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01/04/2017 09:52 EDT | Actualisé 02/04/2018 01:12 EDT

Venezuela: le pouvoir recule avant des manifestations de l'opposition

La Cour suprême vénézuélienne a renoncé samedi à s'attribuer les pouvoirs du Parlement et à conférer des prérogatives élargies au président Nicolas Maduro, qui semble reculer face à la pression internationale et à des manifestations annoncées comme massives.

Le Parlement, dominé par l'opposition au président socialiste depuis fin 2015, a immédiatement rejeté ce geste, estimant que se poursuivait "le coup d'Etat" voulu par Nicolas Maduro pour maîtriser le pouvoir.

La haute juridiction, considérée comme favorable au président, a d'abord annoncé revenir sur sa décision du 29 mars de s'arroger les pouvoirs législatifs, qui avait déclenché une vague de réprobation internationale.

L'Organisation des Etats américains avait été jusqu'à dénoncer un "coup d'état".

La Cour suprême est également revenue sur sa décision de priver les députés de leur immunité et a annulé les pouvoirs élargis qu'elle avait conférés précédemment au président socialiste afin de lui permettre de réviser les lois sur le crime organisé, le financement du terrorisme ainsi que le code pénal et celui de la justice militaire.

Les décisions de la Cour "n'ont pas déchargé le Parlement de ses fonctions, ni ne l'ont dissous", a-t-elle précisé, dans un communiqué.

Ce recul est intervenu après un Conseil de défense réunissant les représentants des principales institutions du pays, convoqué par Nicolas Maduro, qui s'est fait conciliant face à ce qu'il a lui-même qualifié "d'impasse" dans la crise politique que traverse ce pays pétrolier.

Il a offert de renouer le dialogue avec la coalition d'opposition de centre droit, la Table pour l'unité démocratique (MUD), suspendu depuis décembre.

Le camp de Nicolas Maduro est engagé dans un bras de fer avec l'opposition antichaviste (du nom de l'ancien président Hugo Chavez, 1999-2013) depuis qu'elle a largement remporté les législatives de fin 2015.

Elle réclame le départ du président, des élections anticipées, et, renforcée par la pression internationale, a appelé à descendre massivement dans la rue samedi.

"Nous allons planifier des actions de protestation, lancer un immense mouvement de pression citoyenne et de résistance", a promis le chef des députés de l'opposition, Stalin Gonzalez.

Le vice-président du Parlement, Freddy Guevara, avait rejeté l'accord dès vendredi, affirmant sur Twitter que "la pression nationale et internationale se poursuivra jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel".

- Critiques dans le camp Maduro -

Nicolas Maduro est sous une forte pression internationale - Etats-Unis, Union européenne, Nations unies et une dizaine de pays d'Amérique latine - qui ont critiqué le non-respect de la Constitution.

Une réunion d'urgence a été convoquée par l'Organisation des Etats américains (OEA) lundi à Washington.

Six pays d'Amérique du Sud avaient également condamné vendredi la rupture de "l'ordre démocratique" au Venezuela, et réclamé "son rétablissement rapide", dans une déclaration conjointe publiée à Buenos Aires.

Vendredi, la Cour avait été critiquée pour la première fois dans le camp même de M. Maduro. Une haute responsable, Luisa Ortega, la chef du parquet au niveau national, considérée comme affiliée au camp présidentiel, avait dénoncé une "rupture de l'ordre constitutionnel".

Samedi, le président de la Cour, Maikel Moreno, a assuré devant des représentant du corps diplomatique qu'ils pouvaient être assurés que la haute juridication "ne ferait jamais rien contre la stabilité" du pays pétrolier.

Outre la profonde crise politique en cours, le Venezuela, qui a connu trois tentatives de coup d'Etat depuis 1992, est frappé par une pénurie qui concerne 68% des produits de base, et l'inflation y est devenue incontrôlable (1.660% fin 2017, selon une prévision du FMI).

Mais Nicolas Maduro a fermement mis en garde ses adversaires, dénonçant une nouvelle fois un complot ourdi par les Etats-Unis, au travers de l'OEA, pour le destituer.

"Que personne ne tente de profiter des circonstances pour (se lancer dans) des aventures, car la volonté de contrer des aventures putschistes est totale", a assuré le dirigeant socialiste.

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