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15/03/2017 21:14 EDT | Actualisé 16/03/2018 01:12 EDT

Des élus philippins sanctionnés pour leur opposition à la peine de mort

Le parti du président philippin Rodrigo Duterte a sanctionné une dizaine d'élus qui avaient voté contre le rétablissement de la peine de mort, des représailles interprétées par l'opposition comme un pas de plus vers "l'autoritarisme".

L'ex-présidente Gloria Arroyo a ainsi été déchue mercredi de la vice-présidence de la Chambre des représentants et 11 autres parlementaires ont perdu leurs postes à responsabilités au sein de diverses commissions, dans une décision qualifiée de "purge" par certains médias locaux.

La campagne de Rodrigo Duterte pour rétablir la peine de mort dans l'archipel a franchi un obstacle de taille devant le Congrès au début du mois, avec le vote en deuxième lecture d'un projet de loi en ce sens.

Le président de la Chambre des représentants, Pantaleon Alvarez, avait brandi la menace de sanctions contre les parlementaires de la majorité qui voteraient contre le texte, en expliquant que le rétablissement de la peine de mort était un engagement de campagne de M. Duterte que chaque élu de la majorité se devait de soutenir.

La peine de mort avait été abolie en 2006, sous la présidence Arroyo.

"Chasser les tenants du +non+ des postes à responsabilité à la Chambre des représentants illustre l'intolérance du gouvernement pour toute forme de dissidence, ce qui est un indicateur d'un dangereux glissement vers l'autoritarisme", a estimé jeudi dans un communiqué le Parti libéral.

Cette formation de l'opposition a étayé cette accusation en rappelant l'arrestation le mois dernier de la sénatrice et ancienne ministre de la Justice Leila de Lima, une des adversaires les plus acharnées de la sanglante "guerre contre la drogue" du président Duterte.

Ce dernier espère pour mai le retour de la peine de mort, qu'il voit comme un instrument crucial de sa guerre contre le trafic de drogue.

Depuis son entrée en fonctions fin juin, la police a annoncé avoir abattu en situation de légitime défense plus de 2.500 trafiquants ou toxicomanes, tandis qu'environ 4.500 personnes ont été tuées dans des circonstances non élucidées.

Les défenseurs des droits accusent le gouvernement de présider à une campagne d'abus généralisés, Amnesty International jugeant que ces meurtres pouvaient peut-être être assimilés à un crime contre l'humanité.

Les adversaires de la peine de mort ont notamment fait valoir que la corruption du système judiciaire philippin déboucherait immanquablement sur l'exécution d'innocents.

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