DIVERTISSEMENT
13/04/2017 09:43 EDT | Actualisé 13/04/2017 09:50 EDT

Ghostly Kisses: sex-appeal spectral (ENTREVUE)

Ghostly Kisses. On lit le nom d’artiste de la protagoniste et on écoute la première mesure du premier morceau de son premier recueil de morceaux nouveaux. Ça nous saisit à bras le cœur et nous vaut une volée d’images aériennes, toutes poignantes, toutes duveteuses. Mais on se jure, par son honneur de scribe musical et sur l’autel de l’originalité, de n’user ni de l’«éthérée» ni du «vaporeux» pour qualifier la facture de l’œuvre de la langoureuse sylphide. Ça fait lieu commun dans le domaine, même si c’est ça qui est ça. On ne peut plus ça.

Qui donc se cache derrière ce surnom à faire peur aux uns et saliver les autres? On l’a rencontré au téléphone et voici ce qu’elle avait à nous raconter.

De duo à solo

Margaux Sauvé de son nom, Québécoise de Québec de son giron, nous surprend d’abord par le contraste de ses timbres, entre celui de celle qui chante et l’autre de celle qui jase. Autant la voix démaquillée dénote la candeur charmante, autant le souffle de la vamp au micro révèle un pesant chagrin sensuel. Quoi qu’il en soit, on détaille d’entrée de jeu la nature et les parties constituantes du projet. « Au départ, Dragos Chiriac (le réalisateur) et moi formions sans l’avoir déterminé un duo, autant en studio que sur scène », précise-t-elle. «Ghostly Kisses, après discussion, c’est désormais moi, mes compositions, mon personnage.» On est fixé.

Tomber dans la marmite

Pour Margaux, la musique est une histoire de famille, campée dans une demeure où règnent les harmonies. À l’âge de cinq ans, sa mère pianiste lui met un violon entre les mains. À l’adolescence, elle poursuit ses leçons jusqu’au conservatoire où elle se soumet à la rigueur de l’interprétation classique. Heureusement, le jeu devenu besogne n’a pas élimé la passion qui l’habite toujours. «Le violon était pour moi une sorte de refuge, un moment de quiétude à l’abri de l’oreille des autres». Ce violon est aujourd’hui le terreau dans lequel Ghostly Kisses prend racine. «Mes inspirations en général et mes idées de mélodie en particulier proviennent du violon. On dit d’ailleurs que ma voix imite un peu son lyrisme. Si j’avais appris d’un autre instrument, j’aurais sûrement emprunté une autre voie. D’un autre côté, j’ai dû m’atteler à la tâche pour composer pour la première fois au piano.»

Des cordes frottées aux cordes vocales

C’est donc de l’interprétation à la composition, puis de l’archet à la voix que chemine Mlle Sauvé vers Ghostly Kisses. «On fait tous du solfège quand on apprend à jouer d’un instrument, mais j’ai commencé à chanter sur le tard, il y a trois ou quatre ans seulement. Un clavier est apparu dans l’appartement que j’habitais et je l’ai utilisé pour faire mes premiers pas en composition et en chant. Ce projet-ci est le premier qui me permet de défendre des chansons originales.»

Néanmoins, comme chez tout artiste aux abords de l’autonomie, le doute devait céder sa place à la résolution. «Je savais déjà que je chantais juste. Par contre, je ne pensais pas avoir une voix assez puissante pour être chanteuse à part entière. Au départ, je n’avais pas réfléchi à un éventuel projet. Mais plus j’avançais, plus je prenais confiance. Tout s’est concrétisé quand j’ai rencontré Dragos et que je lui ai fait entendre mes maquettes. J’ai pris conscience que ma voix avait une personnalité et que mon travail pouvait être partagé.»

Influences affichées

En discutant de sa voix, Margaux vante les méritent de ses modèles, notamment l’Anglaise Hannah Reid, chanteuse de la formation London Grammar dont l’album If You Wait avait fait l’unanimité chez la critique en 2013. Mais si la parenté est patente, les personnalités sont différentes. «J’ai commencé à composer au même moment où j’ai découvert l’artiste. Bien sûr, nos voix se ressemblent et leur style m’a plus immédiatement, mais j’étais surtout intrigué par la puissance d’Hannah. À l’époque, le chant était pour moi quelque chose de très flou. Je ne savais pas comment s’y prenaient les chanteuses. Avec le temps, j’ai trouvé les sonorités qui correspondaient à mon grain de voix, à ma personnalité. Ensuite, c’est une question de nuances et de subtilités, engendrées par mes mots, mes idées et mes images.»

L’EP avant le LP

D’ici la parution (qu’on nous promet pas si lointaine) d’un album à part entière, Ghostly Kisses nous propose six pièces de haut calibre regroupées sous le titre de What You See, un maxi qui trouve l’équilibre entre la plume et le plomb: bien écrit d’un côté, habilement dessiné de l’autre.

Rien qu’à l’entendre, on le voit bien.

Le lancement montréalais de l'album aura lieu le vendredi 14 avril au Artgang Montréal (6524, rue St-Hubert).