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15/04/2017 12:21 EDT | Actualisé 15/04/2017 12:21 EDT

Cinq questions pour comprendre le référendum en Turquie

Moins d'un an après le coup d'État manqué contre le président turc, les électeurs doivent se prononcer dimanche sur l'élargissement de ses pouvoirs. Quelques clés pour comprendre.

1. Sur quoi porte le référendum?

Les changements constitutionnels proposés par le Parti de la justice et du développement (AKP) visent essentiellement à renforcer les pouvoirs de Recep Tayyip Erdogan et à réduire la capacité de contrôle du Parlement et des juges.

Concrètement, les 18 articles portent sur :

  • l’abolition du poste de premier ministre;
  • l'augmentation du nombre de députés;
  • le droit du président de gouverner par décrets;
  • de déclarer l’état d’urgence;
  • de dissoudre le Parlement;
  • d'être le chef d'un parti politique;
  • et de nommer unilatéralement les ministres;
  • les juges et les hauts magistrats.
  • La proposition prévoit également que le mandat présidentiel dure cinq ans plutôt que quatre, comme c’est le cas actuellement, et qu’un président puisse être réélu.

«Ce projet de Constitution, [ce sont] les pouvoirs absolus à un seul homme.»

- Marc Pierini, chercheur invité à Carnegie Europe

2. Qui sont les partisans du oui? Quels sont leurs arguments?

Le président Recep Tayyip Erdogan, son parti, l’AKP, et le Parti d’action nationaliste (MHP) qui l’appuie soutiennent que la réforme donnera plus de stabilité au pays.

« Ça fait plusieurs années qu’Erdogan essaie de présidentialiser le régime », explique Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), à Paris, « en argumentant que nous sommes dans une société qui va de plus en plus vite et qu’il est nécessaire de pouvoir prendre des décisions rapidement. »

«Erdogan joue sur le fait qu’il est le seul capable de protéger son pays. C’est sa ritournelle de tous les jours […] C’est l’homme providentiel, ou en tout cas il se présente comme tel.»

- Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS, à Paris

Selon le chercheur, cependant, ce que veut vraiment le président est « de constitutionnaliser la pratique politique qu’il a mise en œuvre, qui est à la fois liberticide […] et qui remet en cause de façon graduelle et inquiétante l’État de droit. »

En Turquie, le rôle du président a toujours été honorifique. Cela a toutefois changé depuis l’élection, en août 2014, de Recep Tayyip Erdogan. Premier président turc élu au suffrage universel direct, il ne cesse de renforcer ses pouvoirs.

Pour Erdogan, « les concepts de la démocratie libérale occidentale, tels que les contre-pouvoirs, ne s’appliquent pas pour la Turquie », soutient le chercheur Marc Pierini. « Ce sont, au contraire, des obstacles à la modernisation du pays. »

3. Et le camp du non?

Les partis d’opposition CHP (Parti républicain du peuple) et HDP (Parti démocratique des peuples, prokurde) craignent que le renforcement des pouvoirs du président ne vienne accentuer ses tendances despotiques.

C’est également l’avis de la Commission de Venise, un organe consultatif du Conseil de l’Europe, qui voit dans cette réforme « un risque de régression vers un système autoritaire » et qui s’inquiète de constater que la séparation des pouvoirs est remise en question.

Plusieurs soulignent que ce vote survient dans une situation de polarisation extrême, après la tentative de coup d’État de juillet dernier, et alors que le pays est encore en état d’urgence.

Depuis le putsch raté, quelque 150 000 agents de la fonction publique, ainsi que des policiers, des juges, des militaires et des enseignants ont perdu leur emploi. Plus de 150 journalistes sont en détention et des dizaines de médias ont été fermés. Plusieurs députés du parti d’opposition HDP, dont ses deux coprésidents, sont en prison.

Bilan du coup d’État raté du 15 juillet :

  • Plus de 265 morts
  • 40 000 arrestations
  • 150 000 fonctionnaires limogés
  • 12 500 soldats et policiers mis à pied
  • 3500 juges et procureurs limogés
  • 170 organes de presse fermés
  • 150 journalistes détenus

Moins d'un an après le coup d'État manqué contre le président turc, les électeurs doivent se prononcer dimanche sur l'élargissement de ses pouvoirs. Quelques clés pour comprendre.

1. Sur quoi porte le référendum?

Les changements constitutionnels proposés par le Parti de la justice et du développement (AKP) visent essentiellement à renforcer les pouvoirs de Recep Tayyip Erdogan et à réduire la capacité de contrôle du Parlement et des juges.

Concrètement, les 18 articles portent sur :

l’abolition du poste de premier ministre;

l'augmentation du nombre de députés;

le droit du président de gouverner par décrets;

de déclarer l’état d’urgence;

de dissoudre le Parlement;

d'être le chef d'un parti politique;

et de nommer unilatéralement les ministres;

les juges et les hauts magistrats.

La proposition prévoit également que le mandat présidentiel dure cinq ans plutôt que quatre, comme c’est le cas actuellement, et qu’un président puisse être réélu.

Ce projet de Constitution, [ce sont] les pouvoirs absolus à un seul homme.

Marc Pierini, chercheur invité à Carnegie Europe

2. Qui sont les partisans du oui? Quels sont leurs arguments?

Le président Recep Tayyip Erdogan, son parti, l’AKP, et le Parti d’action nationaliste (MHP) qui l’appuie soutiennent que la réforme donnera plus de stabilité au pays.

