POLITIQUE
29/03/2017 05:44 EDT

Alan DeSousa accuse Justin Trudeau d'avoir semé le cynisme dans Saint-Laurent

OTTAWA – À quelques jours de l’élection partielle dans Saint-Laurent, le maire de l’arrondissement Alan DeSousa dit que la course à l’investiture libérale a laissé un « goût amer » qui pourrait décourager certains électeurs de se présenter aux urnes.

« C’est la démocratie qui va jouer. Mais est-ce qu’il y a cette angoisse dans la communauté? Oui, et je ne crois pas qu’on saura tous les tenants et aboutissants de cela juste avec cette élection. Je pense qu’il y aura aussi des séquelles. »

M. DeSousa dit qu’il a reçu des centaines de courriels et d’appels téléphoniques après que sa candidature à l’investiture eut été rejetée par le Parti libéral du Canada sans explication. Des gens l’ont aussi accosté dans la rue pour lui exprimer leur soutien, dit-il.

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Alan DeSousa ne digère toujours pas le rejet du PLC. (Photo: PC)

« Il y a une panoplie de réactions que je ne peux pas quantifier, mais qui, d’une façon ou d’une autre, ont laissé un goût amer dans la bouche des gens et ça crée de profondes divisions », a déploré celui qui aspirait à devenir député, il y a environ un mois.

La circonscription de Saint-Laurent est considérée comme un château fort libéral. L’ex-ministre Stéphane Dion y a été élu sans interruption depuis 1996, avant de quitter le monde politique en janvier dernier. Il a depuis accepté un poste d’ambassadeur en Allemagne et auprès de l’Union européenne.

C’est finalement Emmanuella Lambropoulos, une jeune enseignante de 26 ans proche de M. Dion, qui a été choisie comme candidate pour tenter de lui succéder au terme d’une course à l’investiture controversée.

« J’entends souvent dire que c’est un bastion libéral, mais je peux vous dire que c’est en train de changer »
— Mathieu Auclair, candidat du NPD

Elle a gagné contre la fiscaliste et ex-candidate libérale Marwah Rizqy, qui a terminé deuxième. L’ex-ministre de l’Immigration du Québec, Yolande James, considérée comme la favorite, a quant à elle récolté la troisième place.

Le Parti libéral du Canada (PLC) – avec l’accord du premier ministre Justin Trudeau – avait refusé de donner le feu vert à M. DeSousa pour qu’il se présente à l’investiture. Jusqu’à ce jour, il ne sait pas pourquoi sa candidature a été rejetée.

« Ni formellement, ni informellement, ni écrit, ni verbal, ni en public, ni en privé… Il n’y a personne du Parti libéral, en position d’autorité ou non, qui m’a véhiculé la raison », peste-t-il.

Un château fort inébranlable?

Les candidats des autres partis qui se présentent pour l’élection partielle dans Saint-Laurent pensent que la controverse entourant l’investiture libérale prouve que le PLC tient ses électeurs pour acquis.

William Fayad se porte candidat tant pour le Parti québécois et le Bloc québécois depuis 2003 dans Saint-Laurent, sans succès.

Jusqu’en 2017, l’ancien enseignant n’avait jamais reçu des appels d’électeurs libéraux déçus qui lui annonçaient leur soutien. « C’est la première fois que j’ai des appels comme ça! » s’exclame-t-il.

Le candidat du NPD, Mathieu Auclair, dit qu’il ressent une certaine frustration sur le terrain qui pourrait jouer à l’avantage des autres partis. « J’entends souvent dire que [Saint-Laurent] est un bastion libéral, mais je peux vous dire que c’est en train de changer », soutient-il.

« Justin Trudeau avait promis haut et fort qu’il y aurait une nomination transparente. Mais on a vu que ce n’était pas le cas »
— Jimmy Yu, candidat du PCC

Idem du côté du candidat conservateur Jimmy Yu. Il raconte que des militants libéraux sont venus le voir pour se plaindre du fait que la candidature de M. DeSousa ait été rejetée. « C’est… Justin Trudeau. C’est vraiment n’importe quoi. »

« Je trouve que c’est très anti-démocratique, anti-transparent, déplore M. Yu. Pourtant, [Justin Trudeau] avait promis haut et fort qu’il y aurait une nomination transparente. Mais on a vu que ce n’était pas le cas. Il travaille toujours avec un double agenda. »

M. Fayad ne se fait toutefois pas d’illusions; il estime qu’il y a de « très fortes » chances que Mme Lambropoulos succède à M. Dion et devienne la prochaine députée de Saint-Laurent.

Dion heureux du choix des militants

Emmanuella Lambropoulos a un horaire très chargé depuis qu’elle a été choisie pour représenter le PLC dans Saint-Laurent. Les députés se succèdent pour l’aider à faire du porte-à-porte avant l’élection partielle du 3 avril.

Le premier ministre Trudeau, qui faisait campagne à ses côtés dimanche, a même admis aux journalistes qu’il avait un « faible pour elle » parce qu’elle est enseignante comme lui.

En entrevue, la jeune candidate raconte que les gens de Saint-Laurent sont contents de rencontrer « quelqu’un d’authentique, qui est honnête, qui est à l’écoute ».

emmanuella lambropoulos

Emmanuella Lambropoulos, le soir de l'investiture libérale du 8 mars. (Photo: PC)

Elle dit que Stéphane Dion l’a d’ailleurs appelée le lendemain de la soirée d’investiture pour la féliciter et pour lui dire qu’il était très content que ce soit elle qui ait été choisie par les militants. Elle le connaît bien, puisqu’elle s’impliquait à ses côtés depuis huit ans.

Si elle est élue députée de Saint-Laurent, le 3 avril, Mme Lambropoulos veut poursuivre dans la même veine que son mentor politique.

« C’est sûr qu’il était un très, très, très, très, très bon député que les gens respectaient beaucoup. Mais je me considère comme une continuation de ses politiques, dit-elle. C’est sûr qu’on est différents, mais on a les mêmes valeurs et c’est important que St-Laurent ait quelqu’un avec ces mêmes valeurs. »

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