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30/03/2017 13:31 EDT | Actualisé 31/03/2018 01:12 EDT

Cenovus pourrait avoir signé la dernière grande acquisition de son secteur

CALGARY — La gigantesque entente de 17,7 milliards $ qui verra Cenovus Energy racheter la plupart des actifs canadiens de l'américaine ConocoPhillips devrait rester la plus grosse transaction du secteur des sables bitumineux dans les années à venir, ont estimé jeudi des observateurs de l'industrie.

Même si d'autres ententes devraient voir le jour, des analystes notent que le nombre d'actifs significatifs disponibles a diminué après plus d'une année de consolidation dans le secteur pétrolier de l'Alberta.

«Si vous pensez aux acteurs qui sont toujours là, il n'y en a pas tant», a noté Peter Argiris, analyste principal pour la firme de consultation Wood Mackenzie, à Calgary. «Les ententes de 15, 12 et 17 milliards $, je ne crois pas qu'on va en revoir. Je crois que les grosses cibles ont probablement toutes été avalées.»

Les sables bitumineux de l'Alberta, la troisième plus grande réserve prouvée de pétrole au monde, sont aussi parmi les plus coûteux et riches en carbone pour la production. Ces facteurs, jumelés à la baisse des prix du brut, ont incité plusieurs joueurs étrangers à quitter ce secteur afin de pouvoir réinvestir leur capital ailleurs. Les grands joueurs canadiens comme Cenovus ont profité de cette situation pour faire des achats, dans l'espoir que des activités de plus grande taille leur permettent de mieux contrôler leurs coûts.

La consolidation pourrait se poursuivre, mais à plus petite échelle, a estimé Nick Lupick, un analyste chez AltaCorp Capital.

«Éventuellement, de toute évidence, il n'y aura plus d'occasions d'affaires, étant donné qu'il va vraisemblablement n'y avoir que trois à cinq grandes sociétés d'exploration et producteurs, qui contrôleront la plus grande partie de la production», a expliqué M. Lupick.

La vente des actifs de ConocoPhillips a été annoncée mercredi, après la fermeture des marchés boursiers. L'action de Cenovus a plongé jeudi de 2,40 $, soit 13,8 pour cent, pour clôturer à 15,05 $ à la Bourse de Toronto. Celle de ConocoPhillips (NYSE:COP) a pour sa part avancé de 4,05 $ US, ou 8,8 pour cent, à 50 $ US à la Bourse de New York.

Cette nouvelle entente survient trois semaines après que Canadian Natural Resources (TSX:CNQ) eut annoncé qu'elle allongeait 12,74 milliards $ pour mettre la main sur les actifs albertains de sables pétrolifères de Royal Dutch et de Marathon Oil.

Plus tôt cette année, la norvégienne Statoil a conclu une entente pour vendre tous ses actifs canadiens de sable bitumineux à Athabasca Oil, de Calgary, pour 832 millions $. Puis, il y a un an, Suncor Énergie (TSX:SU) s'est emparée d'une participation de contrôle dans le projet Syncrude grâce au rachat de la participation de cinq pour cent de l'américaine Murphy Oil pour 937 millions $.

Des analystes soulignent que la réputation environnementale de «pétrole sale» que détiennent des sables bitumineux a probablement influencé la décision de vente d'actifs, particulièrement pour les sociétés européennes. Mais ce changement de stratégie est aussi survenu alors que le prix du baril de pétrole est passé de plus de 100 $ US à la mi-2014 à environ 50 $ US ces jours-ci, ce qui est aussi considéré comme un facteur important.

Aux yeux de M. Argiris, l'entente entre Cenovus et ConocoPhillips était une «consolidation naturelle» parce qu'ils étaient partenaires à parts égales dans Foster Creek et Christina Lake, d'importants projets de sables bitumineux dans le nord de l'Alberta.

En outre, il a noté que ConocoPhillips avait signalé, à la fin de l'an dernier, qu'elle voulait vendre des actifs pour rembourser sa dette. La vente à Cenovus lui permet d'agir en ce sens tout en continuant à se concentrer sur le gaz de schiste aux États-Unis. Son portefeuille comprend aussi des actifs de production en Asie-Pacifique et en Europe.

ConocoPhillips, établie à Houston, au Texas, ne quitte pas complètement le secteur des sables pétrolifères. Elle continuera à exploiter et détenir la moitié du projet Surmont, dans le nord de l'Alberta, avec le géant français Total.

Cenovus a l'intention d'obtenir 3 milliards $ par l'entremise d'une émission d'actions, pour l'aider à payer la portion de 14,1 milliards $ en espèces de l'acquisition. Elle aura aussi recours à ses réserves d'argent et à un financement par dette. La vente d'actifs conventionnels l'aidera à réduire ses prêts-relais.

L'agence de notation DBRS a indiqué mercredi qu'elle placerait la note de Cenovus sous révision, avec perspectives négatives, en raison de l'augmentation de sa dette attribuable à l'entente avec ConocoPhillips.