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30/03/2017 18:00 EDT | Actualisé 31/03/2018 01:12 EDT

Otan: Tillerson veut que l'Europe dépense plus pour sa défense

Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson sera porteur vendredi à Bruxelles d'un message très ferme du président Donald Trump à l'adresse de l'Otan: l'Europe doit mettre davantage la main à la poche pour sa défense.

Le nouveau secrétaire d'Etat assistera à sa première réunion des ministres des Affaires étrangères des 28 pays de l'Alliance atlantique, après une étape en Turquie, largement consacrée au conflit syrien.

A Bruxelles, priorité aux questions budgétaires.

Les Etats-Unis, première puissance militaire au monde avec un budget annuel que Donald Trump veut porter en 2018 à 639 milliards de dollars, assurent 68% des dépenses de défense cumulées des membres de l'Otan.

Depuis des années, et donc bien avant l'arrivée au pouvoir du président républicain, Washington se plaint d'un déséquilibre dans le "partage du fardeau" avec ses alliés européens. A la suite de ses prédécesseurs, M. Trump réclame que les autres pays de l'Alliance dépensent au moins 2% de leur Produit intérieur brut (PIB) en matière de défense.

Les Européens s'étaient engagés à tenir cet objectif en dix ans lors d'un sommet de l'Otan au Pays de Galles en 2014. A ce jour, seuls cinq pays européens y sont parvenus.

Mais les alliés européens ont pris conscience du problème, a assuré jeudi le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, en rappelant que l'an dernier leurs dépenses de défense ont progressé de 3,8%.

- Plans nationaux -

Face aux exigences américaines, l'Otan songe à ce que tous les pays membres se dotent de "plans nationaux" contraignants pour augmenter leurs investissements militaires, a expliqué M. Stoltenberg.

D'après un responsable du département d'Etat, "le président (Trump) a été très clair et son secrétaire d'Etat (Tillerson) le réaffirmera: les Etats-Unis ne peuvent plus maintenir une part disproportionnée des dépenses de défense et de dissuasion de l'Otan".

"Il est essentiel que les alliés honorent leurs engagements", a insisté ce diplomate américain, avertissant que Rex Tillerson allait "pousser très fort" dans ce sens, même si les Etats-Unis manquent de moyens de pression.

La réunion de vendredi doit aussi préparer le sommet de l'Otan le 25 mai à Bruxelles, en présence de Donald Trump, dont la politique étrangère est jugée isolationniste. Ce sera le premier déplacement de M. Trump en Europe, où il verra des alliés troublés par ses déclarations fracassantes sur le "merveilleux" Brexit et sur l'Otan "obsolète".

A cet égard, M. Stoltenberg s'est voulu rassurant après un voyage à Washington en mars et ses entrevues à Bruxelles en février avec le vice-président Mike Pence et son ministre de la Défense James Mattis.

L'administration Trump est "très impliquée en faveur de l'Otan et du lien transatlantique. Deux guerres mondiales et la Guerre froide nous ont appris que la stabilité en Europe est aussi importante pour l'Europe que pour les Etats-Unis", a assuré le Norvégien.

- Incident diplomatique -

Les Etats-Unis et leurs 27 partenaires de l'Otan ont frôlé la semaine dernière l'incident diplomatique.

M. Tillerson avait d'abord fait savoir qu'il ne viendrait pas à Bruxelles pour une réunion initialement prévue les 5 et 6 avril, invoquant la visite aux Etats-Unis du président chinois Xi Jinping à ces dates.

Washington "ne s'était pas rendu compte de ce que cela signifiait (...) dans un contexte où les tweets et déclarations de Donald Trump n'ont pas rassuré les alliés", selon une source diplomatique à Bruxelles.

"C'était d'autant plus problématique", a critiqué ce diplomate, que Rex Tillerson, ancien PDG d'ExxonMobil et proche du président russe Vladimir Poutine, "avait déjà planifié un voyage à Moscou" en avril.

Face au malaise provoqué par une éventuelle absence, rarissime, d'un ministre du premier pays contributeur et fondateur de l'Otan, il a fallu en catastrophe convaincre les autres capitales d'avancer la réunion au 31 mars.

L'Alliance discutera également vendredi de la lutte anti-terroriste, de la Russie et de l'Ukraine.

Rex Tillerson et ses 27 homologues recevront d'ailleurs leur collègue ukrainien Pavlo Klimkine pour réaffirmer leur soutien face à l'"agression" russe dans l'est de l'Ukraine.

Des consultations entre ambassadeurs ont eu lieu jeudi dans le cadre d'un Conseil Otan-Russie, une instance de dialogue mise en sommeil en 2014 après l'annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée et le conflit entre Kiev et des rebelles prorusses dans l'est de l'Ukraine. Ce Conseil a été réactivé il y a un an.

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