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30/03/2017 09:25 EDT | Actualisé 31/03/2018 01:12 EDT

Equateur : fin de campagne pour une présidentielle serrée

Les candidats à la présidentielle de dimanche en Equateur clôturent jeudi la campagne d'un scrutin qui s'annonce comme le plus serré de la décennie, entre la continuité socialiste de Lenin Moreno et le virage à droite proposé par l'ex-banquier Guillermo Lasso.

Ce second tour marque la fin de l'ère du charismatique mais polémique Rafael Correa, 53 ans, champion d'un "Socialisme du XXIe siècle" et qui ne se représente pas après trois mandats successifs en dix ans.

Son dauphin, l'ancien vice-président Lenin Moreno, 64 ans, tient son dernier meeting jeudi soir dans un quartier populaire de Quito, après un autre la veille à Guayaquil, capitale économique du pays sur la côte pacifique (ouest).

Le leader de l'opposition, l'ex-banquier Guillermo Lasso, 61 ans, du mouvement Créant des opportunités (Creo, "Je crois" en espagnol), fait l'inverse et rassemble ses partisans à Guayaquil, après Quito mercredi.

"Nous allons vers un changement oui, mais un changement vers le positif, pas vers le négatif, pas vers le passé", a déclaré à l'AFP M. Moreno, arrivé en tête du premier tour le 19 février avec 39,36% des voix et qui a adapté le credo du changement entonné par son adversaire de droite.

- Issue incertaine -

M. Lasso entend créer un million d'emploi et supprimer des impôts pour relancer l'économie dollarisée de ce pays pétrolier, en crise depuis la chute des cours du brut et la hausse du billet vert.

"Votez librement, votez pour le changement. Faites que votre liberté soit respectée et, après avoir voté, nous descendrons dans la rue pour défendre la volonté populaire", a-t-il lancé mercredi, en agitant le spectre de la fraude.

Après un premier tour dont le résultat final n'avait été publié qu'au bout de quatre jours, les candidats sont au coude à coude à l'aube d'un scrutin crucial pour une gauche latino-américaine affaiblie par les victoires conservatrices en Argentine, au Brésil et au Pérou.

De l'élection dépend aussi le sort de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks réfugié à l'ambassade équatorienne de Londres et dont M. Lasso, s'il est élu, entend réviser l'asile.

"Il peut se passer n'importe quoi, mais il n'y a qu'une possibilité sur trois mille que le résultat nous soit contraire", a assuré mercredi M. Correa. S'il a modernisé le pays, il se voit reprocher d'avoir gaspillé la manne pétrolière, et son gouvernement est éclaboussé par des scandales de corruption.

Vu comme plus conciliant, M. Moreno peut compter sur la puissance de mobilisation de leur mouvement Alliance Pais (AP - Patria Altiva i Soberana: Patrie altière et souveraine - l'acronyme jouant sur le mot "pais", pays en espagnol).

- Ecart qui se réduit -

Lors des législatives organisées également le 19 février, AP a perdu sa majorité des deux-tiers, conservant toutefois la majorité absolue à l'Assemblée. Et elle a le soutien des classes populaires, qui ont le plus bénéficié des programmes de la "Révolution citoyenne" corréiste.

Outre la grande bourgeoisie, M. Lasso attire pour sa part les classes moyennes, affectées par la crise et lasses de la confrontation du chef de l'Etat avec les milieux d'affaires, les médias et les Etats-Unis, entre autres.

Les sondages, interdits de diffusion en Equateur depuis le 22 mars, placent Lenin Moreno en tête avec 4 à 14 points d'avance. Des analystes avertissent cependant que l'écart s'est réduit.

"Des enquêtes qui ne sont pas publiques (...) font état d'un nul technique à quasiment 50/50, mais avec une légère tendance en faveur de Lasso qui pourrait aller en augmentant", a déclaré à l'AFP Santiago Basabe, politologue de la Faculté latino-américaine de sciences sociales (Flacso).

Katherine Ortiz, 25 ans, employée, est indécise: "Nous ne savons qui croire. On nous dit que si nous continuons avec (le socialisme de) Correa, nous allons devenir vénézuéliens, et que si nous changeons pour Lasso, ce sera l'Argentine".

De son côté, Freddy Perez, 41 ans, chef des ressources humaines, a déjà décidé de voter "pour l'opposition" car c'est "sain de changer au bout de dix ans".

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