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29/03/2017 03:23 EDT

«J'aime Hydro» suite et fin: Christine Beaulieu pendant 4 heures sur scène!

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«Un texte qui ouvre les esprits, qui confronte et qui permet de mieux comprendre un pilier de la société québécoise, dans ses nuances, dans ses contradictions et dans son évolution : J’aime Hydro est un bijou d’intelligence, de sensibilité, d’humour et de vérité.» Voilà comment le Huffington Post Québec parlait des trois premiers épisodes du théâtre documentaire de Christine Beaulieu en 2016. Plusieurs mois plus tard, alors que les cinq épisodes d’enquête seront réunis pour un total de quatre heures sur scène, nous avons fait le point avec la créatrice.

Comment la réception très positive des 3 premiers épisodes a influencé ton travail pour la suite du projet?

Ça m’a fait un énorme bien! En toute honnêteté, je n’avais jamais été aussi angoissée avant de présenter un projet. C’était la première fois que j’écrivais quelque chose. Et habituellement, je me sens bien quand je joue un personnage, pas que je dois me jouer moi. Mais en voyant que la réception était si bonne, ça m’a rassurée. Le public nous a fait comprendre que nos idées fonctionnent et qu’on pouvait aller encore plus loin pour les deux autres parties.

Tu as, entre autres, rencontré le PDG d’Hydro-Québec Éric Martel en personne. Que retiens-tu de cet entretien?

Notre discussion donne la plus longue scène du spectacle, vers la fin. On réalise que je ne suis plus du tout la même Christine qu’au départ. Comme si je n’étais plus la fille qui apprend sur Hydro, mais une fille qui échange et qui questionne. Au début, je ne connaissais rien sur le sujet et j’ai été étonnée de pouvoir mener une telle conversation. Je suis comme les spectateurs qui développent une meilleure compréhension tout au long du spectacle et qui arrivent mieux outillés à la fin.

Tu t’es aussi rendue sur la Côte-Nord cet automne. Qu’es-tu allée chercher là-bas?

Après les représentations à La Licorne, je me disais que ça n’avait pas de bon sens de continuer mon projet sans aller sur le terrain. En octobre, j’avais une semaine de libre et je suis partie avec une voiture électrique, même s’il n’y a pas de réseaux de bornes de recharge sur la Côte-Nord. J’ai probablement été la première à me rendre jusqu’à Havre-Saint-Pierre en voiture électrique.

En région, j’ai obtenu plusieurs points de vue importants. Le représentant syndical Bernard «Rambo» Gauthier est resté fidèle à lui-même et il avait beaucoup à dire sur la question. J’ai discuté avec le maire de Sept-Îles Réjean Porlier, qui a travaillé pendant 30 ans pour le Syndicat des technologues d’Hydro et qui a écrit un livre sur le sujet. J’ai aussi parlé avec l’ancien maire de Havre-Saint-Pierre, Pierre Cormier, et plusieurs membres de la communauté innue. Ce passage chez les Innus a complètement transformé mon histoire!

Parmi les autres grosses pointures que tu as rencontrées, on remarque le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Pierre Arcand, le porte-parole d’Équiterre Steven Guilbeault, l’économiste Youri Chassin, l’homme d’affaires Alexandre Taillefer. Quels thèmes abordes-tu avec eux?

Dans la conclusion, c’était important pour moi de rencontrer des gens qui agissent et qui ont des idées novatrices pour le Québec. Par exemple, j’avais envie d’entendre ce qu’Alexandre Taillefer pense à propos de la transition énergétique. Il voit plein de possibilités pour la province! J’ai aussi rencontré Sophie Brochu, la PDG de Gaz Métro. Je l’ai trouvée très inspirante. L’entreprise qu’elle dirige est en train de diversifier son identité : Gaz Métro fait désormais de l’éolien et vient d’acheter une compagnie d’énergie solaire.

As-tu l’impression d’aller encore plus dans le vif du sujet?

Tellement! C’est comme si les épisodes, qui ont été resserrés et qui sont encore absolument nécessaires pour comprendre d’où on part, devenaient une longue introduction et que les deux derniers étaient beaucoup plus concrets. On parlait de la Romaine depuis le début, mais là je suis allée sur le chantier, j’ai vu des gens qui y travaillent et j’ai observé la rivière qui a été transformée. Je fais face aux choses et je parle avec des gens directement concernés.

As-tu le vertige à l’idée de présenter une pièce de quatre heures?

Plus ou moins. C’aurait été malhonnête de résumer le projet en 90 minutes. C’est une longue réflexion qui devait se bâtir tranquillement, brique par brique. Mais le spectacle ne sera vraiment pas plate! On invite les gens à un 7 à 11, avec un long entracte pour boire et manger un peu. Ce sera exigeant sur scène, mais je suis chanceuse, parce que mon équipe est super motivée et allumée. Ils m’animent! Tout le monde me donne ses idées. C’est rendu notre projet. Moi, après avoir investi deux ans et demi là-dedans, j’ai besoin de passer à autre chose, mais eux, ils ne veulent pas que ça arrête.

Travailles-tu encore aussi étroitement avec la spécialiste du théâtre documentaire Annabel Soutar ou tu t’appropries davantage le processus créatif?

C’est drôle, beaucoup de gens m’ont écrit pour me dire que je devais m’affirmer plus et prendre position. Je ne pouvais pas seulement être un moteur pour lancer la balle. Je devais m’exprimer. Donc, dans les deux derniers épisodes, je prends plus les rênes du projet, au lieu d’être drivée par Annabel. Mais elle continue de m’aider beaucoup avec ses conseils d’écriture.

Comment te sens-tu à quelques jours de la fin du processus de création?

Je suis très excitée d’être rendue là, mais je vais sûrement être très émue le soir de la première. Je ne pensais jamais mener un projet comme ça dans ma carrière et devenir aussi connaisseuse des enjeux énergétiques du Québec. Je me questionne encore sur ce que je vais faire de mes connaissances, de la portée de la pièce, si je fais vraiment une différence et s’il faut être politicien ou PDG pour faire bouger les choses. Ça fait partie de ce que j’explique dans l’épilogue.

Qu’est-ce qui t’attend ensuite?

Le texte de J’aime Hydro sera publié à l’automne chez Nouveau Projet. Puis, la pièce va partir en tournée partout au Québec, et peut-être même être jouée à Toronto. La tournée est en train de se construire. Dans le futur, peut-être que je vais refaire un projet de théâtre documentaire, mais j’ai besoin de prendre une pause et de jouer. Je vais être très occupée dans les prochains mois avec mes rôles dans Lâcher Prise, dans Les Pêcheurs et avec deux projets au théâtre qui vont être bientôt annoncés.

La pièce «J’aime Hydro» sera présentée dans son intégralité à l’Usine C du 4 au 13 avril 2017. Cliquez ici pour plus de détails.

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