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30/03/2017 02:19 EDT | Actualisé 31/03/2018 01:12 EDT

La Grèce condamnée pour ne pas avoir protégé des sans-papiers bangladais (CEDH)

Des sans-papiers bangladais ont obtenu jeudi la condamnation de la Grèce par la Cour européenne des droits de l'Homme pour ne pas avoir été protégés d'une situation de traite des êtres humains alors qu'ils travaillaient comme cueilleurs de fraises.

Les juges de la CEDH ont estimé à l'unanimité que la Grèce avait manqué à ses obligations de prévenir une situation de traite des êtres humains, de protéger les victimes, d'enquêter efficacement sur les infractions commises et de sanctionner les responsables, dans ce dossier connu en Grèce sous le nom des "fraises ensanglantées".

La Cour avait été saisie par 42 Bangladais, recrutés sans permis de travail pour cueillir des fraises dans une exploitation grecque à Manolada. Leurs employeurs les faisaient travailler dans des conditions physiques extrêmes, sous le contrôle de gardes armés, et les logeaient dans des huttes dépourvues d'eau courante.

Quand les saisonniers, majoritairement bangladais, ont réclamé le versement d'arriérés de salaires, un garde armé a ouvert le feu, blessant 30 d'entre eux.

Le garde armé, un contremaître et les deux employeurs ont été poursuivis par la justice grecque, mais acquittés du chef d'inculpation de traite des êtres humains.

Un garde armé et un des employeurs ont été condamnés à des peines de prison, mais celles-ci ont ensuite converties en sanctions pécuniaires. La demande de pourvoi en cassation pour l'accusation de traite des êtres humains a été rejetée.

La CEDH a estimé que les juridictions grecques avaient interprété la notion de traite des êtres humains de façon très restrictive, en l'identifiant presque à celle de servitude.

La Cour d'assises avait en effet souligné que les ouvriers agricoles étaient libres de quitter leur travail. "La liberté de mouvement n'est pas une condition sine qua non pour qualifier une situation de travail forcé ou même de traite des êtres humains", a rappelé jeudi la CEDH.

La Grèce devra verser 16.000 euros à chacun des requérants qui avaient participé à la procédure devant la Cour d'assises et 12.000 à chacun des autres demandeurs.

L'affaire des "fraises ensanglantées" de Manolada, dans un pays critiqué internationalement pour l'impunité dont y ont longtemps bénéficié les auteurs de violences xénophobes, avait suscité un vif débat politique en Grèce sur la situation misérable des migrants.

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