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16/03/2017 11:16 EDT | Actualisé 17/03/2018 01:12 EDT

Macédoine : Tirana demande d'éviter que la crise devienne ethnique

L'Albanie a mis en garde jeudi contre des "tentatives de transformer la crise politique en une crise ethnique" dans la République de Macédoine voisine.

Le président macédonien de droite Gjorge Ivanov refuse dans ce pays de laisser le social-démocrate Zoran Zaev former un gouvernement de coalition avec les partis de la minorité albanaise, au motif que les revendications de ceux-ci mettraient en cause l'unité nationale.

Comme chaque soir, des milliers de manifestants, la plupart proches de la droite de Nikola Gruevski (VMRO-DPMNE), sont descendus pour la 18 ème journée consécutive dans les rues des villes macédoniennes, notamment Skopje, pour s'opposer à la mise en place d'un tel gouvernement, qui bénéficierait pourtant d'une majorité parlementaire.

Ils dénoncent notamment la volonté de faire de l'albanais une langue officielle dans tout ce pays balkanique, peuplé de 2,1 millions d'habitants dont 20 à 25% d'Albanais. Ce refus est dénoncé par l'opposition mais aussi par l'Europe et les Etats-Unis.

Le président albanais, Bujar Nishani, a rencontré jeudi son homologue macédonien en marge d'un forum international à Bakou. Dans un communiqué, il a souligné que "les tentatives de transformer la crise politique en une crise ethnique pouvaient avoir de graves conséquences pour tous".

Les opposants macédoniens soupçonnent le chef de la droite, Nikola Gruevski, homme fort du pays depuis 2006, de vouloir donner à dessein un caractère ethnique à une crise qui est au départ politique pour s'accrocher au pouvoir.

"Encourager la haine et l'intolérance a pour but de protéger les richesses obtenues par le biais d'activités criminelles". "Le VMRO-DPMNE, s'il souhaite un Etat unitaire et souverain, doit soutenir un transfert pacifique du pouvoir", a indiqué le SDSM, parti de M. Zaev dans un communiqué.

La question ethnique semblait close en Macédoine depuis les accords d'Ohrid, en 2001, quand, au terme de mois de troubles s'étant soldés par 100 à 200 morts, un accord avait octroyé des droits accrus à la minorité albanaise.

Mais des législatives en décembre dernier, organisées sous égide de l'Union européenne, menacent de réveiller les démons de ce pays.

Depuis 2015, la vie politique se résume aux anathèmes et aux accusations de corruption et d'écoutes illégales échangés entre opposition et droite. Des formations albanaises divisées assistaient jusqu'à présent en spectatrices à ce duel purement politique.

Mais l'écart minime entre le VMRO-DPMNE et le SDSM (Union sociale-démocrate) aux élections de décembre a offert aux élus albanais un rôle de faiseurs de rois, surtout après leur union, scellée au terme de plusieurs réunions à Tirana, une intervention de l'Albanie qui a suscité les accusations d'ingérence portées par la droite macédonienne.

Dans un communiqué diffusé jeudi à Skopje, M. Ivanov a estimé qu'"une telle ingérence dans les affaires intérieures de la Macédoine représente un exemple négatif (...) qui encourage la réalisation d'une idée nationaliste et ranime les tensions".

"Nous avons besoin d'apaiser les tensions et d'user d'une rhétorique prudente", a-t-il ajouté.

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