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30/03/2017 11:17 EDT | Actualisé 31/03/2018 01:12 EDT

Malgré la technologie, la guerre à Mossoul reste meurtrière

La coalition contre le groupe Etat islamique (EI) emploie contre les jihadistes à Mossoul les technologies militaires les plus modernes mais ne parvient pas à éviter les victimes civiles, prises au piège de combats urbains contre un ennemi impitoyable.

Les militaires américains ont déjà dénoncé à de nombreuses reprises l'utilisation des habitants comme boucliers humains par les jihadistes.

Ils accusent désormais le groupe Etat islamique de chercher à provoquer délibérément des bavures de la coalition, en contournant la surveillance des drones qui surveillent le champ de bataille.

"L'EI fait rentrer en catimini des civils dans un bâtiment", puis "essaie d'inciter la coalition" à bombarder l'immeuble en y déployant des snipers, a indiqué jeudi le colonel Joe Scrocca, un porte-parole de la coalition.

L'EI cherche à tirer avantage du "tollé dans l'opinion" et du climat de "terreur" que ces bavures provoquent, a-t-il estimé.

Le Pape, l'ONU et Amnesty International ont appelé ces derniers jours à de plus grands efforts pour protéger les habitants.

La leçon est claire pour la coalition, forcée de reconnaître cette semaine qu'une de ses frappes avait "joué un rôle" dans la mort le 17 mars de dizaines de civils dans un bombardement à Mossoul Ouest.

Malgré les bombes guidées au laser ou au GPS, malgré la surveillance vidéo des drones, malgré les interceptions des communications jihadistes sur internet, la coalition ne peut éviter les pertes civiles.

- Missile Hellfire -

Ni éviter des pertes impressionnantes chez ceux qui mènent le combat au sol contre les jihadistes: les troupes irakiennes ont ainsi perdu près de 300 hommes depuis le début de l'offensive sur Mossoul Ouest à la mi-février. Près de 800 hommes sont morts et 4.600 ont été blessés depuis le début de la bataille en octobre.

"Ce sont les combats rapprochés les plus durs et les plus brutaux que j'ai connu en 34 ans de carrière", a noté le chef militaire de la coalition, le général Stephen Townsend, évoquant "la bataille urbaine la plus significative depuis la fin de la Seconde guerre mondiale".

La partie ouest de Mossoul où se déroulent les combats actuels est un entrelacs de ruelles étroites où des dizaines de milliers d'habitants se terrent, tentant d'échapper aux bombes et aux balles.

Les militaires américains qui dirigent la coalition affirment multiplier les précautions pour éviter les victimes civiles.

"Nous n'utilisons pas une bombe de 500 livres (228 kilos) qui va détruire un bâtiment si nous pouvons utiliser un missile Hellfire qui va juste faire sauter une pièce et tuer ses occupants", a expliqué le colonel Scrocca.

Les militaires américains essaient également toujours d'avoir des images vidéo des endroits que les forces irakiennes sur le terrain leur demandent de frapper.

"Nous essayons normalement d'avoir une vidéo pour vérifier ce qui se passe sur le terrain" avant de répondre à une demande de frappe, a expliqué cette semaine un responsable de la défense américain à des reporters, sous couvert d'anonymat.

"Nous devons être capables d'identifier positivement la cible militaire, d'identifier positivement les combattants, et nous devons faire une évaluation des dommages collatéraux qui pourraient être entraînés" avant d'autoriser un bombardement, a-t-il poursuivi.

Mais dans certaines circonstances, les décisions de frappe doivent être prises en quelques secondes.

- Un millier de jihadistes -

"Il est très difficile" de supprimer le risque d'erreur quand des troupes prises sous le feu ennemi demandent de l'aide, a indiqué un responsable américain anonyme.

Le Pentagone se défend en tout cas d'avoir assoupli les règles d'engagement des frappes pour tolérer un plus grand nombre de victimes civiles.

Certes, le général Townsend a délégué plus bas dans la hiérarchie le droit d'approuver des bombardements, pour permettre à la coalition de répondre plus rapidement aux besoins d'appui des troupes irakiennes.

Mais les critères d'évaluation des frappes n'ont pas changé, répètent les militaires américains.

Malgré les dangers, les forces irakiennes progressent et infligent des pertes importantes aux jihadistes, affirment les militaires américains.

Selon le colonel Scrocca, il resterait "moins" d'un millier de jihadistes dans Mossoul-Ouest, alors qu'il y en avait encore 2.000 mi-février.

D'après l'ONU, plus de 300 civils ont péri dans la partie occidentale de Mossoul depuis mi-février.

Dans ce bilan encore provisoire, il n'est pas clair combien de personnes ont été tuées par l'EI, et combien l'ont été par les forces irakiennes et la coalition.

lby/bdx