DIVERTISSEMENT
03/04/2017 05:54 EDT | Actualisé 03/04/2017 05:57 EDT

L'été sera «Footloose» au Théâtre St-Denis

Laurence Labat

Ça commence à sentir l’été, non seulement à l’extérieur, mais aussi au Théâtre St-Denis, où une trentaine de jeunes talents s’activent peu à peu sur les airs de Footloose, sous les conseils aguerris de leur metteur en scène, Serge Postigo.

L’homme qui a fait de Mary Poppins un triomphe l’an dernier a de nouveau la confiance de Juste pour rire pour monter la comédie musicale qui fera chanter et danser Montréal pendant la saison chaude, et dont les médias ont eu un aperçu, lundi matin.

En plus d’assurer la direction d’acteurs, Postigo signe aussi la traduction et l’adaptation de cette relecture de Footloose, où brilleront, dans les rôles principaux, Philippe Touzel (Ren McCormack) et Éléonore Lagacé (Ariel Moore), deux recrues de La voix 2014.

Autour d’eux, outre Danièle Lorain (Betty Blast), Martin Rouette, diplômé de Star Académie 2003 (Travis), Marie-Ève Pelletier, vue dans Le journal d’un vieil homme (Eleanor Dunbar) et Tim Brink, autre ex-candidat de La voix, en 2016 (Cowboy Bob), se trémousseront essentiellement de nouveaux visages, choisis uniquement en raison de leurs aptitudes pour le spectacle musical.

Un choix audacieux de l’équipe de Footloose, laquelle mettra probablement toute la gomme visuellement pour faire courir les foules malgré l’absence de vedettes très populaires sur son affiche, mais qui permettra en contrepartie au public de découvrir des voix prometteuses, comme ce fut le cas avec Joëlle Lanctôt, d’abord révélée dans Grease, en 2015, puis consacrée l’année suivante dans sa robe bleue de Mary Poppins, qu’elle portait sur ses épaules.

Comme il l’avait fait pour cette dernière fresque, Serge Postigo a d’ailleurs procédé à des auditions ouvertes à tous, à l’automne, pour construire la distribution de Footloose. Plus de 850 personnes, artistes professionnels ou pas, ont tenté leur chance.

Ainsi, qui, de Dominique Côté (Révérend Sam Moore), Émilie Josset (Anne Moore, femme du révérend), Tommy Joubert (Williard Hewitt, ami de Ren), Geneviève Bournival (Rusty, amie d’Ariel), Tanya Brideau (Wendy Jo, amie d’Ariel), Laurie M.Leblanc (Kathleen, amie d’Ariel) ou David Corriveau (chum d’Ariel) se seront particulièrement démarqués à la fin de l’été 2017?

Dans les coulisses, une partie des troupes de Mary Poppins reprend du service, dont Steve Bolton (chorégraphies), Guillaume St-Laurent (direction musicale), Denis Lavoie (costumes) et la firme Lüz (conception d’éclairages).  

En français et en anglais

Avec Footloose, Juste pour rire délaisse l’atmosphère familiale générée par Mary Poppins et son parapluie en 2016 et revient au style plus adolescent qui émanait de Grease, un an plus tôt. Hairspray, en 2013, et Sister Act, en 2014, donnaient déjà un indice de l’intention de Juste pour rire de rajeunir l’assistance de ses productions à grand déploiement.

Sorti au cinéma en 1984 et devenu un classique du genre, le film Footloose, du réalisateur Herbert Ross et du scénariste Dean Pitchford, est une histoire de passion et de détermination sur fond de résistance. Kevin Bacon et Lori Singer en étaient les principaux acteurs.

Ren MacCormack, un adolescent téméraire et rebelle, vient d’emménager avec sa mère dans une petite municipalité, où musique rock et danse sont proscrites. Hélas, ce sont là les deux grandes passions du jeune MacCormack, qui entend bien ne pas se conformer aux règles.

