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29/03/2017 20:45 EDT | Actualisé 30/03/2018 01:12 EDT

Législatives dimanche en Arménie, l'avenir de Sarkissian en point de mire

Les Arméniens doivent se rendre aux urnes dimanche pour les premières élections législatives organisées depuis l'adoption d'une réforme constitutionnelle controversée, censée transformer ce petit pays du Caucase en république parlementaire.

Ce scrutin représente un important test pour la démocratie dans cette ex-république soviétique de 2,9 millions d'habitants qui n'a jamais connu un transfert de pouvoir à l'opposition via un processus électoral.

Les experts estiment que le vote fera l'objet d'une féroce compétition entre le parti au pouvoir et une coalition des partis d'opposition menée par l'un des hommes d'affaires les plus riches du pays, Gaguik Tsaroukian.

Le souvenir des violences post-électorales qui ont secoué le pays il y a huit ans est encore vivant, le gouvernement promettant de tenir cette fois un scrutin exemplaire pour élire "un Parlement en qui la société aura confiance".

Le président Serge Sarkissian, dont l'élection en 2008 a donné lieu à des affrontements entre la police et des partisans de l'opposition ayant fait 10 morts, a assuré à l'AFP avoir fait "d'énormes efforts pour que le vote crucial (de dimanche) soit impeccable".

L'opposition affirme toutefois que le gouvernement prépare des fraudes massives et dénonce la réforme constitutionnelle de 2015, qu'elle considère comme conçue pour maintenir le parti de M. Sarkissian au pouvoir.

Cette réforme, initiée par le président et adoptée à l'issue d'un référendum contesté, prévoit de diminuer les pouvoirs de l'exécutif et d'accroître ceux du Parlement après la fin du second et dernier mandat de Serge Sarkissian, fin 2018.

- 'Emplois, salaires, retraites' -

Mais l'opposition affirme que cette réforme constitutionnelle permettra à Serge Sarkissian, 62 ans, de maintenir son emprise sur le pays en changeant de casquette l'année prochaine, prenant la direction de son parti politique.

"Les amendements vont perpétuer le règne de M. Sarkissian et de son Parti républicain", au pouvoir depuis deux décennies, a affirmé Aram Manoukian, député du parti d'opposition Congrès national arménien.

Le président s'est défendu de toute velléité de se maintenir au pouvoir, défendant sa réforme comme "une étape dans le processus de démocratisation de l'Arménie" qui renforcera l'opposition.

M. Sarkissian a reconnu néanmoins auprès de l'AFP qu'il espère rester "actif" après la fin de son mandat, laissant entendre qu'il continuera de peser sur la politique du pays.

"Lorsque l'on est chef d'un grand parti politique, l'étendue des responsabilités et des devoirs s'accroît", a-t-il affirmé. "En tant que président du Parti républicain, j'assume les responsabilités pour mes coéquipiers", a-t-il ajouté en réponse à une question sur son futur après 2018.

"Le Parti républicain et la coalition de M. Tsaroukian devraient obtenir la majorité des sièges dans le nouveau Parlement: plus de 80%", prévoit le sociologue Guevorg Poghossian.

La plupart des partis en lice ont fait campagne sur des thèmes populistes tels que "emplois, salaires, retraites", dans un pays où près de 30% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

En attaquant le gouvernement sur son incapacité à lutter contre la pauvreté et la corruption endémique, Gaguik Tsaroukian a bâti sa campagne sur des promesses de réduire les prix du gaz et de l'électricité et en augmentant les salaires des fonctionnaires et les retraites.

Au total, cinq partis et quatre coalitions sont en lice, qui doit permettre de remplir 101 sièges du Parlement au scrutin proportionnel. Un parti doit obtenir 5% pour être représenté au Parlement, tandis qu'une coalition doit engranger au moins 7%.

Les bureaux de vote, qui ouvrent à 04H00 GMT et ferment à 16H00 GMT, seront surveillés par les observateurs internationaux de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

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