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30/03/2017 08:24 EDT | Actualisé 31/03/2018 01:12 EDT

Brexit: Luxembourg revendique l'Autorité bancaire de l'UE, basée à Londres

Le Luxembourg s'est immédiatement lancé jeudi dans la bataille pour accueillir la très convoitée Autorité bancaire européenne (EBA), forcée de quitter Londres à la suite de la décision du Royaume-Uni de sortir de l'UE.

Citant un accord de 1965 entre les Etats membres de l'UE, le Premier ministre du Luxembourg, Xavier Bettel, a "revendiqué l'installation" dans le Grand-Duché de l'EBA, dans une lettre adressée au président du Conseil européen (qui représente les Etats membres de l'UE), Donald Tusk, et au président de la Commission, Jean-Claude Juncker.

Cette missive, dont l'AFP a eu copie, est datée du 29 mars, soit le jour même où l'UE a reçu la lettre de notification du déclenchement de l'article 50 par la Première ministre britannique Theresa May qui a amorcé le début des négociations de sortie de l'UE.

"La revendication du Luxembourg d'accueillir l'EBA n'est rien de plus que la mise en oeuvre de l'accord de 1965 qui est toujours valable aujourd'hui", a expliqué une porte-parole du Grand-Duché à l'AFP.

Aux termes de l'accord de 1965 sur l'installation des institutions européennes, "les gouvernements des Etats membres sont disposés à installer ou à transférer à Luxembourg d'autres organismes et services communautaires, particulièrement dans le domaine financier".

Seules deux exceptions ont depuis été faites à cet accord -- les installations des sièges de la BCE à Francfort et de l'EBA à Londres -- "en accord avec le Luxembourg et considérées comme des dérogations exceptionnelles", a précisé la porte-parole.

Née en 2011 en réponse à la crise financière, l'European Banking Authority (EBA) est connue principalement pour les tests de résistance des banques européennes qu'elle conduit depuis sa première année d'activité. Elle a également pour rôle de rédiger des règles bancaires communes pour tous les Etats membres de l'UE et de veiller à la protection des consommateurs de produits bancaires.

L'Autorité s'appuie sur quelque 170 personnes basées à Londres et originaires de 27 des 28 pays membres de l'UE, en premier lieu d'Italie et d'Allemagne.

- Multiples candidatures -

Le Luxembourg n'est "pas le premier Etat à signaler son intérêt" en vue d'accueillir le futur siège de l'autorité bancaire, a souligné un porte-parole de l'EBA, ajoutant que la décision est de toute façon du ressort des Etats membres et du parlement européen.

La lettre du Grand-Duché pourrait marquer le début d'une querelle entre pays de l'UE pour tenter de récupérer les institutions européennes actuellement basées au Royaume Uni.

L'Irlande, qui veut accueillir le futur siège de l'EBA à Dublin, a aussitôt mis en valeur jeudi son avantage linguistique, l'anglais, et ses services financiers bien établis.

A Vienne, également sur les rangs, on se montrait plutôt bon joueur. "Beaucoup de pays briguent les organisations qui doivent être déplacées après le Brexit. Il est tout à fait légitime que ce soit le cas du Luxembourg également", a dit un porte-parole de la Banque nationale d'Autriche (ÖNB), Christian Gutlederer.

"Cela ne change rien au fait que nous considérons Vienne comme un site optimal non seulement pour l'EBA mais aussi pour d'autres organisations, et que nous continuerons à faire campagne en ce sens", a néanmoins plaidé M. Gutlederer.

Outre ces deux capitales et Amsterdam, plusieurs métropoles françaises, dont Paris, et Francfort sont intéressées.

Il y a un peu plus d'une semaine, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble avait souhaité recevoir l'EBA à Francfort et la fusionner avec l'Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOP).

L'Agence européenne des médicaments (EMA), elle aussi basée à Londres, est également très courtisée. L'EMA, qui compte près de 900 employés, est convoitée par de nombreuses villes et régions: Bruxelles, la Wallonie, la Flandre, la région parisienne, Lyon, Lille, Milan et Barcelone.

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