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30/03/2017 04:42 EDT | Actualisé 31/03/2018 01:12 EDT

Brexit: premiers grincements de dent sur la sécurité

Odieux chantage ou innocente association? Le lien établi par Theresa May entre coopération en matière de sécurité et futur accord avec l'UE à l'issue des négociations de sortie du Royaume-Uni a jeté un froid dès le déclenchement du Brexit.

Dans sa lettre historique de rupture adressée mercredi à Bruxelles, la Première ministre britannique mentionne dans un même souffle les deux aspects: "Si nous quittons l'Union européenne sans un accord, par défaut nous serons soumis aux règles de l'Organisation mondiale du Commerce. En terme de sécurité, pas d'accord signifierait un affaiblissement de notre coopération dans la lutte contre le crime et le terrorisme".

"J'essaie d'être un gentleman envers une dame, donc je n'utilise pas et je ne pense même pas au mot chantage", a réagi l'eurodéputé libéral Guy Verhofstadt. "La sécurité de tous les citoyens est un sujet bien trop grave pour que l'un soit troqué contre l'autre", a ajouté le référent du Parlement européen pour les négociations du Brexit.

Le gouvernement britannique a nié toute tentative d'instrumentalisation. "Ce n'est pas une menace, c'est le constat qu'il serait dommageable pour les deux parties de ne pas aboutir à un accord. C'est un argument de négociation", a répondu jeudi le ministre chargé du Brexit, David Davis, sur la BBC.

Anand Menon, professeur de politique européenne au King's College de Londres, se demande toutefois "si c'était une bonne idée de mettre ce paragraphe" car le message était déjà implicite dans le reste de la missive, et "n'avait pas besoin d'être formulé aussi crûment".

"Je ne dirais pas que c'est une menace. C'est une association. Sera-t-elle efficace? " s'interroge l'expert, pour qui "le ton trahit la nervosité" de Theresa May.

- "Fer et velours"

La Première ministre joue l'avenir de son pays dans les négociations et sa position est compliquée: si elle jouit pour l'instant d'une popularité record, face à une opposition travailliste très affaiblie, elle est sous pression de l'aile idéologiquement la plus europhobe de son parti qui prêche un Brexit "dur", au prix même d'une sortie sans accord.

"Fer et Velours", commentait le quotidien conservateur The Times, en jugeant sa prestation jeudi. Un "ton conciliant" mais aussi une lettre montrant que "le Royaume-Uni peut avoir de la poigne si nécessaire", relève son éditorialiste, en soulignant que "presque chaque mention de coopération économique est associée à la coopération dans le domaine de la sécurité".

L'argument de la sécurité est l'atout le plus évident du Royaume-Uni dans ces négociations: Londres est l'un des principaux contributeurs d'Europol et jouit d'une grande expérience dans le domaine de la lutte anti-terroriste.

Mais l'intérêt dans ce domaine va dans les deux sens, et au-delà des postures d'avant négociations, les analystes parient plutôt sur une bonne volonté commune.

"Il y aura une forte volonté de s'assurer que la coopération continue, ne serait-ce qu'après l'attaque à Londres la semaine dernière, et la quasi certitude qu'il y aura d'autres attentats ailleurs ", dit à l'AFP Iain Begg, chercheur à la London School of Economics.

L'attentat de Londres a fait quatre morts et plus de 50 blessés mercredi dernier, lorsqu'un homme a foncé dans la foule avec sa voiture avant de poignarder un policier, un mode opératoire rappelant les attaques de Nice (sud de la France) et Berlin.

Sa consoeur Catherine Barnard, professeur de droit européen à l'université de Cambridge, pense même que "ce sera peut-être plus facile de tomber d'accord dans ce domaine que dans d'autres".

La sécurité, "c'est aussi celle fournie par l'Otan, et l'une des monnaies d'échange que le pays doit utiliser, ce sont ses capacités de déploiement au sein de l'Otan par exemple", ajoute Iain Begg.

Charles Grant, directeur du centre de réflexion Centre for European Reform, renchérit : "L'arrivée de Donald Trump pourrait aider le Royaume-Uni en donnant aux continentaux une raison supplémentaire de vouloir que le Royaume-Uni reste impliqué", le président américain ne cachant pas son désintérêt pour l'Otan.

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