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La mort aux trousses est-il le meilleur film d’Alfred Hitchcock?

La réponse dimanche 9 avril à 23 h 18 à Ciné-club sur ICI RADIO-CANADA TÉLÉ

Bien sûr, il y a Vertigo, considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs films, si ce n’est le meilleur, de l’histoire du cinéma américain. Mais La mort aux trousses (North by Northwest), réalisé en 1959, n’a certainement pas à pâlir de la comparaison. Car, peut-être plus que les autres, il est un condensé de ce que ce cher Alfred Hitchcock faisait de mieux. Un film-somme, en somme, où s’incarnent les phrases les plus dites, au sujet de comme dans son cinéma ou ses propres préceptes.

L’innocent doit souffrir

Si l’on veut bien comprendre le cinéma d’Hitchcock, cette maxime doit rester en tête. Car dans tous les films de l’oncle Alfred (comme dans ceux des frères Coen plus tard, par exemple), il y a cette même idée d’un être sans histoire à qui le pire va tomber sur la tête. Dans La mort aux trousses, le jeu devient même particulièrement retors. C’est en à peine six minutes que la vie de Roger Thornhill, publicitaire à succès et héros de cette sombre histoire, va entièrement se détraquer. Pris pour un autre à cause d’un quiproquo, il sera kidnappé, saoulé, emprisonné, dupé et poursuivi de toutes parts, dindon d’une farce assez machiavélique. Dépassé par les événements, le pauvre homme se débattra comme un diable dans l’eau bénite pour retrouver un semblant de sens, à l’image de son interprète, Cary Grant, qui, en plein tournage, avoue même : « C’est un scénario affreux. On a déjà tourné le tiers du film et c’est complètement sans queue ni tête! »

« Je voulais faire le film d’Hitchcock qui contiendrait tous les films d’Hitchcock »

Cette phrase, c’est le scénariste Ernest Lehman (qui plus tard, scénarisera West Side Story, Qui a peur de Virginia Woolf? ou La mélodie du bonheur) qui la prononce après que le compositeur Bernard Hermann lui eut présenté le maître. Et ensemble, les deux hommes vont concocter un récit où toutes les obsessions hitchcockiennes sont au rendez-vous. À commencer par le sens du spectacle, auquel La mort aux trousses rend ses lettres de noblesse, quitte à perdre quelques plumes en ce qui concerne la plausibilité. Suspense haletant, mise en scène d’une inventivité folle, blonde tour à tour glaciale et incendiaire (Eva Marie-Saint, qu’Hitchcock a insisté pour avoir, plutôt que Cyd Charisse, désirée par le studio), apparition-surprise d’Hitchcock (juste après le générique du début, l’homme qui rate le bus), humour constant des dialogues, McGuffin (le secret qui motive toute l’intrigue, mais n’a au fond qu’une très maigre importance), générique conçu par l’élégant Saul Bass : La mort aux trousses n’est pas qu’un excellent film, il est aussi un condensé des meilleurs trucs d’Hitchcock.Emblématique de cette façon de condenser, la fameuse scène où Cary Grant, affolé, court à travers un champ de maïs poursuivi par un avion. Tout est là. En plus d’avoir été pensée par Hitchcock comme une réponse aux clichés utilisés dans les scènes de suspense (nocturnes, pluvieuses, musicales). Bonne pioche : elle reste encore aujourd’hui terriblement anxiogène, en plus d’avoir marqué l’histoire du cinéma (elle est citée textuellement par les Simpsons, Arizona Dream de Kusturica ou Bons baisers de Russie)

La scène du concours dans Arizona Dream (source: Dailymotion)

« Dans ce film, rien n’a été laissé à la chance »

Pour Hitchcock, qui disait souvent faire autant de la direction d’acteurs que de la direction de spectateurs, la conception d’un film n’est pas affaire d’improvisation. Mais chez le cinéaste, préparation rime aussi avec ruse, voir méchanceté. Ainsi, James Stewart, un de ses acteurs fétiches, voulait absolument ce rôle d’innocent traqué. Mais Hitchcock, ne sachant pas comment le repousser, a préféré ignorer tous ses appels jusqu’à ce que Stewart soit engagé sur un autre film par un autre studio et ne puisse donc tout simplement plus faire le film! Autre astuce : pour contourner l’interdiction de filmer le siège de l’Organisation des Nations unies décrétée par les autorités, Hitchcock a tout simplement utilisé une caméra cachée pour pouvoir capter quelques images de l’extérieur du bâtiment.

« Je ne fais jamais l’amour l’estomac vide »

Cette phrase, vous ne l’entendrez jamais, puisque la censure a exigé qu’en postsynchronisation, on fasse plutôt dire par le personnage d’Eva Marie-Saint la phrase : « Je ne discute jamais d’amour l’estomac vide. » SI vous êtes attentifs, vous pourrez par contre la lire en version originale sur ses lèvres. Mais nul besoin d’une loupe pour l’autre grande allusion du film, celle de la scène finale. Un des sous-entendus les plus célèbres de l’histoire du cinéma… Car plutôt que de montrer le couple en pleins ébats amoureux, ce que la censure n’aurait pas toléré, Hitchcock a eu la brillante idée de signifier cette idée en montrant… un train au moment où il rentre dans un tunnel!

La fameuse scène du tunnel (source: YouTube)

La mort aux trousses, dimanche 9 avril à 23 h 18, dans la série Ciné-club d’ICI RADIO-CANADA TÉLÉ

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