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16/03/2017 13:07 EDT | Actualisé 17/03/2018 01:12 EDT

Disparus du Novotel d'Abidjan: un témoin accuse un colonel de la Garde républicaine

Un témoin, militaire du rang, a accusé jeudi un colonel de la Garde républicaine, accusé dans le procès de l'enlèvement et du meurtre de quatre personnes dont deux Français au Novotel d'Abidjan, en 2011, de lui avoir ordonné en vain de faire disparaître les corps.

"J'ai vu quatre corps dont deux Blancs dans un véhicule, le 4 avril à 20H00", environ quatre heures après l'irruption au Novotel d'Abidjan d'un commando armé qui en est reparti avec quatre personnes, dont deux Français, a déclaré à la barre Adjé Bosso, alors militaire du rang au camp Galliéni, situé dans le quartier du Plateau où se trouvent l'hôtel et la présidence.

"On m'a dit que c'est le colonel Mody (Ohoukou Mody Leopold, de la Garde républicaine, un des principaux accusés) qui a envoyé" le véhicule depuis la présidence, a-t-il ajouté.

Il a également affirmé que le colonel lui avait demandé "au téléphone de trouver des pelles en vue d'enterrer les corps". "J'ai dit au colonel +c'est pas bon+. J'ai demandé aux deux véhicules de repartir. J'ai informé le commandant de ma compagnie Sibibé Samba" a raconté Adjé Bosso.

Un des avocats de la défense, Me Rodrigue Dadjé, a mis en doute ce témoignage, relevant que le soldat n'avait jamais fait mention de cet appel direct au colonel lors de deux dépositions en mai 2011 et février 2012 devant la police judiciaire.

Le 4 avril 2011, au plus fort de la crise post-électorale en Côte d'Ivoire, un commando, venue de la présidence ivoirienne alors aux mains des partisans du président Laurent Gbagbo, avait fait irruption au Novotel.

Il en avait emmené son directeur, le Français Stéphane Frantz Di Rippel, son compatriote Yves Lambelin, directeur général de Sifca, plus grand groupe agro-industriel ivoirien, l'assistant béninois de celui-ci, Raoul Adeossi, et le Malaisien Chelliah Pandian, directeur général d'une filiale de Sifca.

Selon l'enquête, les quatre hommes ont été emmenés au palais présidentiel, torturés et tués. Les corps ont ensuite été jetés dans la lagune d'Abidjan.

Le corps d'Yves Lambelin est le seul à avoir été formellement identifié. La mort des trois autres victimes a été établie sur la base de témoignages et d'indices.

Pour les avocats de la défense, le camp Gbagbo n'avait "pas de mobile" puisque M. Lambelin avait "appelé" les entreprises "à payer leurs impôts à Gbagbo" alors qu'"il y avait deux présidences" concurrentes, après le refus du président Gbagbo de reconnaître sa défaite à la présidentielle face à Alassane Ouattara.

Ils accusent l'armée française d'avoir commis une bavure en bombardant le palais. Une version "absolument fausse", selon un enquêteur indépendant.

L'audience reprendra mardi 21 mars.

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