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01/04/2017 01:20 EDT | Actualisé 02/04/2018 01:12 EDT

Des trésors de l'art hispanique débarquent de New York à Madrid

Vers 1900, un riche new-yorkais amoureux de l'Espagne débutait une fabuleuse collection d'art hispanique. Le musée madrilène du Prado expose dès mardi plus de 200 "trésors de l'Hispanic society of America" (HSA) qu'il fonda.

Dans l'entrée de l'exposition, un grand homme des années 1920, fine moustache et col blanc cassé, en impose: le portrait de l'Américain Archer Milton Huntington (1870-1955) qui, en dépit de son air réservé, fut animé dès sa jeunesse d'une passion jamais reniée pour l'art et la littérature espagnols.

"C'est la première fois qu'un échantillon aussi important de ses collections s'expose en Espagne et même en dehors de la HSA, et plusieurs pièces quittent pour la première fois le siège de New York", a dit cette semaine à la presse son directeur, Mitchell A. Codding, au côté du nouveau directeur du Prado, Miguel Falomir.

A l'écart du circuit des musées new-yorkais, à Manhattan, la HSA abrite la plus importante collection d'art hispanique en dehors d'Espagne - avec plus de 18.000 pièces, de la préhistoire au XXe siècle - et une bibliothèque aux dizaines de milliers de manuscrits et livres rares.

Au sein de l'exposition qui se tient jusqu'au 10 septembre à Madrid, un document fascine: le Mapamundi de Giovanni Vespucci, carte du monde datée de Séville en 1526, qui servit de référence aux navigateurs partant vers le Nouveau Monde. La mer Rouge y apparaît d'un rouge strident, des caravelles parsèment les océans et, détail tiré de la Bible, une Tour de Babel s'effondre au Proche-Orient.

Cette exposition "est importante pour ce qu'elle nous raconte de la personnalité de Huntington - sa passion pour ce qu'était l'Espagne, sa culture et sa langue - et ce qu'elle nous raconte de nous-mêmes", dit l'Espagnol Falomir.

Dans un court film documentaire, l'Américain est présenté non pas comme un héritier frivole mais comme un mécène et un philanthrope.

Il a 12 ans quand il voyage pour la première fois en Europe avec sa mère - collectionneuse - et revient fasciné par les grands musées. Puis sa découverte de Mexico le marque, avant son premier voyage dans l'Espagne de 1892.

Son beau-père, Collis Potter Huntington, est un richissime magnat de la construction navale et des chemins de fer. Lui refuse de rejoindre ce monde de l'industrie.

- Goya et Velasquez restaurés -

En 1900, son beau-père meurt: il a 30 ans, hérite d'une fortune et accélère son projet de "musée espagnol", ouvert au public en 1908 à Manhattan.

Oiseau rare pour son époque, Huntington valorise alors l'héritage musulman en Espagne, et a même appris l'arabe, relève M. Falomir. Une luxueuse Soie de l'Alhambra, datée de Grenade vers 1400, est ainsi présentée à l'exposition comme le "seul exemplaire totalement intact".

Puis surgit un des premiers saints de la chrétienté, le juvénile Saint Martin de Tours: une sculpture polychrome en bois du 15e siècle magnifique le représente tranchant son manteau pour le partager.

Parmi les oeuvres du "siècle d'or espagnol" (1492-1681), le Portrait de petite fille attire l'oeil: c'est un tableau de Velasquez auquel les restaurateurs du Prado ont rendu "sa splendeur originale" pour l'exposition, souligne M. Codding. Ils ont fait de même avec le célébrissime Portrait de la duchesse d'Albe par Goya qui apparaît "comme s'il venait d'être peint".

La vision qu'avait Hutington d'une Espagne passionnante et solaire est reflétée notamment dans les tableaux de son ami Joaquim Sorolla, post-impressionniste qu'il fit connaître aux Américains.

L'exposition, financée en partie par la fondation BBVA en Espagne, doit aussi circuler aux Etats-Unis.

Le Prado "n'a pas payé" pour les oeuvres empruntées, a expliqué M. Falomir, mais a assumé le coût du transport et du montage et mis à disposition de la HSA son atelier de restauration.

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