Il se liera d’abord d’amitié avec quelques personnes de son âge dans le village, avec qui il partagera en secret son engouement, avant de monter au front pour changer la mentalité stricte et faire comprendre à la communauté que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.

«Dans un village qui a souffert, pour se protéger, on a établi une idéologie unique qui refuse le questionnement, a résumé Serge Postigo devant la presse. On refuse la remise en question, l’opposition. On a arrêté la terre de tourner pour se donner le sentiment de se protéger. Ren arrive dans ce village et, pour lui, la danse est un prétexte. C’est une façon de s’exprimer, de dire qui il est, ce qu’il est, d’où il vient. Et on l’empêche, simplement pour respecter l’idéologie établie et la censure qui règnent.»

Dans la version québécoise de Footloose, le combat se jouera à Batoche, une petite ville franco-saskatchewanaise. Dans la mouture originale, Ren part de Chicago pour s’installer à Beaumont, aux États-Unis.

«J’ai tordu un peu l’histoire, a avancé Serge Postigo. Ren se bat pour revendiquer ses droits, son droit à l’expression de son unicité. Sachez que Batoche était le village de la rébellion Métis ; c’est là qu’a été capturé Louis Riel, et pendu quelques jours plus tard, à Régina, à quelques kilomètres de là. Pour moi, il y avait une signification là-dedans.»

Serge Postigo a précisé s’être interrogé sur la période où se déroulerait son adaptation, s’il devait remanier l’intrigue de Footloose pour la camper en 2017, avant de décider de laisser l’époque des années 80 intacte, pour des raisons «purement sociales».

«L’espèce d’emmurement social que ce peuple-là vit ne serait pas possible aujourd’hui, avec Internet, les réseaux sociaux, Instagram…», a-t-il exposé, ajoutant qu’une «distanciation temporelle» lui était nécessaire, pour bien rendre toutes les facettes deFootloose.

Footloose a été transposée une première fois sur scène, sur Broadway, en 1998, par Dean Pitchford et Walter Bobbie, et a raflé quatre nominations aux Tony Awards, qui récompensent le théâtre américain.

Quelques-unes de ses chansons, dont sa pièce-titre, de même que l’entraînante Let’sHear It for the Boy, et Almost Paradise, ont imprégné les mémoires de toute une génération et des suivantes, la trame sonore s’étant écoulée à plus de neuf millions d’exemplaires.

Serge Postigo a affirmé que sa proposition contiendra des titres en anglais, et d’autres en français. On a compris entre les lignes que les morceaux les plus mythiques, tels ceux cités plus haut, ne seront pas retouchés. Le contexte franco-saskatchewanais laissera aussi place à des mots en anglais dans les dialogues.

«C’est un choix que j’ai fait et que j’assume, a plaidé le grand manitou du projet. Il y a parfois des chansons qui entrent dans l’imaginaire collectif, dans la culture populaire de façon tellement profonde, que le texte et la musique sont indissociables. Pour moi, ce serait un sacrilège de le faire. Je ne me sentais pas à l’aise.»

Serge Postigo n’a pas caché avoir l’impression de marcher sur une «terre meuble» en jetant les bases de Footloose, donner suite à une réussite comme Mary Poppins n’ayant rien d’une sinécure. La comparaison sera inévitable, mais le créateur garde la tête froide.

«Dans notre métier, tout est à recommencer. Tout est à refaire, et ce qu’on a gagné en 2016, malheureusement, ne nous sert pas en 2017. Heureusement, en fait ; car c’est ce qui nous rend fébriles, et qui nous pousse à nous dépasser et à ne pas recréer ce qui a déjà été fait. Dans ce cas-ci, ce n’est pas possible, parce qu’il y a un monde entre Mary Poppins et Footloose

Footloose tiendra l’affiche du Théâtre St-Denis dès le 14 juin prochain, et le 35e Festival Juste pour rire aura lieu du 15 au 30 juillet. On peut déjà se procurer des billets au www.hahaha.com

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