POLITIQUE
04/04/2017 05:36 EDT | Actualisé 04/04/2017 08:34 EDT

Sécurité aérienne: un syndicat craint un accident d'aviation «majeur» dans un «avenir rapproché»

L’Association des pilotes fédéraux du Canada veut éviter un autre drame comme celui de la famille Lapierre.

OTTAWA – Un syndicat d’inspecteurs en aviation civile craint de voir d’autres accidents comme ceux qui ont fauché les vies de Jean Lapierre et de sa famille dans un futur rapproché si rien n’est fait pour améliorer la situation.

L’Association des pilotes fédéraux du Canada (APFC) a commandé un sondage Abacus afin de sonder ses membres – des inspecteurs à l’emploi de Transports Canada et du Bureau de la sécurité des transports (BST) – sur l’effet des compressions du programme de surveillance sur la sécurité aérienne.

Plus de 80% des répondants ont indiqué qu’ils craignent qu’un accident d’aviation « majeur » pourrait survenir dans un « avenir rapproché ». Le sondage a été mené auprès de 243 répondants, soit 64% des membres.

« Nous ne devrions pas nous fier sur la chance ou une intervention divine pour assurer la sécurité aérienne au Canada. Pourtant, c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, alors que la surveillance réglementaire est démantelée pièce par pièce », a dénoncé Greg McConnell, président de l’APFC.

«Des inspecteurs en aviation qui ne savent pas comment piloter l’avion qu’ils inspectent, c’est comme avoir un agent de circulation qui ne sait pas conduire une voiture»
— Greg McConnell, président de l’APFC

Il a cité en exemple le récent décès de l’ancien premier ministre de l’Alberta Jim Prentice, mort en octobre dernier d’un accident d’avion près de Kelowna en Colombie-Britannique. Mais le syndicat soutient que ces préoccupations s’appliquent également à Jean Lapierre, décédé aux Îles-de-la-Madeleine il y a un peu plus d’un an.

Mais les rapports initiaux du BST pour ces incidents mortels ont indiqué que les appareils n’étaient pas en cause. Dans le cas de la famille Lapierre, le BST a déterminé que l’altitude et la vitesse étaient trop élevées.

Il n’en reste pas moins que le type d’avion impliqué dans l’accident, le Mitsubishi MU-2, a soulevé des questions. Plus de 330 personnes sont mortes lors d’écrasements de cet avion, à travers le monde.

Des inspecteurs cloués au bureau?

La majorité des inspecteurs sondés disent qu’ils n’ont pas piloté un vrai aéronef depuis des années et qu’ils n’ont pas reçu la formation nécessaire pour bien effectuer leur travail, en raison des compressions budgétaires des dernières années de la part du fédéral.

Le président du syndicat déplore également que les systèmes de gestion de la sécurité (SGS) de Transports Canada entraînent un « fardeau administratif énorme ». Les inspecteurs sont « cloués au bureau » à vérifier des formalités administratives plutôt que d’être sur le terrain, ajoute-t-il.

« C’est une affaire de sécurité publique. Des inspecteurs en aviation qui ne savent pas comment piloter l’avion qu’ils inspectent, c’est comme avoir un agent de circulation qui ne sait pas conduire une voiture », a fait valoir M. McConnell.

Du côté de Transports Canada, on précise que les inspecteurs peuvent se pratiquer à piloter grâce à des simulateurs de vol. Au lieu de consacrer une journée entière dans un véritable avion, les pilotes peuvent s’y adonner de façon virtuelle.

« Transports Canada a révisé son programme de vol pour reconnaître les bénéfices des technologies de simulation les plus récentes pour les pilotes canadiens en formation. Ces changements vont permettre à Transport Canada d’accorder plus de ressources à l’inspection et la supervision, tout en faisant un meilleur usage de la technologie », a répondu la porte-parole Natasha Gauthier.

Le ministère maintient que le Canada est doté de l’un des systèmes d’aviation les plus sûrs au monde et qu’il travaille de façon continue afin d’en améliorer la sécurité. « Transports Canada a un programme robuste et fondé sur les risques qui permet au département de prioriser ses ressources stratégiquement aux endroits qui assurent le maximum de sécurité. »

Le comité permanent des transports, de l’infrastructure et des collectivités se penchera sur la sécurité aérienne, mardi matin à Ottawa.

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