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16/03/2017 07:21 EDT | Actualisé 17/03/2018 01:12 EDT

Réduire la dépendance de l’Alberta aux revenus de l’énergie, une mission impossible?

Privé de plus de 10 % de ses revenus par la chute des prix du pétrole, le gouvernement néo-démocrate albertain travaille à réduire sa dépendance envers les revenus de l'énergie. Mais au moment du dépôt du budget provincial, les progrès semblent minimes.

Un texte de Laurent Pirot

Les revenus tirés des énergies non renouvelables ont culminé à presque 9 milliards de dollars en 2014-15, ce qui représentait quasiment 20 % du budget. L’an dernier, les redevances tirées du pétrole et du gaz naturel, ainsi que les activités liées à l’exploitation énergétique, ne rapportaient plus que 2,4 milliards de dollars.

En même temps, le déficit s’est creusé de manière spectaculaire. Dans le budget déposé jeudi, il pourrait dépasser les 10 milliards pour la deuxième année consécutive.

C’est ce qu’on appelle les « montagnes russes » : quand le prix du pétrole est élevé, les revenus provinciaux augmentent. Quand les cours sont bas, ce sont les déficits qui augmentent.

« Les montagnes russes du pétrole et du gaz naturel, c’est ce qui nous conduit là où nous sommes », explique le ministre des Finances Joe Ceci.

Aide pour certains secteurs

Pour tenter de diminuer cette dépendance, son gouvernement a fait de la diversification de l’économie albertaine une de ses priorités. Le gouvernement offre par exemple des incitatifs pour attirer des investissements dans la pétrochimie, les hautes technologies ou le numérique.

Ces efforts ont permis d’annoncer la création de plusieurs centaines de nouveaux emplois, mais c’est loin d’avoir un impact majeur sur les revenus de la province.

« Ils n’ont pas fait grand-chose », estime l’économiste de l’Université de Calgary Trevor Tombe, qui reconnaît que le problème est difficile à surmonter : « Le trou à combler est très grand ».

Ça n’est pas du tout impossible à faire, mais il faut prendre des décisions difficiles.

Trevor Tombe, professeur d'économie à l'Université de Calgary

Taxe de vente

Comme d’autres économistes, Trevor Tombe prône avant tout la création d’une taxe de vente provinciale. « Il y a des arguments très convaincants en faveur d’une taxe de vente », ajoute Robert Ascah, un ancien haut fonctionnaire provincial qui collabore aujourd’hui à l’institut d’économie publique de l’Université de l’Alberta.

Une taxe de vente de 5 % représenterait une source de revenu stable d’environ 5 milliards de dollars par an, calculent les économistes.

Une autre solution consisterait à trouver des économies dans les dépenses.

Robert Ascah pense que le gouvernement pourrait trouver des économies en réduisant ses investissements dans les infrastructures ou en réduisant les dépenses de certains programmes provinciaux les plus généreux.

Trevor Tombe suggère d’économiser entre trois et cinq milliards de dollars en réduisant les dépenses du système de santé.

Ces différentes solutions sont politiquement délicates, estime l’économiste Melville McMillan. « Couper dans les services ou augmenter les impôts, ce sont des propositions qui seront très difficiles à présenter aux Albertains », estime-t-il.

Le gouvernement Notley a plusieurs fois affirmé qu’il n’entendait pas introduire de taxe de vente. La première ministre n’a cependant jamais écarté de le proposer dans le cadre de la prochaine campagne électorale provinciale.