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23/03/2017 09:14 EDT

Anthony Pratte accusé du meurtre prémédité de Daphné Boudreault (VIDÉO)

Anthony Pratte, 22 ans, a été formellement accusé du meurtre prémédité de Daphné Boudreault, jeudi, au palais de justice de Saint-Hyacinthe. La jeune femme de 18 ans a été assassinée dans l'appartement du couple récemment séparé, à Saint-Hilaire, peu après qu'elle eut prévenu la Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent qu'elle craignait pour sa vie.

En entrevue avec notre journaliste Geneviève Garon, le père de la victime, Éric Boudreault, affirme qu'elle a été tuée lorsqu'elle s'est rendue à l'appartement qu'elle avait partagé avec Anthony Pratte jusqu'à leur séparation toute récente.

Sa fille était accompagnée d'une policière de la Régie intermunicipale et de sa belle-mère, affirme-t-il.

Selon sa version des faits, la jeune femme serait entrée la première dans l'appartement et aurait été attaquée par Anthony Pratte. La policière se trouvait derrière elle. Le drame se serait joué en quelques secondes, a-t-il raconté.

Selon une porte-parole de la Sûreté du Québec, Joyce Kemp, le meurtre a été commis avec une arme blanche.

M. Boudreault raconte que lorsque sa conjointe est arrivée sur place, la policière était en train de menotter au sol l'assaillant.

La Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent, ainsi que la Sûreté du Québec, qui mène l'enquête, ont refusé de commenter ces informations.

Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), qui a annoncé jeudi qu’il affectera cinq enquêteurs à ce dossier, n'a pas non plus fait de commentaire.

M. Boudreault dit être « anéanti » par la mort de sa fille, qui rêvait de faire du travail humanitaire et d'aller à l'Université. Il soutient qu'Anthony Pratte la « contrôlait ».

Anthony Pratte-Lops Photo: Radio-Canada/Facebook

«Ça faisait un mois qu'elle essayait de le laisser, mais il menaçait de se suicider.» - Éric Boudreault

Anthony Pratte demeure détenu jusqu'à nouvel ordre. Il lui est interdit d'entrer en contact avec le père de sa présumée victime ainsi qu'avec une autre personne. Il doit revenir devant le tribunal le 19 avril.

« Ce sera à Monsieur d’établir qu’il ne constitue pas un danger pour la société », a indiqué la procureure de la Couronne, Isabelle Morin, au sujet de l'éventuelle remise en liberté de l'accusé. Il n'a pas encore fait de demande en ce sens.

Plusieurs amis de la victime étaient présents au palais de justice de Saint-Hyacinthe, jeudi, pour assister à la comparution de Pratte. Parmi ceux-ci, le nouveau petit ami de Daphné Boudreault, Alexis Massé, qui était visiblement bouleversé.

«Je pense qu’il y a beaucoup de gens que ça touche beaucoup et qui vont s’en rappeler longtemps. On pardonne, mais on n’oublie pas. C’est la dernière chose que j’avais à lui dire. Je l’emmerde.» - Alexis Massé, nouvel ami de coeur de la victime

Une querelle devant des policiers

Une collègue de travail de Daphné Boudreault, Sophie-Andrée Savard, a raconté à Radio-Canada avoir été témoin d'une querelle entre la jeune femme et Anthony Pratte lorsqu'elle est arrivée en automobile au dépanneur d'Otterburn Park où les deux femmes travaillaient, mercredi, vers 5 h 30. Les deux discutaient devant la porte de l'établissement.

Mme Savard raconte être initialement restée dans l'automobile à la demande de sa soeur, qui craignait Anthony Pratte. Lorsque ce dernier a fini par aller s'asseoir dans la voiture de Daphné Boudreault, elle est entrée et a constaté que sa collègue pleurait.

«Daphné s’était rendu compte aussi qu’il avait volé son cellulaire. Avec ça, il a hacké son Facebook, il a changé son mot de passe. Il a parlé à une partie de ses contacts. Il faisait de la marde dans les contacts de Daphné.» - Sophie-Andrée Savard

À la suggestion de sa collègue, Daphné Boudreault a finalement décidé d'appeler la Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent. Des policiers sont arrivés sur place 10 ou 15 minutes plus tard, selon elle, et ils prenaient l'affaire « un peu à la légère ».

Selon Sophie-Andrée Savard, les policiers ont parlé pendant un moment à Daphné Boudreault, et Anthony Pratte est entré dans le dépanneur par la suite. « Ils ont attendu dans le fond qu’Anthony entre lui-même dans le dépanneur. Il commençait à crier des bêtises à Daphné : "Tu m’as trompé avec tel gars, tel gars" », a-t-elle relaté.

