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30/03/2017 11:17 EDT | Actualisé 31/03/2018 01:12 EDT

Les musulmans encore terrorisés, deux mois après l'attentat à la mosquée

QUÉBEC — Les musulmans de Québec vivent toujours dans la terreur, deux mois après l'attentat à la grande mosquée de Québec, qui a fait six morts et cinq blessés graves.

Mohamed Yangui, président du Centre culturel islamique de Québec, était présent au palais de justice de Québec, jeudi, lors de la troisième comparution du présumé tireur, Alexandre Bissonnette.

Il a expliqué aux journalistes que les musulmans prennent maintenant des tours pour prier; quand un groupe prie, un autre s'occupe de faire le guet près de la porte principale.  

«Aujourd'hui quand je vais à la mosquée, je ne peux pas prier comme il faut. J'ai toujours le sentiment qu'il y aura quelqu'un derrière moi qui va me tirer. C'est très difficile», a relaté M. Yangui.

«Lorsque nos enfants sont là normalement, ils viennent à la mosquée jouer, mais maintenant, chacun essaie d’avoir son fils près de lui.

«Tous les fidèles vivent dans une situation de terreur, on est terrifiés», a-t-il ajouté.

Des patrouilles policières sont régulièrement effectuées lors des périodes de pointe à la mosquée, soit le vendredi, a-t-il dit.

Des fidèles ont aussi fait appel aux policiers de la Sûreté du Québec à trois reprises, lorsque des personnes venues visiter la mosquée leur semblaient louches.

M. Yangui, qui était accompagné jeudi d'un avocat-conseil, Me Jean-Félix Charbonneau, a dit que les membres de sa communauté étaient «impatients» de voir les choses bouger dans le dossier de Bissonnette, et qu'ils espéraient un plaidoyer de culpabilité. 

Bissonnette est accusé du meurtre prémédité de six fidèles qui se trouvaient à la grande mosquée de Québec, le soir du 29 janvier dernier, où il s’est présenté armé sur les lieux. Il est aussi accusé de cinq autres chefs de tentative de meurtre.

L'homme de 27 ans s'est présenté devant le juge Jean-Louis Lemay, jeudi matin, vêtu de noir et le cheveu plat. Il a semblé suivre les échanges devant le tribunal avec intérêt; il regardait autour de lui, ouvrait la bouche et, à quelques reprises, a tiré la langue dans tous les sens.

Lorsque le juge lui a demandé s'il changeait d'avocat, Bissonnette a répondu: «oui, monsieur».

L'avocat qui représentait l'accusé jusqu'à présent, Me Jean Petit, s'est retiré du dossier. La raison de ce désistement n’a pas été divulguée.

Il a été remplacé jeudi par Me Charles-Olivier Gosselin, du bureau de l'aide juridique. 

Les parties ont convenu de reprendre les procédures le 29 mai pour que la Couronne puisse compléter la divulgation de la preuve. La présence de l'accusé ne sera pas requise. 

Des mesures de sécurité exceptionnelles étaient toujours en vigueur à l’entrée de la salle, où chaque personne devait subir une fouille et se soumettre au détecteur de métal.

Évoquant le lourd bilan après l'attentat — six morts, six veuves, 17 enfants sans père et 39 blessés — M. Yangui a dit espérer que des chefs d'accusation en lien avec le terrorisme soient éventuellement déposés.

L'attentat a déjà été qualifié de tel par les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard.

«D'une manière sociale, tout le monde a qualifié le geste de terrorisme, mais évidemment le droit et le social (...) ne dépendent pas toujours des mêmes critères», a dit Me Charbonneau.