POLITIQUE
15/03/2017 11:58 EDT | Actualisé 16/03/2017 06:04 EDT

Légalisation de la marijuana: des employeurs inquiets pour la sécurité en milieu de travail (VIDÉO)

Des employeurs au pays sont préoccupés par le projet de légalisation de la marijuana. Ils craignent que les travailleurs soient plus nombreux à se présenter au travail sous l'effet de la drogue et demandent à Ottawa de prendre les mesures qui s'imposent.

Un texte de Louis Blouin

Sur le toit d'un édifice en construction à Gatineau, l'entrepreneur en toiture Alain Raymond raconte avoir déjà renvoyé des employés qui ont consommé de la drogue sur un chantier. « C'est tellement dangereux ». Avec la légalisation du cannabis, il craint que le problème ne s'aggrave et il se sent mal outillé.

«Certains employés l'ont compris, dans le cas de la marijuana, c'est plus dur à détecter. On n'a pas de mécanisme, d'expertise.»

- Alain Raymond, entrepreneur spécialisé en toitures.

Il n'est pas le seul à être préoccupé. Un regroupement d'employeurs qui oeuvre dans le secteur du transport pense qu'Ottawa doit ralentir son projet de légalisation et l'accompagner de solides mesures de protection.

«Nous pensons qu'il faut ralentir le processus et entamer une discussion à propos de l'usage de la drogue et de l'alcool au travail.»

- Derrick Hynes, directeur général, Employeurs des Transports et Communications de Régie fédérale

Des tests de dépistages aléatoires : une solution?

Ce groupe va même jusqu'à réclamer le recours à des tests aléatoires pour dépister les drogues dans les milieux de travail à risque. M. Hynes pense que cette façon de faire pourrait avoir des effets dissuasifs.

Cependant, des enjeux de vie privée entrent en ligne de compte. Et des vérifications sans motifs raisonnables ne respecteraient pas les critères établis par les tribunaux, selon l'avocate Chanel Alepin. Elle dit que les options du gouvernement pour imposer des tests aléatoires sont limitées.

«C'est quelque chose d'intrusif, et les chartes au Québec et au Canada ont primauté sur les autres lois.»

- Chanel Alepin, avocate, Alepin Gauthier

Une note interne du ministère fédéral du Travail de l'été dernier, dont nous avons obtenu copie, rappelle qu'aucune disposition dans les lois fédérales ou provinciales n'encadre les tests de dépistages des drogues ou d'alcool. Les critères ont été établis par la jurisprudence.

En ce moment, des tests pour consommation d'alcool et de drogue par un employeur sont possibles quand :

- Il y a une preuve d'abus de substance ou quand l'employé est dans un état inapte

- Il y a eu un incident au cours duquel il semble clair qu'une action ou une omission d'un employé a joué un rôle

- Un employé a déjà suivi un traitement pour abus de drogue ou d'alcool

Les tests aléatoires ne sont généralement pas permis sauf :

- Pour des conducteurs d'autobus commerciaux et de camions sans supervision directe.

- Dans des milieux de travail où la sécurité représente un enjeu majeur et lorsque les employés ont été avertis de la possibilité de test aléatoire de consommation d'alcool.

- Si le syndicat a approuvé la politique de dépistage.

La réaction de la ministre du Travail

La ministre fédérale du Travail, Patty Hajdu, assure prendre la situation au sérieux et reconnaît que la légalisation relance la discussion sur la drogue en milieu de travail.

«Nous travaillons de près avec les provinces et les territoires pour établir un cadre.»

- Patty Hajdu, ministre fédérale de l’Emploi, du Développement de la main d’œuvre et du Travail.

Le monde syndical appelle le gouvernement à la plus grande prudence. Jean Lacharité, 2e vice-président de la CSN, pense « qu'il faut y aller beaucoup plus sur la question de sensibilisation et de prévention, plutôt qu'un encadrement rigide, législatif, avec des tests dont on n’a pas la fiabilité encore ».

Le projet de légalisation de la marijuana doit être déposé au printemps 2017.

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