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01/04/2017 09:06 EDT | Actualisé 01/04/2017 09:09 EDT

«L'économie du couple»: le coût d'une séparation

Axia Films

L’argent ne fait pas le bonheur. La preuve dans L’économie du couple de Joachim Lafosse. Avec délicatesse et subtilité, l’auteur d’À perdre la raison pose sa caméra sur un homme et une femme déchirés par un acrimonieux conflit conjugal. Entrevue.

Malgré quinze ans de vie commune, la séparation se complique pour Marie et Boris lorsque vient le jour où il faut partager les biens accumulés par le couple. L’un n’est pas satisfait de sa part, tandis que l’autre refuse de donner davantage. Dès les premières minutes de votre film, l’impasse paraît inévitable.

Je connais des amis qui restent en couple parce qu’aujourd’hui vivre seul dans un appartement devient trop cher. J’avais envie de faire un film sur un couple dont l’un des personnages, en l’occurrence Marie, refuse de vivre avec l’homme qu’elle n’aime plus. La séparation est un aveu d’échec, parce que personne ne décide de fonder une famille dans la perspective que tout s’effondre. C’est l’histoire d’un couple en pleine désillusion.

Marie et Boris, interprétés par Bérénice Béjo et Cédric Kahn, sont les parents de jumelles. Les scènes du long métrage se déroulent à l’intérieur de l’appartement où l’on suit le quotidien d’une famille en décomposition au cœur d'un huis clos souvent étouffant.

En effet, tout se déroule dans un lieu unique. Je voulais réaliser une œuvre à la manière de Qui a peur de Virginia Woolf? de Mike Nichols, c’est-à-dire, pouvoir être en position de toujours suivre les acteurs et d’être concentré que sur le jeu. Cela permet des choses très intéressantes. Par exemple, ce qui fait le spectacle n’est pas la beauté du décor, mais la manière de l’observer. Et puis, les visages peuvent être aussi impressionnants qu’un paysage.

D’où vient votre fascination sur le couple?

Le couple, c’est un peu l’histoire de ma vie. Je suis jumeau, demi-frère de jumeaux, et mon père dont la conjointe est jumelle a donné naissance à des jumeaux! Comme par hasard, à 42 ans, je fais un film sur un couple qui se sépare avec des jumelles. Quand j’étais enfant, mes parents se sont quittés au même âge que les fillettes dans le film. En fait, ma mère m’a dit à l’époque: «nous, on se sépare, mais vous deux vous restez ensemble». On peut faire vingt films avec une phrase pareille.

Le fric semble omniprésent, dans les disputes autant que dans les silences.

Quand deux personnes tombent amoureuses, il y a cette fameuse lune de miel. Après la passion, l’amour commence et plus tard, c'est parfois le temps de se dire au revoir. Toutefois, l’aspect monétaire devient ici une sorte de parabole. Pour observer l’économie mondiale, il faut pouvoir regarder la macro-économie et finalement, on se rend compte que les deux concepts ne sont pas très différents l’un de l’autre. Cela pose des questions d’ordre plus général comme notre manière de voir l’Europe. Si les Européens veulent vivre ensemble, à un moment donné, il va falloir arrêter de taper sur la tête des Grecs. Ils ne sont pas que leur dette, ils sont autre chose.

Vous prenez un soin de décortiquer au centime près les relations financières du couple. On a l’impression d’avoir à faire à une sorte de lutte des classes avec un mari beaucoup moins fortuné que madame.

Je voulais filmer l’argent au sein du couple. L’argent n’est pas la cause de leur conflit, mais un symptôme. On ne peut par être comptable en amour. C’est beaucoup moins rationnel l’amour. Il existe des choses impossibles à monnayer comme le temps qu’on passe avec ses enfants ou l’investissement personnel dans une relation. Lorsque vient le temps de rompre, on a tout simplement envie de retrouver ce que l’on a donné, sauf que ce n’est malheureusement pas toujours possible.

L’entrevue a été réalisée à Paris grâce à l’invitation des Rendez-vous d’Unifrance.

L’économie du couple – Drame – Axia Films – 98 minutes – Sortie en salles le 31 mars 2017 – France, Belgique.

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