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30/03/2017 09:09 EDT | Actualisé 31/03/2018 01:12 EDT

Les athlètes brésiliens médaillés aux Jeux perdent leurs commanditaires

Isaquias Queiroz a connu la gloire en grimpant sur le podium olympique à domicile. Sept mois après les Jeux de 2016 à Rio, il est loin d'avoir obtenu les retours financiers escomptés.

Isaquias Queiroz a connu la gloire en grimpant sur le podium olympique à domicile. Sept mois après les Jeux de 2016 à Rio, il est loin d'avoir obtenu les retours financiers escomptés.

Queiroz est le premier Brésilien à gagner trois médailles dans les mêmes Jeux. Deux médailles d'argent en canoë C1 1000 m et C2 2000 m et une médaille de bronze en C1 200 m.

Comme plusieurs athlètes de son pays, il a déchanté à cause de la crise économique et des incertitudes qui minent le sport brésilien.

« Tout le monde m'a dit que les commanditaires allaient se bousculer, mais ce n'est pas du tout ce qui est arrivé. Au contraire, j'en ai perdu deux, les contrats n'ont pas été renouvelés en fin d'année.

« Mais ça ne sert à rien de se désespérer, je dois juste continuer à m'entraîner », a-t-il dit, résigné.

Il n'est pas le seul à avoir vécu pareille désillusion.

Robson Conceição est le premier médaillé d'or de l'histoire de la boxe brésilienne (-60kg). Seul le public apprécie son exploit à sa juste valeur.

« À part la reconnaissance du public, cette médaille ne m'a rien rapporté, aucune entreprise ne m'a approché, révèle-t-il. Comme j'ai gagné une médaille inédite, je pensais que ma situation allait s'améliorer. C'est difficile à expliquer. »

Et il se montre critique à l'endroit des autorités compétentes de son pays.

« Je crois que la crise à bon dos, les gens ne sont juste pas disposés à soutenir les sportifs », estime-t-il.

Sept mois après les JO de Rio-2016, le sport brésilien est touché de plein fouet par la crise économique et par une série d'incertitudes qui remettent en cause l'héritage olympique.

Un recul de 20 ans

Selon le président du Comité olympique brésilien (COB), Carlos Arthur Nuzman, le manque de moyens est tel que le pays a fait un bond de presque vingt ans en arrière.

« Nous nous attendions à ce que la situation soit plus difficile, reconnaît-il. De 2002 à 2016, nous avons organisé une série de grands événements et nous disposions pour cela de recours bien plus importants », a déploré le dirigeant brésilien.

« Maintenant, nous revenons à la situation d'avant les Jeux de 2000, quand le sport brésilien n'avait pas la possibilité d'attirer des commanditaires avec la perspective de la réalisation de grandes compétitions à domicile.

En 2000, le Brésil était rentré d'Australie sans aucune médaille d'or et douze podiums au total (six d'argent et six de bronze), un résultat très décevant après la performance historique d'Atlanta (trois médailles d'or, trois d'argent et neuf de bronze).

À Rio, le Brésil a battu son record de médailles d'or (7) et de podiums (19), mais n'est pas parvenu à atteindre son objectif de se hisser dans le top 10 des pays (13e du classement qui prend en compte le total de médailles).

Pour Marcus Vinicius d'Almeida, grand espoir du tir à l'arc, les chemins qui mènent aux Jeux de 2020 (à Tokyo) semblent déjà semés d'embûches.

« Beaucoup de choses ont changé après les Jeux de Rio. Avant, toute l'équipe nationale s'entraînait ensemble, mais nous n'avons plus d'entraîneur. Donc chacun doit se débrouiller de son côté », explique à l'agence AFP le jeune tireur de 19 ans, qui a perdu trois de ses quatre commanditaires après les Jeux.

« Je ne peux plus payer de kiné ni de préparateur physique. Je viens de passer quarante jours en Europe, mais j'ai tout payé de ma poche », révèle-t-il.

Le sport brésilien est financé en partie par la loterie nationale, mais ces recettes ont baissé de 14% en 2016 par rapport à 2015, selon le journal Estado de Sao Paulo.

Ce marasme financier est assombri par les incertitudes en ce qui concerne la nouvelle vie du Parc Olympique, qui ressemble de plus en plus à un cimetière d'éléphants blancs.

L'appel d'offres pour un partenariat public-privé n'a pas trouvé preneur et l'administration est répartie dans la querelle entre la municipalité et le ministère des Sports, qui se renvoient la balle, sans donner de perspective précise quant à l'utilisation d'installations aujourd'hui à l'abandon.