POLITIQUE
29/03/2017 02:08 EDT | Actualisé 30/03/2017 06:23 EDT

Québec fait la sourde oreille à une clinique pour migrants sans statut (VIDÉO)

La clinique médicale pour migrants existe depuis bientôt six ans à Montréal, mais elle pourrait cesser ses activités faute de financement adéquat. Médecins du monde, qui opère cette clinique destinée aux personnes non couvertes par l'assurance maladie, affirme que la ministre Lucie Charlebois a refusé d'en rencontrer les responsables.

En entrevue mercredi sur ICI RDI, la directrice générale de Médecins du monde Canada, Nadja Pollaert, a expliquer vouloir rencontrer la ministre déléguée à la Santé publique, afin de lui décrire cette clinique unique en son genre.

Une rencontre est aussi réclamée avec la ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée, parce que quantité d'enfants vus à la clinique n'ont pas accès aux soins, leur statut dépendant de celui de leurs parents.

Nadja Pollaert ne s'explique pas l'attitude du gouvernement du Québec : « Je ne suis pas sûre que nous ayons été oubliés, dit-elle. Nous n'avons pas été écoutés. » En revanche, le maire Denis Coderre appuie sans réserve le projet, lui qui veut faire de Montréal une ville refuge.

Quand on n'a pas la carte-soleil...

Depuis l'ouverture de ce service, des milliers de personnes y sont passées. « En 2016-2017, nous estimons avoir vu environ 1000 patients différents et nombre d'entre eux ont eu plusieurs consultations », dit Nadja Pollaert.

La Clinique pour migrants est sise dans les locaux de Médecins du monde, sur le boulevard Crémazie à Montréal. Elle constitue l'une, sinon la seule ressource médicale pour des personnes ne bénéficiant pas de l'assurance maladie du Québec.

La clientèle n'est ni résidente permanente ni citoyenne canadienne et son statut n'est pas régularisé. Ces gens n'ont pas droit au Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) et n'ont pas les moyens de payer de leur poche des soins.

Avoir des droits, mais ne pas le savoir

Par ailleurs, de tous ceux qui frappent à la porte de la clinique, la moitié est, en fait, couvert par la carte-soleil. Mais ces gens ne le savent pas, tant le processus d'immigration dans la province est complexe, d'expliquer en substance la DG de Médecins du monde Canada.

« On espère qu'il y aura une réforme au Québec en matière d'immigration pour faciliter les démarches des gens qui peinent à comprendre où ils en sont, au niveau de leur statut », dit Mme Pollaert.

Le budget de la Clinique migrante est évalué à 322 000 $ pour l’année 2017-2018.

Une armée de bénévoles

Depuis ses débuts, la survie de la clinique repose entièrement sur des dons de particuliers, d'organismes et d'entreprises. Elle est dotée de quatre employés (deux infirmières et deux travailleurs sociaux) : il y en avait plus auparavant, mais l'équipe a dû récemment se priver des services d'une infirmière et d'une travailleuse sociale, par manque de fonds.

Le fonctionnement de la clinique repose en fait sur quantité de bénévoles. Parmi eux, on retrouve « une centaine de médecins qui font ça après leur longue journée de travail », a expliqué Nadja Pollaert.

Ces médecins font notamment du suivi de grossesse et prodiguent les soins de santé de base.

«Nous on ne peut pas faire de chirurgies; c'est là qu'on arrive souvent à nos limites.» -Nadja Pollaert, Médecins du monde Canada

Une étude universitaire

Le travail de la clinique pour migrants fait l'objet d'une étude menée, à l'Université de Montréal, par la Chaire Réalisme. Les chercheurs s'intéressent à l'accès aux soins et aux conditions de vie de ce segment de population, souvent aux prises avec de multiples problèmes dans leur vie quotidienne.

« Ils vivent dans des logements insalubres, ont des problèmes à bien se nourrir, vivent de l'angoisse face à la précarité de leur statut et sont parfois exploités au travail », décrit la DG de Médecins du monde Canada.

«Ces gens ont zéro filet de sécurité.» - Nadja Pollaert, Médecins du monde Canada

Une autre clinique, pour les itinérants

À part la clinique des migrants, Médecins du monde Canada s'occupe aussi à Montréal de la clinique Mobile, par laquelle l'organisme dispense des soins à une population itinérante. Composée de travailleurs du sexe ou encore de toxicomanes, cette clientèle compte bon nombre de membres des Premières nations « qui sont méfiants vis-à-vis des institutions, vu ce qu'ils ont vécu avec les pensionnats autochtones », dit Nadja Pollaert.

Et malgré les difficultés vécues à Montréal avec la Clinique des migrants, Médecins du monde Canada entend ouvrir ailleurs au pays de semblables organismes. Un projet est en cours dans l'Ouest canadien.

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