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30/03/2017 11:17 EDT | Actualisé 31/03/2018 01:12 EDT

Protéger les civils, priorité du chef de l'ONU en Irak

La protection des civils doit être "une priorité absolue", a averti jeudi le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres en Irak, où des centaines de milliers de personnes sont prises au piège par les combats à Mossoul.

La première visite de M. Guterres en Irak comme chef de l'ONU intervient alors que les besoins humanitaires ne cessent de croître dans le nord du pays.

Plus de 200.000 habitants de la deuxième ville irakienne ont fui sa partie ouest depuis le début, mi-février, de l'offensive pour en chasser les jihadistes du groupe Etat islamique (EI). Elles sont en partie accueillies dans des camps installés à la hâte dans les environs.

Et, selon l'ONU, quelque 600.000 autres restent piégées dans Mossoul-Ouest, dont 400.000 dans la vieille ville, un dédale de rues densément peuplées que tentent de reprendre les forces irakiennes.

Venu de Jordanie où il a assisté au sommet annuel de la Ligue arabe, M. Guterres est arrivé à Bagdad pour "faire le point sur la difficile situation humanitaire sur le terrain". "La protection des civils doit être une priorité absolue", a-t-il ajouté.

"L'Irak est dans les dernières étapes de sa lutte contre le terrorisme. Nous espérons avec force que la libération de Mossoul sera bientôt achevée", a ensuite déclaré M. Guterres après avoir discuté avec le Premier ministre Haider al-Abadi.

D'ores et déjà, l'Irak a "besoin d'une assistance similaire au Plan Marshall pour reconstruire le pays et surmonter les effets de la guerre contre les bandes terroristes", a déclaré le chef de la diplomatie irakienne, Ibrahim Jaafari, en référence au vaste programme d'assistance initié par les Etats-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qui avait permis à l'Europe de se relever rapidement au niveau économique.

M. Guterres doit poursuivre vendredi sa visite à Erbil, capitale de la région automne du Kurdistan irakien dans le nord.

Les missions humanitaires pour venir en aide aux civils de la région de Mossoul affectés par les combats entre les forces irakiennes, appuyées par la coalition internationale menée par Washington, et les jihadistes sont organisées depuis cette ville.

- 'En catimini' -

La reprise totale de la métropole du nord du pays priverait l'EI de son dernier grand bastion en Irak.

Mais les jihadistes continuent à résister dans l'ouest de Mossoul, où les troupes gouvernementales progressent lentement face aux attaques suicide, aux tireurs embusqués et aux pièges explosifs.

Selon un porte-parole militaire de la coalition, il reste moins d'un millier de jihadistes dans la ville et ces derniers cherchent désormais à provoquer délibérément des bavures de la coalition internationale.

"L'EI fait rentrer en catimini des civils dans un bâtiment", en essayant d'échapper à la surveillance de la coalition, "et essaie d'inciter la coalition à attaquer" pour tirer avantage du "tollé dans l'opinion" et du climat de "terreur", a déclaré le colonel américain Joe Scrocca.

Des responsables irakiens ont affirmé la semaine dernière que les frappes contre l'EI avaient tué de nombreux civils dans le quartier de Mossoul al-Jadida à Mossoul-Ouest. Le nombre de victimes -entre des dizaines et des centaines selon les sources- n'a pu être vérifié de source indépendante.

Cette potentielle bavure a déclenché l'ouverture d'enquêtes par les autorités irakiennes et la coalition.

Le général américain Stephen Townsend, qui commande à Bagdad les forces de la coalition anti-EI, avait reconnu cette semaine que la coalition avait "probablement joué un rôle" dans la mort de nombreux civils dans un bombardement aérien à Mossoul le 17 mars.

Le pape François, les Nations unies et Amnesty International ont appelé ces derniers jours à de plus grands efforts pour protéger les habitants.

D'après l'ONU, plus de 300 civils ont péri dans la partie occidentale de Mossoul depuis mi-février. Mais dans ce bilan encore provisoire, il n'est pas clair combien de personnes ont été tuées par l'EI et combien l'ont été par les forces irakiennes et la coalition.

Selon l'ONG Airwars, basée à Londres et qui recense civil tués dans des bombardements, les allégations sur des victimes civiles de la coalition en Irak et Syrie se sont multipliées depuis début mars, atteignant un niveau "comparable à la pire période des frappes russes" en Syrie.

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