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22/03/2017 09:26 EDT | Actualisé 22/03/2017 09:36 EDT

Saison 2017-2018 de l'OSM: Kent Nagano propose un programme musical anti-Trump

Depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, le chef d’orchestre Kent Nagano ne s’était jusqu’ici pas trop épanché sur la vie politique mouvementée de son pays d'origine. À l’occasion du dévoilement mercredi matin de la saison 2017-2018 de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), le maestro a décidé de partager ses inquiétudes et ses espoirs à travers une programmation rappelant les idéaux d’ouverture et de tolérance de la musique classique.

Retour en février 2016. Alors que Kent Nagano préparait avec son équipe le contenu de la saison 2017-2018 de l’OSM, les primaires américaines battaient leur plein aux États-Unis. La bataille qu’allait se livrer Hillary Clinton et Donald Trump ne faisait alors presque aucun doute.

«C’était le début de la campagne entre les deux candidats et j’ai été frappé par son niveau de brutalité et d’impolitesse, a raconté Kent Nagano lors d’une table ronde organisée dans les bureaux de l’OSM. Le phénomène des "alternative facts" [faits alternatifs], la couverture médiatique obsessive, je n’avais jamais vu cela auparavant.»

L’élection qui a finalement porté au pouvoir le républicain Donald Trump a agité et troublé Nagano comme beaucoup de ses compatriotes. Et plus encore depuis que le controversé milliardaire compte bientôt éliminer le National Endowment for the Arts, l’équivalent à l’échelle fédérale de notre ministère de la culture. «On était déjà dans une période de transition et l’on savait que de gros changements allaient venir à Washington, mais abolir le National Endowment for the Arts signifie beaucoup sur ce que mon pays est aujourd’hui devenu.»

Tous ces événements inédits imprègnent la nouvelle saison de l’OSM comme l’a rappelé Nagano. «Je ne suis pas un politicien, mais un simple musicien. Ce qui se passe aux États-Unis est une opportunité de revenir sur les bases de la musique classique dont les valeurs ont été très tôt forgées par le siècle des Lumières influençant des hommes comme Jean-Sébastien Bach, Wolfgang Amadeus Mozart ou Ludwig van Beethoven.»

Retour aux sources

Tel un antidote à la morosité ambiante où les «frontières se ferment et la peur de l’autre augmente», le maestro proposera donc une saison d'ouverture portée par quatre gros piliers représentés par les répertoires de grands compositeurs éclairés: Bach, Verdi et Mahler, sans oublier Beethoven dont le chef d’orchestre dirigera en 7 jours l’intégrale des symphonies.

De Gustav Mahler qui ouvrira la saison le 19 septembre prochain avec la Symphonie nº 8 dite «des Mille», Nagano a détaillé comment le compositeur autrichien a fait de ce chef-d’œuvre existentialiste un appel à la communion entre les hommes.

Dans la même veine, le maestro a tenu à mettre de l’avant des œuvres humanistes tel le Requiem de Verdi (21, 24 et 25 mars 2018) et son invocation à la liberté quasi-désespérée. Ajoutons la superbe pièce vocale Magnificat (12 et 13 décembre 2017) de Bach que le chef d’orchestre a résumé en une «ouverture sur le futur» à travers la naissance ou la renaissance illustrée ici par l’épisode de la Nativité.

Il faudra aussi compter sur la musique de Mozart, la «voix de l’humanité» comme l'a si bien décrit Kent Nagano. Le génie de Salzbourg qui a énormément marqué les compositeurs québécois sera souvent présent à travers la programmation avec entre autres les symphonies Paris et Prague, la Messe en do mineur, une pièce pour chœur, et le Concerto pour clarinette, interprété par le suédois Martin Fröst.

«Parfois avec un ton ironique, Mozart a dénoncé les injustices en révélant la corruption et les travers de l’aristocratie de son époque, a relaté Nagano. Chez Mozart, les servants sont égaux et parfois plus intelligents que leurs maîtres. Ses œuvres deviennent un dialogue avec l’humanité, toujours aussi pertinent.»

Même si le maestro ne cache plus ses préoccupations sur l’état du monde, c’est également par l’histoire et les traditions du Québec que le chef d’orchestre espère renouer avec la beauté des choses. Ainsi la populaire légende de la Chasse-galerie sera revisitée par le biais du conte de Noël Le diable en canot d'écorce (12 et 13 décembre 2017) signé Michel Tremblay avec la participation d'Antoine Bertrand dans une mise en scène de René-Richard Cyr.

«Au Québec, il existe des valeurs qui m’inspirent beaucoup. J’ai voulu me consacrer sur certains aspects que l’on trouve d’unique au Québec comme cet amour de la chorale ou des contes», a expliqué Nagano.

Détails sur la programmation: osm.ca

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