POLITIQUE
30/03/2017 03:56 EDT | Actualisé 30/03/2017 03:56 EDT

Au Venezuela, un affrontement politique toujours plus intense

La décision jeudi de la Cour suprême du Venezuela de confisquer les prérogatives du Parlement accentue encore la bataille politique entre le président socialiste Nicolas Maduro, qui concentre désormais tous les pouvoirs, et l'opposition.

Une opposition divisée et privée de Parlement

L'opposition, réunie au sein de la coalition de la MUD (Table pour l'unité démocratique, centre droit), était aux commandes du Parlement depuis sa victoire historique aux élections législatives fin 2015.

Mais depuis janvier 2016, la Cour suprême a déclaré nuls tous les votes de l'Assemblée nationale, en réaction à l'investiture de trois députés anti-chavistes, malgré les soupçons entourant leur élection. Elle n'a cessé depuis de rogner le pouvoir des législateurs.

Jeudi, elle est allé encore plus loin en faisant main basse sur les prérogatives du Parlement, dont celle d'édicter les lois.

Ces derniers mois, si elle réaffirmait sa volonté d'éjecter le président en 2017, la stratégie de l'opposition est demeurée floue et peu efficace, tant elle est divisée entre radicaux et modérés.

Désormais privée du pouvoir législatif, il ne lui reste plus, comme levier, que la pression de la rue, dont le résultat avait été mitigé l'an dernier. Hormis deux mobilisations réunissant autour d'un million de personnes, ses appels à manifester sont restés limités.

Un vice-président dur

Pour mener l'offensive du chef de l'Etat Nicolas Maduro et peut-être un jour lui succéder, Tareck El Aissami, gouverneur de l'Etat d'Aragua (centre) et élégant avocat de 42 ans, a été nommé en janvier vice-président.

Ancien parlementaire et ministre de l'Intérieur issu d'une famille syro-libanaise, ce dur du régime qui se décrit comme "radicalement chaviste" (du nom de l'ex-chef de l'Etat Hugo Chavez) et qui a connu une ascension éclair, est également un personnage controversé : en février, le Trésor américain lui a infligé des sanctions financières pour trafic de drogue, suscitant un vif incident diplomatique entre les deux pays.

Le président Maduro l'a chargé de la sécurité intérieure du pays et de lutter contre les "terroristes d'extrême droite", assurant par ailleurs que cette année serait celle de la "reprise" en remaniant son équipe économique.

Dialogue et référendum en suspens

Après la suspension en octobre du processus vers un référendum révocatoire contre Nicolas Maduro, l'opposition s'est tournée vers le dialogue avec le gouvernement.

Mais cette démarche, soutenue et organisée par le Vatican, est rejetée par nombre d'antichavistes et la moitié des 30 partis de la coalition d'opposition.

En décembre, la MUD a gelé ce dialogue, exigeant la libération d'opposants et des élections anticipées. La prochaine présidentielle est normalement prévue en 2018.

Pénuries, monnaies et mécontentement

Depuis des mois, une grave crise économique frappe le Venezuela. Elle est liée à la chute des cours du pétrole - son unique richesse -, qui a fait exploser l'inflation (1.660% fin 2017, prédit le FMI) et vidé les supermarchés et les pharmacies, dont 68% des produits de base sont désormais manquants.

Alors que 78,5% des Vénézuéliens rejettent le gouvernement, selon l'institut Datanalisis, cette exaspération ne profite pas à la MUD, dont le soutien populaire reste faible, à seulement 38% en janvier, selon le cabinet Keller et associés.

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