Anthony Pratte est ensuite retourné dans l'auto, et un policier « a laissé un numéro spécial avec son nom pour Daphné si elle avait besoin d’aide ». Anthony Pratte est ensuite revenu pour indiquer qu'il attendait le taxi qu'il avait demandé, et est ressorti pour l'attendre, puis le prendre.

Les policiers ont alors poursuivi leur discussion avec la jeune Boudreault. « Les policiers nous ont dit : "Anthony nous a dit que tu pouvais venir chercher tes affaires à 1 h de l’après-midi. Par contre, il ne faut pas que tu sois escortée par la police, parce qu’il ne veut pas que la propriétaire se pose des questions. Ça fait qu’Anthony aimerait que tu sois escortée par une autre personne que la police". »

Une fois les policiers partis, Daphné Boudreault était « secouée, mais un peu rassurée qu'Anthony soit parti ».

Un guet-apens?

Une autre collègue de travail qui a parlé à Radio-Canada, Stéphanie Peddie, est arrivée au dépanneur après le départ des policiers. Daphné Boudreault « craignait pour sa sécurité », puisqu'Anthony Pratte, l'avait « suivie jusqu’au travail » et avait « volé son cellulaire ».

Moi, je l’ai ramassée, elle pleurait dans la boulange. Je l’ai serrée dans mes bras. C’est un petit peu plus tard qu’elle m’a regardée en pleurant et qu’elle m’a dit : "Va falloir qu’il me tue pour que la police fasse quelque chose." - Stéphanie Peddie

Mme Peddie raconte que l'ex-conjoint de la victime lui avait écrit mercredi matin pour l'informer « que Daphné pouvait passer à 13 h pour venir chercher ses effets personnels, qu’il serait à Québec ». Deux autres employés du dépanneur ont reçu le même message, dit-elle.

« Moi, ce qu’elle m’a dit, c’est qu’elle s’en allait là-bas avec son père et sa belle-mère. Je ne peux pas vous dire [...] ce qui s’est passé du moment [où] elle est partie du dépanneur, jusqu’à tant qu’on la retrouve morte dans l’appartement. Je n’étais pas là », a-t-elle poursuivi.

Selon Mme Peddie, l'ex-conjoint avait été violent envers Daphné Boudreault il y a environ un an. « Elle avait fait appel aux policiers, et puis il avait supposément fait un beau travail sur lui-même. Donc, la relation avait continué », jusqu'à ce que la jeune femme y mette fin, il y a environ deux semaines.

L'ex-conjoint « ne l’a pas très bien pris à ce que je vois, avec les vidéos qu’il a faites sur Facebook hier… », raconte la jeune femme, bouleversée par le drame.

Anthony Pratte a en fait publié deux vidéos sur sa page Facebook mercredi matin, entre 8 h et 9 h, dans lesquelles il ne cache pas sa colère face au dénouement de sa relation avec sa conjointe, qu'il insulte copieusement.

« Je te souhaite tout le malheur du monde », l'entend-on dire dans la première. Dans la seconde, il reconnaît être « colérique » et affirme avoir piraté le compte Facebook de son ex-conjointe.

«C’est un gars jaloux, possessif… tout ce qui vient avec. Elle m’avait déjà dit que ça faisait longtemps qu’elle vivait ça. Elle avait toujours vécu ça depuis qu’elle était avec lui.» - Isabelle Blanchette, une autre amie et collègue de travail de la victime

«Daphné une fille pleine de vie, avec beaucoup de projets. Elle aimait voyager, elle était toujours souriante. C’était une employée modèle, une amie chère, et elle va manquer à beaucoup de personnes.» - Stéphanie Peddie

De l'importance de prendre les signaux au sérieux

« C'est d'une tristesse infinie », a commenté le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, à l'Assemblée nationale.« Mes premières pensées vont pour la famille. J’ai moi-même deux filles à la maison qui sont du même âge. Je peux très bien comprendre dans quel état sont les parents, les amis et la famille de la victime », a-t-il dit.

La Sûreté du Québec a « les ressources et l’expertise nécessaires » pour enquêter sur le meurtre, a-t-il ajouté. « Compte tenu des questionnements dont vous avez fait état, vous, les gens des médias, au cours des dernières heures, c’est important, je pense, que le Bureau des enquêtes indépendantes également se penche sur la question du point de vue du rôle des policiers. »

Les enquêteurs du BEI, créé précisément pour enquêter sur de possibles bavures policières, devront vérifier « si effectivement tout a été fait correctement », a encore dit M. Coiteux. Sans se prononcer sur le fond de l'affaire, le ministre a assuré qu'il est « toujours important que les signaux soient pris très au sérieux » par les policiers appelés à intervenir dans un cas de violence conjugale présumée.

Dans un communiqué publié peu après, le BEI a demandé à quiconque ayant été témoin de cet événement de communiquer avec lui via son site web.

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