POLITIQUE
30/03/2017 05:49 EDT | Actualisé 30/03/2017 05:50 EDT

CIJA: les missions parlementaires en Israël plus populaires en 2016

Les missions parlementaires en Israël ont été plus populaires en 2016 que lors des années précédentes.

Adrian Wyld/CP

OTTAWA – Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) a redoublé d’efforts pour envoyer des députés fédéraux lors de voyages en Israël, tous frais payés, l’an dernier.

En 2016, le groupe, qui fait du lobbying auprès d’Ottawa pour diverses causes, a déboursé 230 467$ pour envoyer 24 députés et leurs 12 accompagnateurs lors de missions parlementaires en Israël, selon un récent rapport de la commissaire fédérale à l’éthique Mary Dawson.

  • 2012 : 139 440,20$
  • 2013 : 113 583,10$
  • 2014 : 90 809,74$
  • 2015 : 0$
  • 2016 : 230 467,00$

Ce montant est environ le double des années précédentes – à l’exception de l’année 2015, une année électorale où aucun député n’a pris part à un voyage parrainé par le centre. L’augmentation des ressources en 2016 s’explique donc par l’arrivée massive de nouveaux députés à Ottawa, explique Richard Marceau, conseiller politique senior de CIJA.

Les voyages parrainés sont une pratique commune à Ottawa. Les députés sont obligés de déclarer la nature et la valeur des avantages défrayés par le parrain du déplacement, que ce soit une fondation, un organisme ou tout autre groupe.

Mais les missions parlementaires en Israël sont sans contredit celles qui reviennent le plus souvent dans les documents. « CIJA – ainsi que l’organisation qui l'a précédé, le Comité Canada-Israël – organise de telles missions depuis les années 90 », soutient M. Marceau.

« CIJA invite les parlementaires en Israël pour qu’ils comprennent mieux les Israéliens, les valeurs démocratiques et libérales (au sens philosophique du terme) communes entre Canadiens et Israéliens, la centralité d’Israël pour l’identité juive, de même que la position unique dans laquelle se trouve le peuple israélien dans la région », décrit-il.

Protéger ses arrières

Jean Rioux, le député libéral de Saint-Jean, dit qu’il a consulté la commissaire à l’éthique avant de participer au voyage afin de s’assurer que tout était fait dans les normes. « Je suis toujours plus catholique que le pape, alors oui, je me suis informé! » s’est exclamé l’élu libéral en entrevue.

« Au début, on se pose des questions : est-ce qu’on va être manipulés? Mais c’était tellement neutre que là-dessus, on s’est sentis libres. On a été mis devant des faits et on n’a pas été embrigadés dans une pensée », décrit M. Rioux.

Dan Albas, un député conservateur de la Colombie-Britannique, dit qu’il a toujours été « sceptique » des voyages tous frais payés comme celui-ci. Même s’il a apprécié l’expérience, il n’est pas certain qu’il va participer à un autre voyage de la sorte.

« Une partie du scepticisme est due au fait que je pense que les députés devraient axer leurs efforts sur leur propre circonscription et les enjeux à Ottawa », indique le conservateur, qui fait mention de ce voyage dans son rapport annuel envoyé à ses concitoyens.

Une délégation parlementaire présente en Israël l'an dernier. (Photo: Facebook)

Les enjeux entourant Israël font généralement consensus à Ottawa, mais peuvent aussi provoquer des flammèches à la Chambre des communes.

Une motion rejetant le mouvement « Boycott, désinvestissement et sanctions » a été adoptée l’an dernier par les conservateurs et la majorité des libéraux, mais le NPD et le Bloc québécois avaient voté contre pour protéger la liberté d’expression.

Cette prise de position n’a pourtant pas empêché le député néo-démocrate de Beloeil-Chambly, Matthew Dubé, de participer au voyage payé par CIJA l’an dernier.

« Je ne pense pas que le fait d’aller en voyage, en tant que tel, est quelque chose qui va m’acheter, si je peux m’exprimer ainsi, s’est-il avancé. Au contraire, c’est une expérience qui m’a démontré qu’il n’y a pas de vérité absolue dans ce dossier. »

Si M. Dubé croit toujours à une solution à deux États et dit que le voyage de CIJA ne lui a pas fait changer d’idée. « Par contre, ce que le voyage m’a appris – et je crois que c’est l’un des objectifs – c’est de constater à quel point c’est compliqué. On repart avec plus de questions que de réponses. »

Un voyage taillé sur mesure pour Trump

Les voyages à Taïwan, payés par la Chinese International Economic Cooperation Association, sont également très populaires auprès des députés fédéraux.

L’an dernier, l’association a déboursé 138 359,14$ pour que 11 députés et 10 accompagnateurs découvrent la région. Son objectif, tel qu’inscrit sur son site web, est de « faciliter la compréhension mutuelle et les échanges bilatéraux avec des pays étrangers en parrainant des visites à Taïwan pour leurs leaders politiques et économiques ».

  • 2012 : 94 542,74$
  • 2013 : 142 091,60$
  • 2014 : 147 010,37$
  • 2015 : 33 030,81$
  • 2016 : 138 359,14$

Le député du NPD de Sherbrooke, Pierre-Luc Dusseault, faisait partie de la délégation parlementaire canadienne en janvier 2016, quelques jours avant l’élection de Taïwan.

Lors de l’entrevue, l’élu néo-démocrate parle de la relation entre la Chine et Taïwan d'« une situation assez délicate » et fait attention à ne pas qualifier la région taïwanaise de « pays ». Il croit que l’actuel président américain aurait bénéficié d’une telle leçon de diplomatie.

« Probablement que si M. [Donald] Trump avait fait le voyage avec nous, il n’aurait peut-être pas fait l’erreur, en tant que président élu, d’avoir une conversation avec la présidente de Taïwan. »

La Chinese International Economic Cooperation Association n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.

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