouvoirs du président Erdogan.

Comme ailleurs dans l'est du pays, les électeurs ont commencé à affluer dès 07H00 locales (04H00 GMT) aux bureaux de vote à Diyarbakir, la "capitale" du sud-est, théâtre d'un conflit entre les séparatistes kurdes et Ankara qui a fait plus de 40.000 morts depuis 1984.

Les violences dans cette région ont repris de plus belle après la rupture, à l'été 2015, d'un fragile cessez-le-feu visant à mettre fin à un conflit.

"Je veux une Constitution qui représente tout le monde de la même façon", explique à l'AFP Hikmet Aydogan, rencontré dans un bureau de vote. "Pour nous, l'enjeu c'est le succès pour les Kurdes. Les Kurdes doivent sortir victorieux du scrutin."

Ahmet Kemal Cengiz, fermier de 39 ans, ne veut pas dire ce qu'il a voté. "Quoi qu'il arrive, j'espère que ce sera pour le bien de notre pays, (...) que ce sera bon pour l'humanité et pour les Kurdes."

Le vote des Kurdes, qui constituent un cinquième de la population, est l'une des principales inconnues du référendum et pourrait faire pencher le résultat dans un sens ou dans l'autre.

Signe des tensions, trois personnes ont été tues et deux blessées dimanche dans une fusillade entre deux groupes dans le jardin d'une école dans le village de Yabanardi, dans la province de Diyarbakir. L'altercation aurait éclaté parce que certains auraient voulu voter à la place des autres.

- 'Incendie' -

Si certains Kurdes conservateurs soutiennent le parti au pouvoir, l'AKP, beaucoup appuient plutôt la principale formation prokurde HDP, qui a appelé à voter contre la révision constitutionnelle et vivement dénoncé une campagne inéquitable, évoquant notamment un temps d'antenne quasi-inexistant.

Les deux coprésidents du HDP, Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, sont actuellement en détention avec nombre d'élus du parti, accusés de liens avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation classée "terroriste" par la Turquie et ses alliés occidentaux.

Mais le HDP affirme qu'il s'agit d'arrestations purement politiques, du fait de sa critique de la révision constitutionnelle.

Une photographie de l'épouse de M. Demirtas, Basak, en train de voter seule a largement été partagée sur les réseaux sociaux dimanche. "J'espère que le résultat du référendum aidera notre peuple à évoluer sur la voie de la paix, de la démocratie et de la liberté", a-t-elle déclaré.

Après avoir voté à Diyarbakir, la députée HDP Feleknas Uca a affirmé que ce scrutin n'était qu'un "début" pour "les Kurdes, les Turcs, les Arabes, les Arméniens, les Assyriens et les Roms. (...) Le non sera la voix de la liberté et de la paix. L'avenir du peuple repose dans le non", a-t-elle ajouté.

"C'est la voix du peuple qui versera de l'eau sur cet incendie. C'est la voix du peuple qui apportera une solution", a-t-elle poursuivi.

Une polémique a éclaté quelques jours avant le scrutin sur l'instauration d'un système fédéral après le référendum.

Le chef du parti nationaliste MHP, allié du gouvernement pour ce référendum, a accusé un conseiller du président d'avoir évoqué cette possibilité, à laquelle le MHP s'oppose fermement, refusant toute forme d'autonomie du Sud-Est. Recep Tayyip Erdogan a dû lui-même fermement démentir.

Quelque 55,3 millions de Turcs étaient appelés aux urnes dimanche pour se prononcer sur une révision constitutionnelle qui prévoit notamment la suppression du poste de Premier ministre au profit d'un hyperprésident qui concentrerait entre ses mains de vastes prérogatives

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