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16/03/2017 08:10 EDT | Actualisé 17/03/2018 01:12 EDT

Le département d'Etat sonné par les coupes claires dans son budget

Le département d'Etat américain était sonné par les coupes claires dans son budget proposées par Donald Trump, mais son secrétaire d'Etat Rex Tillerson les a justifiées en réclamant une diplomatie et une aide au développement "plus efficaces".

Même si ce projet de budget a très peu de chances d'être adopté tel quel par le Congrès, le nouveau président américain, élu sur un programme nationaliste et isolationniste, entend faire baisser de 28% les ressources de la diplomatie de la première puissance mondiale.

Ce serait un choc pour le vénérable et puissant département d'Etat, fondé en 1789, fort de 70.000 personnes disséminées au ministère des Affaires étrangères à Washington et dans 250 ambassades et consulats à travers le monde.

Le ministère et son agence pour le développement et l'aide internationale USAID se retrouveraient avec un budget réduit à 37,6 milliards de dollars pour l'année budgétaire 2018 (débutant le 1er octobre 2017) contre 50,9 milliards cette année.

Au département d'Etat, un gigantesque bâtiment surnommé "Foggy Bottom" dans le sud de Washington, déjà sur la touche par rapport à la Maison Blanche depuis l'entrée en fonctions du très discret secrétaire d'Etat Tillerson, l'atmosphère semblait plombée.

- 'Coupes irresponsables' -

Les rares hauts diplomates de l'ancienne administration de Barack Obama et de John Kerry encore en poste dénonçant, sous couvert d'anonymat, d'"importantes" réductions du budget. Mais ils sont aussi attentistes et prudents, comptant sur le "long processus" des aller-retours des prochains mois entre la Maison Blanche et le Congrès qui votera au final le budget fédéral de quelque 4.000 milliards de dollars.

Beaucoup plus remontée, l'ancienne secrétaire d'Etat adjointe pour l'Asie du Sud Nisha Biswal a tonné sur Twitter contre des "coupes déstabilisatrices et irresponsables en ces temps de défis mondiaux exceptionnels, de guerres et de famines".

Libérée depuis peu de son obligation de réserve, la diplomate a dit espérer une intervention du Congrès.

De fait, des sénateurs républicains, en principe soutiens de M. Trump, avaient condamné il y a plusieurs jours les baisses drastiques voulues pour le département d'Etat et USAID. Marco Rubio avait prévenu que "l'aide étrangère n'était pas de la charité" et qu'elle était cruciale pour la sécurité des Etats-Unis. Son pair Lindsey Graham avait parlé d'un projet budgétaire "mort d'avance".

Jeudi, le représentant démocrate Bennie Thompson a également condamné le "premier budget du président Trump qui n'est rien d'autre qu'un fantasme conservateur pour lacérer le gouvernement sans aucune justification rationnelle".

En écho aussi aux inquiétudes de nombre de hauts gradés militaires américains face au risque d'effondrement des ressources pour la diplomatie, un ancien conseiller à la sécurité nationale de l'ex président George W. Bush a tiré la sonnette d'alarme pour la politique étrangère et l'influence de l'Amérique.

"Nous avons appris en Irak et en Afghanistan que nos armées ont besoin d'un partenaire civil efficace si l'on veut que nos victoires sur les champs de bataille se transforment en paix durable", a taclé jeudi Stephen Hadley dans le New York Times.

- 'Efficacité' -

L'"efficacité", c'est justement l'argument avancé par Rex Tillerson pour justifier la réduction du budget de son propre ministère dont il a pris les commandes le 2 février. En tournée en Asie du Nord-Est, l'ancien PDG du géant pétrolier ExxonMobil a jugé dans un courrier à ses employés que "l'engagement (international) des Etats-Unis et l'aide devaient être plus efficaces".

"La défense des intérêts nationaux de notre pays doit toujours être notre mission première", a souligné le nouveau patron de la diplomatie américaine, se rangeant ainsi derrière le slogan "l'Amérique d'abord" du président Trump.

Interrogé à Tokyo lors de sa toute première conférence de presse, M. Tillerson s'en est pris aux administrations précédentes, en particulier à son prédécesseur John Kerry pour avoir trop dépensé dans un contexte d'"implication des Etats-Unis dans des conflits à travers le monde et pour l'aide aux catastrophes" humanitaires.

"Le niveau atteint par les dépenses du département d'Etat dans le passé, notamment l'année dernière, n'est tout simplement pas tenable", a jugé l'ancien chef d'entreprise.

Le ministère était bien en peine de détailler les missions qui seraient affectées par les coupes, mais la présidence a assuré que "les fonctions diplomatiques essentielles" seraient préservées.

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