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16/03/2017 01:19 EDT | Actualisé 17/03/2018 01:12 EDT

Afghanistan: un Bouddha sauvé du désastre entre au musée

Il a bravé le temps, les éléments, les pillards et la guerre: un spectaculaire Bouddha entièrement restauré, extirpé d'une des zones les plus dangereuses du pays, s'apprête à entrer au Musée national d'Afghanistan.

La statue de ce Bouddha en méditation aux traits sérénissimes, haut d'un mètre environ, était restée cachée sous la terre et le limon depuis les IIIe à Ve siècles, selon les archéologues et restaurateurs qui se sont portés à son chevet.

Assis dans un drapé de pourpre, les mains en offrande vers le ciel, cette pièce est exceptionnelle par sa conservation, son intégrité et l'éclat de ses couleurs.

Elle a été découverte en 2012 sur le site de Mes Aynak à une quarantaine de km au sud-est de Kaboul, dans la province du Logar désormais infestée de combattants talibans.

L'exploitation sur ce site d'une gigantesque mine de cuivre par un consortium chinois a permis de mettre au jour une immense cité fortifiée et ses six monastères sur près de 4km2.

"La statue était presque complète quand on l'a découverte, avec la tête ce qui est rare, placée au centre d'un niche elle-même décorée de fleurs peintes, au coeur d'un grand centre de prière", rapporte Ermano Carbonara, l'un des restaurateurs italiens dépêchés par l'Unesco à la Dafa, la Délégation archéologique française en Afghanistan à Kaboul.

"Il valait mieux la retirer du site pour la protéger" estime-t-il.

La glaise utilisée pour la sculpture, une argile prélevée dans la rivière de Mes Aynak, est particulièrement sensible à l'humidité: "en une nuit de pluie, on pouvait la perdre" assure-t-il en désignant les détails du visage, les boucles noires du chignon, le teint rose des joues et les iris bleus des yeux en lapis-lazuli qui témoignent selon lui "d'une technique vraiment sophistiquée".

- Bouddhas sans tête -

Par ailleurs, la convoitise des pillards dans un pays livré à l'anarchie guerrière depuis quatre décennies ne lui laissait guère de chance: la tête du Bouddha, la plus convoitée à la revente, avait déjà roulé au sol, malheureux coup de pelle lors des fouilles ou première tentative d'exfiltration...

"On retrouve pas mal de statues sans tête, si on l'avait abandonnée celle-ci ne serait pas restée longtemps", craint Julio Bendezu, directeur de la Dafa.

A Kaboul, restaurateurs italiens, français et afghans ont remis la tête en place, nettoyé les couleurs et replacé dans la niche l'un des deux petits personnages qui accompagnaient le Bouddha, moines ou donateurs. Le second, qui se trouve déjà au Musée, va retrouver sa place initiale.

"Il était fréquent que les donateurs qui finançaient la construction de la statue et de son sanctuaire veuillent se faire représenter à ses côtés", explique M. Bendezu, directeur de la Dafa.

La restauration a également permis de mieux étudier la structure intérieure de paille et de bois du Bouddha, dont l'habit trahit l'influence grecque laissée par Alexandre dans la région, comme un précipité du riche héritage de l'Afghanistan moderne.

Cette semaine, la statue a quitté les ateliers de la Dafa sous escorte militaire pour gagner le musée.

Elle sera mise en vitrine sous peu dans cet établissement qui aspire lui aussi à la renaissance après avoir été abondamment pillé et dévasté par les combattants de tous bords.

"Cela va envoyer un message aux gens de ce pays, c'est la preuve de notre histoire, de notre identité nationale" se félicite Rohullah Ahmadzai, directeur par intérim de l'Archéologie en Afghanistan. "Nous avons de la chance d'avoir des pièces comme celle-ci: une fois qu'elles sont au musée, elles sont en sécurité".

Une vaste salle est déjà dédiée aux trésors trouvés lors des fouilles de Mes Aynack. Ils témoignent du passé pré-islamique de l'Afghanistan, que les islamistes voudraient tellement effacer comme l'ont fait les talibans en détruisant les grands Bouddhas de Bamyian (centre de l'Afghanistan), ou le groupe Etat islamique à Palmyre (Syrie).

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