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07/04/2017 05:09 EDT | Actualisé 07/04/2017 05:11 EDT

Les Autochtones réclament un centre de santé à Montréal

Radio-Canada

Les Autochtones se mobilisent depuis huit ans pour qu'un centre de santé qui leur est spécifique ouvre ses portes dans le centre-ville de Montréal.

Un texte de Karoline Benoit, d’Espaces autochtones

L’initiateur du projet, le Réseau pour la stratégie urbaine de la communauté autochtone de Montréal, estime qu’un tel centre est essentiel pour répondre aux nombreux besoins des 26 000 Autochtones qui vivent dans la métropole.

Le Centre de santé des Autochtones de Montréal, qui a été incorporé en 2016, offrirait des services médicaux culturellement appropriés aux Autochtones.

« Ce serait une action concrète contre le racisme perçu », explique l’une des responsables du dossier au Réseau, Pascale Annoual, « une action contre la crainte de se faire refuser le service parce qu’on n’a pas sa carte [d’assurance-maladie], parce que le soir d’avant on a dormi dans la rue et on s’est fait voler sa sacoche ».

Ce centre répondrait ainsi aux résultats d’une étude exhaustive effectuée par le Réseau qui a indiqué que les Autochtones étaient souvent insatisfaits de l’administration des services de santé à Montréal. « Des difficultés dans l’accès aux services et des expériences de discrimination ont été citées », indique le rapport intitulé Évaluation des besoins en santé des Autochtones en milieu urbain de Montréal.

« Un manque de sensibilité culturelle » a aussi été noté ainsi que des lacunes quant à « l’intégration de composantes de guérison traditionnelle ».

«Il s’agit de santé physique, émotionnelle, mentale et spirituelle.» - Pascale Annoual, Réseau des Autochtones de Montréal

Des aînés-guérisseurs seraient ainsi embauchés pour répondre à des besoins spécifiques, aux côtés des médecins, des infirmières, des psychologues et des art-thérapeutes.

Ce type de centre de santé existe déjà dans une douzaine de villes canadiennes, dont Toronto et Ottawa. Mais à Montréal, les services sont fragmentés, déplore Pascale Annoual.

« Il y a beaucoup de programmes de santé à Montréal, mais ils ne sont pas coordonnés ni abrités sous le même toit. Et ils sont peu subventionnés. »

Un engagement du maire Coderre

Le Réseau a donc lancé une pétition en novembre dernier pour que la Ville procède à des consultations publiques afin de pouvoir céder un immeuble qui abriterait le futur centre de santé.

Le texte de la pétition demande « que la Ville de Montréal offre un immeuble tel l’ancien Hôpital de Tuberculose (rue Lucien-L’Allier) pour être converti en un Centre de santé pour Premières Nations, Métis et Inuits à Montréal. »

Mais après avoir recueilli 4000 signatures, dont 90 % de la part de non-Autochtones, le maire de Montréal, Denis Coderre se serait engagé le 25 janvier devant les membres du Réseau.

«Je vais vous sauver l’énergie de ramasser des pétitions. Remettez-moi ce que vous avez à date et on va entamer un dialogue.» - Denis Coderre, maire de Montréal, (propos recueillis par le Réseau)

Mais ce dialogue est difficile à obtenir, dénonce Pascale Annoual, qui dit appeler et écrire à la Ville chaque semaine afin d’obtenir un suivi dans ce dossier.

Le service des communications de la Ville de Montréal a indiqué par courriel à Espaces autochtones que « la Ville est en train d'étudier le projet ». Et qu’elle nous « tiendra au courant s'il y a des développements de nature publique ».

« C’est très difficile. Exactement deux mois plus tard, on n’a pas encore de rendez-vous, déplore Pascale Annoual. On les invite à toutes les rencontres, on est complètement à leur disponibilité ».

Elle dit être convaincue que le projet ne peut aller de l’avant tant que la Ville n’aura pas donné son appui concret.

« Si la Ville nous donne un immeuble, ce qu’elle peut faire, les gens au niveau provincial vont suivre », dit-elle.

Le Réseau soutient avoir eu des discussions avec le gouvernement provincial, qui pourrait « dégager des médecins et des professionnels de la santé » pour travailler au centre médical.

Du côté du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on indique « qu’aucune demande formelle n'a été faite au MSSS pour ce projet ». Et que « si une demande était faite, le MSSS l'analysera, en tenant compte des responsabilités fédérales et provinciales en ce qui concerne les soins et services de santé pour les communautés autochtones ».

Pascale Annoual ajoute que le fédéral est au courant du dossier, mais « tarde malheureusement à donner une approbation formelle ».

Elle croit que les différents paliers de gouvernement « attendent l’un après l’autre ».

Elle ajoute que le Centre de santé devra probablement trouver du financement supplémentaire par des levées de fond afin, notamment, de payer le salaire des aînés.

Pascale Annoual estime que le Centre de santé pour Autochtones de Montréal pourrait voir le jour en 2019, dans le centre-ville de Montréal.

« Une fois que c’est démarré, ça pourrait aller assez rapidement, dit-elle, dépendamment de l’état de l’immeuble et dépendamment de la volonté politique ».

Une moins bonne santé que les autres Canadiens

Selon un sondage publié par le Environics Institute en 2010, intitulé Urban Aboriginal Peoples Study, 49% des Autochtones de Montréal « qualifiaient leur santé comme étant excellente ou très bien ».

L’étude poursuit cependant que « si on les compare au reste de la population canadienne, les personnes autochtones ont une espérance de vie moins élevée et des taux plus élevés de maladies telles que le diabète, les maladies infectieuses (VIH, tuberculose, hépatite C), les maladies parasitaires, les maladies mentales, et les maladies chroniques. »

Le Centre de collaboration nationale de la santé autochtone rapportait par ailleurs en 2013 que « le taux de tuberculose des Autochtones est disproportionné : il est 26,4 fois supérieur à celui des autres personnes nées au Canada ».

Le centre indique également que les Autochtones représentaient 8% des personnes vivant avec le VIH en 2006 et 12,5% des nouvelles infections en 2008. Le diabète de type2 est par ailleurs considéré comme « épidémique » dans les communautés des Premières Nations « où les adultes sont quatre fois plus susceptibles d’être atteints que les autres Canadiens ».

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