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18/03/2017 22:59 EDT | Actualisé 19/03/2018 01:12 EDT

L'Europe, plat principal au menu diplomatique du futur président français

L'Europe, l'Europe et encore l'Europe: dans un contexte international particulièrement instable, l'avenir de l'Union européenne, dont la France reste à ce jour un pilier, sera le dossier étranger en haut de la pile pour le prochain occupant de l'Elysée, quel qu'il soit.

Sommet de l'Otan fin mai à Bruxelles, suivi du G7 en Italie, Sommet européen mensuel de juin et G20 en juillet en Allemagne: "Dès son arrivée, le prochain président aura un calendrier d'enfer, dominé par les questions européennes et de l'Otan", souligne François Heisbourg, président de l'IISS (International Institute for Strategic Studies).

"Bien sûr, tout ceci prendrait une tournure invraisemblable si c'est Marine Le Pen qui est élue", ajoute-t-il, puisque la dirigeante d'extrême droite veut quitter le commandement militaire intégré de l'Otan et "en finir avec l'Union européenne".

Tous les sondages prédisent que Mme Le Pen accèdera au second tour de la présidentielle, auquel elle devrait affronter soit le candidat de la droite François Fillon soit le centriste Emmanuel Macron, tous deux des européens convaincus.

En tout état de cause, "l'Europe, et la conception des relations internationales" domineront l'agenda diplomatique, dans un contexte de montée des populismes et de repli identitaire, estime le chef de la diplomatie Jean-Marc Ayrault, qui s'inquiète du retour à un système international "reposant exclusivement sur des rapports de force".

Menacée de l'intérieur par le Brexit et la montée de l'europhobie, dans l'expectative vis-à-vis des Etats-Unis - le président américain Donald Trump a salué au début de l'année le "merveilleux Brexit" -, "l'UE est aujourd'hui menacée de dislocation", constatait Alain Juppé, lors d'une récente conférence à l'Institut d'études politiques de Paris (IEP).

Pour l'ex-chef de la diplomatie et candidat malheureux à droite, le prochain chef de l'Etat devra "convaincre ses concitoyens que l'Europe peut et doit les protéger, et qu'elle peut garantir dans les décennies qui viennent ce qu'elle a apporté dans les décennies passées: la paix".

Pour ce faire, la revitalisation du couple franco-allemand est décisive, insiste un autre ancien chef de la diplomatie, Dominique de Villepin.

Même si Berlin est aussi entré en campagne pour des législatives cruciales prévues en septembre.

Crise migratoire, relations avec la Russie de Poutine et avec les Etats-Unis de Trump, montée des nationalismes et guerres au Moyen-Orient: face à ces défis, "l'Europe doit devenir une puissance d'influence mondiale. On n'a pas le choix", insiste M. Juppé.

- Nouvel ordre mondial ? -

En février, lors de la Conférence annuelle sur la sécurité à Munich, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait marqué les esprits en annonçant la fin de "l'ordre mondial libéral" et l'avènement d'un nouveau système "post-occidental".

Les diplomates français y voient plutôt le synonyme d'un "désordre mondial", menaçant le multilatéralisme, et, partant, le règlement concerté des grandes crises internationales.

A l'instar de la question environnementale, défi crucial des années à venir. "C'est moins spectaculaire que la guerre ou la paix, mais on parle de l'avenir de la planète", souligne Bertrand Badie, professeur à l'IEP. Or, si le multilatéralisme a permis le succès de l'accord de Paris sur le climat en 2015, le contexte a bien changé, avec l'arrivée aux affaires de climatosceptiques à Washington.

"La musique néo-nationaliste que l'on entend un peu partout dans le monde va rendre très difficile le traitement des dossiers de fond", estime-t-il, et, pour la France, cela va de pair avec une perte d'influence considérable, notamment au Moyen-Orient.

Paris voudra certainement continuer à être actif sur la Syrie, l'une des pires crises internationales depuis 2011, dont l'issue reste très incertaine.

Engagée dans la coalition antijihadiste menée par les Etats-Unis, la France continuera à faire de la lutte antiterroriste sa priorité. Au risque de devoir suivre "des Américains de plus en plus pressés d'en découdre militairement avec le groupe Etat islamique", selon la formule de François Heisbourg, et pour qui le règlement politique du conflit ne semble que secondaire.

Le futur président devra aussi penser les relations avec l'Afrique, où les militaires français interviennent à "flux ultra tendus", particulièrement dans la zone sahélo-saharienne, rappelle M. Badie.

cf/sof/sg/chr/prh

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