« Ça fait plusieurs années qu’Erdogan essaie de présidentialiser le régime », explique Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), à Paris, « en argumentant que nous sommes dans une société qui va de plus en plus vite et qu’il est nécessaire de pouvoir prendre des décisions rapidement. »

Des hommes agitent des drapeaux turcs

Des partisans du président Recep Tayyip Erdogan agitent des drapeaux à la place Taksim, à Istanbul, le 17juillet 2016, au lendemain du coup d’État raté. Photo : Getty Images/Kursat Bayhan

Erdogan joue sur le fait qu’il est le seul capable de protéger son pays. C’est sa ritournelle de tous les jours […] C’est l’homme providentiel, ou en tout cas il se présente comme tel.

Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS, à Paris

Selon le chercheur, cependant, ce que veut vraiment le président est « de constitutionnaliser la pratique politique qu’il a mise en œuvre, qui est à la fois liberticide […] et qui remet en cause de façon graduelle et inquiétante l’État de droit. »

En Turquie, le rôle du président a toujours été honorifique. Cela a toutefois changé depuis l’élection, en août 2014, de Recep Tayyip Erdogan. Premier président turc élu au suffrage universel direct, il ne cesse de renforcer ses pouvoirs.

Pour Erdogan, « les concepts de la démocratie libérale occidentale, tels que les contre-pouvoirs, ne s’appliquent pas pour la Turquie », soutient le chercheur Marc Pierini. « Ce sont, au contraire, des obstacles à la modernisation du pays. »

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Qui est Recep Tayyip Erdogan?

3. Et le camp du non?

Les partis d’opposition CHP (Parti républicain du peuple) et HDP (Parti démocratique des peuples, prokurde) craignent que le renforcement des pouvoirs du président ne vienne accentuer ses tendances despotiques.

C’est également l’avis de la Commission de Venise, un organe consultatif du Conseil de l’Europe, qui voit dans cette réforme « un risque de régression vers un système autoritaire » et qui s’inquiète de constater que la séparation des pouvoirs est remise en question.

Plusieurs soulignent que ce vote survient dans une situation de polarisation extrême, après la tentative de coup d’État de juillet dernier, et alors que le pays est encore en état d’urgence.

Des manifestants lèvent les lettres du mot Hayir (non)

Des partisans du Parti démocratique des peuples (HDP) participent à une manifestation pour le non (Hayir), à Ankara, le 9 avril 2017. Photo : Getty Images/ADEM ALTAN

Depuis le putsch raté, quelque 150 000 agents de la fonction publique, ainsi que des policiers, des juges, des militaires et des enseignants ont perdu leur emploi. Plus de 150 journalistes sont en détention et des dizaines de médias ont été fermés. Plusieurs députés du parti d’opposition HDP, dont ses deux coprésidents, sont en prison.

Bilan du coup d’État raté du 15 juillet :

Plus de 265 morts

40 000 arrestations

150 000 fonctionnaires limogés

12 500 soldats et policiers mis à pied

3500 juges et procureurs limogés

170 organes de presse fermés

150 journalistes détenus

« Il est difficile de s’exprimer publiquement pour le non parce que M. Erdogan, pendant plusieurs semaines, a hystérisé le débat, accusant ceux qui étaient pour le non d’être les complices des terroristes », rappelle M. Billion. « Ça donne l’ambiance et le climat de cette campagne. »

4. Qu’en pensent les Turcs?

« Une bonne partie des Turcs voient en Erdogan un leader providentiel dans une période de l’histoire très trouble, avec les crises régionales et le terrorisme à l’intérieur du pays, et une autre partie se dit que ce n’est qu‘un prétexte pour s’accaparer le pouvoir », remarque Marc Pierini.

Les sondages donnent un résultat très serré, avec le oui l’emportant par une mince avance.

Les sympathisants du président lui sont reconnaissants pour la bonne performance de l’économie turque au cours des dernières années. Depuis son arrivée au pouvoir, en 2003, le PIB par habitant a été multiplié par trois.

Certains d’entre eux ne voient donc aucun problème à lui accorder de plus grandes prérogatives et insistent sur d’autres aspects de la réforme, comme la proposition d'abaisser de 25 à 18 ans l'âge minimum pour devenir député et le fait que le chef de l'État pourra être tenu criminellement responsable.

Cependant, souligne Didier Billion « une partie de ceux qui votent traditionnellement pour l’AKP se méfie de la concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul homme. »

Il y aurait des dissensions au sein même du parti d’Erdogan, l’AKP, et auprès de ses alliés du HMP, quoique personne n’ose en parler publiquement.

5. Qu’adviendra-t-il en cas d’une victoire du oui?

La situation pourrait empirer, craint Didier Billion. « Il y a encore des marges de progression dans la politique liberticide », souligne le chercheur.

«Si le oui l’emporte, ça le confortera, même si c’est temporaire. Il aura la voie ouverte à la codification de cette volonté de tout contrôler.»

- Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS, à Paris

Par contre, en cas de victoire du non, ce serait « un coup de semonce à l’endroit de M. Erdogan », croit M. Billion. Ce dernier craint cependant que cela n’entraîne un raidissement du président. « Ne croyons pas que si le non l’emporte il y aura une vague de libérations [de prisonniers], malheureusement. »

Pour sa part, Marc Pierini croit qu’une victoire du non entraînerait une « minicrise politique » et pourrait accentuer les fissures au sein de la coalition gouvernementale. « Ce serait une vexation », ajoute-t-il.

«Il ne faut pas oublier que le président Erdogan a surmonté tous les obstacles depuis 14 ans. Il faut donc rester prudents.»

- Marc Pierini, chercheur invité à Carnegie Europe

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