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17/03/2017 08:32 EDT | Actualisé 17/03/2017 08:40 EDT

Un délinquant sexuel se promène dans le village de sa victime

Josée Ducharme/Radio-Canada

Un agresseur sexuel se promène librement dans la petite communauté de Wemotaci, en Mauricie, au risque de croiser sa victime. Des femmes atikamekw dénoncent la situation.

Un texte d'Anne Panasuk d’Enquête

Marcel Boivin, un leader atikamekw, a été condamné pour une agression sexuelle commise avec la complicité de l’ex-chef de police de Wemotaci.

Or, des femmes ont eu la surprise de le voir se promener dans la communauté, alors qu’il habite hors de la réserve, dans un petit village forestier près de La Tuque.

Le juge avait pourtant bien indiqué qu’il devait être à l’intérieur de sa résidence en tout temps, du 4 février au 4 juillet. Le procureur de la Couronne nous a précisé que M. Boivin n’a même pas le droit de tondre son gazon.

Fin janvier, Marcel Boivin a plaidé coupable à une accusation d’agression sexuelle et reçu une peine de 18 mois d’emprisonnement à « purger dans la collectivité », c’est-à-dire enfermé chez lui, avec interdiction de communiquer avec sa victime ou de s’approcher de sa résidence.

Il est aussi inscrit au Registre national des délinquants sexuels pour les 20 prochaines années.

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Un emploi au conseil de bande

Vérification faite, son agent de probation lui a permis de se déplacer pour des fins de travail.

Le conseil de bande de Wemotaci continue de l’engager comme négociateur, malgré le verdict de culpabilité.

Wemotaci est une petite communauté où il risque de croiser la victime, puisqu’il n’y a qu’un seul dépanneur, un garage. Rien à voir avec l’anonymat que permettent les grandes villes.

Un collectif de femmes atikamekw a pris contact avec nous et a envoyé une lettre aux journaux pour dénoncer cette « parodie de justice ».

Ces femmes se demandent quel est le message envoyé aux victimes d’agression sexuelle et estiment que cela pourrait décourager les femmes de dénoncer leurs agresseurs.

Le cercle vicieux

En février dernier, Enquête dévoilait divers cas d’agressions sexuelles commises par des leaders autochtones, démontrant qu’il est difficile pour les victimes d’obtenir justice.

Dans le cas de Marcel Boivin, la victime a attendu 20 ans pour porter plainte contre deux leaders de sa communauté.

Au procès, nous avons appris que l’accusé et son complice avaient amené la victime dans un endroit isolé et l’avaient agressée à tour de rôle.

Le complice, Jean-Paul Neashish, a fait cinq autres victimes. Il a reçu une peine de six ans d’emprisonnement, l’automne dernier. Les procédures ont duré 10 ans.

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