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18/03/2017 08:57 EDT | Actualisé 18/03/2017 08:58 EDT

Personne ne sait combien de demandeurs d'asile sont entrés clandestinement au Canada

Radio-Canada

Un nombre grandissant de personnes traversent la frontière canado-américaine à pied afin de présenter une demande d'asile au Canada, mais les autorités ne savent pas combien de personnes sont entrées clandestinement au pays ni combien ont obtenu le droit d'y rester.

Dès leurs premiers pas en sol canadien, les demandeurs d'asile sont rapidement emportés par un système compliqué composé d'agences fédérales et provinciales, ainsi que des organismes sans but lucratif, qui gèrent tous leurs données de manière différente.

Aucune de ces agences ne comptabilise spécifiquement le nombre de personnes qui ont présenté une demande d'asile après être entrées au pays clandestinement.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) et l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) ont d’ailleurs décidé de ne plus publier de données concernant les demandeurs d'asile, affirmant qu'il est trop difficile de comptabiliser les données systématiquement d'une région à l'autre.

En vertu de l'Entente sur les tiers pays sûrs, le Canada n'accepte généralement pas les demandeurs d'asile en provenance des États-Unis.

Il existe toutefois certaines exceptions : comme le Canada est aussi signataire de la Convention sur les réfugiés des Nations Unies, ceux qui traversent la frontière clandestinement peuvent se voir accorder une permission spéciale pour que leur demande d'asile soit traitée au Canada.

La manière la plus efficace de profiter de cette exception est de se présenter directement dans un bureau de l'ASFC ou de se faire escorter dans un de ces bureaux par des policiers.

Comme le Canada et les États-Unis partagent une frontière non défendue qui s'étire sur plus de 6400 kilomètres, il est presque impossible de savoir combien de personnes l'ont traversée illégalement.

Données inconciliables

Au cours des deux premiers mois de 2017, l'ASFC a reçu 2176 demandes d'asile. Ce chiffre comprend les personnes qui ont présenté leur demande dans un poste frontalier, ainsi que celles qui ont présenté leur demande après être entrées au pays clandestinement.

Parallèlement, Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) accepte aussi des demandes d'asile formulées par des personnes qui sont déjà en sol canadien. Mais leurs données comprennent aussi les demandes faites par des personnes entrées au pays légalement, comme celles qui détiennent un visa étudiant.

La Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR) sait combien de personnes ont fait une demande d'asile, mais là aussi, impossible de savoir comment la personne est entrée au pays.

L'exemple du Manitoba

Même au Manitoba, où il y a seulement une agence policière et un organisme sans but lucratif qui s'occupent des réfugiés, il est difficile de savoir combien de migrants clandestins sont actuellement dans la province.

Selon la GRC, 143 personnes ont traversé la frontière clandestinement près d'Emerson entre le 1er janvier et le 28 février 2017.

Parmi celles-ci, 136 personnes se sont rendues à Winnipeg et ont reçu un appui du Conseil multiconfessionnel d'aide à l'établissement des immigrants au Manitoba.

Quant aux sept autres personnes, il est possible qu'elles aient présenté des demandes d'asile de leur propre initiative, qu'elles aient présenté leur demande dans une autre province, ou qu'elles se cachent.

Il est également possible qu'on leur ait refusé l'entrée au pays pour des raisons de sécurité et qu'elles soient détenus en attente de leur expulsion. L'ASFC confirme avoir refusé l'entrée à des demandeurs d'asile qui ont franchi la frontière canado-américaine à pied, mais refuse de confirmer combien.

Le ministère de la Justice du Manitoba affirme que huit personnes sont actuellement en détention pour des questions liées à l'immigration. CBC News a confirmé qu'au moins une d'entre elles est un demandeur d'asile qui est entré au Canada à pied.

Pour sa part, le bureau manitobain de la CISR dit avoir reçu 48 nouvelles demandes d'asile au cours des deux premiers mois de l'année. La majorité des demandeurs semblent vouloir rester au Manitoba : la province a reçu 43 demandes d'assistance sociale de la part de réfugiés au cours de la même période.

Où sont passées les 100 autres personnes recensées par la GRC au début du processus? Est-ce symptomatique de retards dans le système de traitement? Ou ont-elles déjà quitté la province, comme plusieurs personnes que nous avons rencontrées ont affirmé avoir l'intention de le faire?

Impossible d'en être certain.

Selon un texte de Cameron MacIntosh, CBC News


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