DIVERTISSEMENT
15/03/2017 05:23 EDT

Julie Le Breton, spectaculairement polyvalente

Maude Chauvin

Depuis le 14 mars, les abonnés du Club Illico découvrent Julie Le Breton sous un tout nouveau jour, elle qui interprète la coéquipière sans trop de façons de Victor Lessard dans la télésérie du même nom. Spectaculairement polyvalente, celle qu’on a vue dans Les Beaux Malaises jusqu’en janvier dernier foulera les planches dans un autre rôle très loin de ce qu’elle a joué depuis le début de sa carrière : l’infirmière psychorigide Ratched dans l’adaptation théâtrale de Vol au-dessus d’un nid de coucou.

En quoi la série Victor Lessard est-elle différente des émissions policières québécoises comme Mensonges, 19-2 et District 31?

Victor Lessard, c’est un polar dans la forme pure. On ne suit pas tant les drames que les policiers vont vivre ou leurs relations. Le but des 10 épisodes est de découvrir qui est le meurtrier. Plusieurs pistes sont lancées et le spectateur fait le même chemin que les enquêteurs pour découvrir ce qui s’est passé. Et c’est à travers l’enquête qu’on accède à la psyché de Victor.

Ceux qui ont lu les romans de Martin Michaud savent que Victor est un être au passé tourmenté et que sa partenaire Jacinthe vient l’équilibrer en quelque sorte. Qu’est-ce qui fait d’eux un si bon duo?  

Victor est dans l’intuition et il ressent énormément les choses, pas comme un don, mais à cause de ce qu’il a vécu. Il a une faille intérieure qui lui permet de comprendre les noirceurs de l’âme humaine. Jacinthe le challenge sur ses instincts et le ramène au concret pour qu’il trouve des preuves et des éléments tangibles pour faire avancer l’histoire. Elle est très concrète et terre-à-terre. Victor a besoin d’elle pour se grounder et elle a besoin de lui pour s’élever. Dans les deux cas, ils aiment jouer avec les limites de l’éthique. Lui, pour que l’enquête avance. Elle, parce qu’elle se fout pas mal des règles.

Comment as-tu construit l’attitude de Jacinthe?

Je voulais casser le côté un peu cute que j’ai souvent joué, comme la girl next door dans Les Beaux Malaises ou la femme fatale dans Les Pays d’en haut. J’avais envie de m’éloigner de la fille blonde aux yeux bleus avec du mascara qui allume le regard. Avec Jacinthe, j’ai voûté ma posture et alourdi ma démarche. J’observais les gars marcher et j’essayais de faire comme eux, avec les jambes plus écartées. C’était vraiment l’fun de casser la fille en moi pour faire ressortir le gars en moi. Et je n’avais pas eu peur de marquer ma face, de plisser mon visage ou de grimacer mon incompréhension.

Dirais-tu qu’elle est un peu bourrue?

Disons qu’elle ne saisit pas tant la sensibilité des gens autour d’elle. Elle fait des commentaires déplacés. Elle mange sur une scène de crime, alors que tout le monde a mal au cœur. Et elle fait des blagues de mauvais goût pour alléger l’atmosphère.

On entend aussi un certain relâchement dans sa façon de s’exprimer, non?

Ce n’est pas tant un relâchement de la mâchoire ou un accent différent, mais plutôt une extrême fatigue. Jacinthe, Victor et leurs coéquipiers passent 48 h debout sans dormir, ils mangent de la junk et ils ne vont pas super bien en dedans. Donc, tout est un peu lourd. Ils articulent moins. Ils sont un peu à bout.

À la télévision, on te voit aussi dans Les Pays d’en haut. Durant la première saison, ton personnage, Délima, était surtout en confrontation avec son frère Séraphin. Dirais-tu que cette saison-ci, elle est plus douce?

Absolument! Mais tout ça met la table pour l’an trois, où il va y avoir un éclatement! Il fallait que le bonheur soit beau avant qu’il s’effondre. Quelque chose de majeur va lui arriver et ses instincts de survie n’auront pas le choix de revenir en force. Le faux pouvoir qu’elle croit s’être octroyé va lui péter au visage. Et on va retrouver Délima avec un peu plus de poigne.

Tu joueras sous peu dans l’adaptation de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Quelle place le film occupe-t-il dans ta vie?

Je l’ai tellement vu souvent et à tant d’âges différents que c’est comme s’il avait toujours fait partie de ma vie. Je ne me rappelle même plus l’avoir découvert. J’ai toujours été fascinée par ce qui se passe dans les hôpitaux, la maladie mentale, Jack Nicholson et le cinéma du réalisateur Miloš Forman. Donc, le film avait une constellation d’affaires que j’aime. L’histoire est si pleine d’humanité, de tension et violence psychologique que je comprends pourquoi c’est un classique moderne. Je trouve ça important de replonger dans ces œuvres qui touchent à des thèmes universels comme la lutte de liberté et un système qui écrase les âmes.

T’imaginais-tu jouer Ratched un jour?

Je ne m’imagine jamais jouer aucun rôle. Comme actrice, tu veux jouer des personnages forts. Et depuis six ou sept ans, au théâtre, on m’offre énormément de femmes fortes, cruelles, manipulatrices et contrôlantes (Les Liaisons dangereuses, Marie Tudor, Les trois mousquetaires, etc.). C’est formidable de jouer la méchante, mais il faut aller plus loin que ça. Ratched se croit pleine d’amour pour ses patients et elle est convaincue d’adopter le bon système. Comme elle est pleine de rigidité, probablement pleine de TOC et très anxieuse, elle a créé un système ordonné comme une horloge suisse. Mais quand McMurphy arrive là-dedans, il fait tout péter et ça crée chez elle une profonde angoisse. Elle a besoin de faire taire ce gouffre qui s’ouvre en elle en l’écrasant lui.

Un peu comme s’il venait troubler son règne?

Il s’autoproclame maître des lieux dès la deuxième scène à l’hôpital. Lui, il mord dans la vie et il a besoin d’éclat, alors qu’elle a besoin de contrôle et de lumière froide. Les spectateurs vont assister à une lutte de pouvoir entre eux : pendant qu’il essaie de faire ressentir aux autres patients un besoin de liberté et d’émancipation, elle veut leur rappeler qu’ils ont encore besoin d’elle. Il y a une tension à couper au couteau dans la pièce.

Le public va inévitablement comparer l’interprétation de Mathieu Quesnel à celle de Jack Nicholson dans le film. Comment décrirais-tu le travail de Mathieu?

Il aborde McMurphy avec énormément de flamboyance. Il arrive comme une tornade. Il rit fort, il chante et il déplace de l’air… jusqu’à ce qu’il réalise qu’il est tombé dans quelque chose de dangereux. À ce moment-là, on a accès à son humanité et à sa sensibilité. L’injustice vient le chercher avec beaucoup de violence. Spécialement quand il voit à quel point Ratched est cruelle avec ces hommes.

La pièce Vol au-dessus d’un nid de coucou sera présentée au Rideau Vert du 21 mars au 23 avril 2017. Cliquez ici pour plus de détails : http://www.rideauvert.qc.ca/piece/vol-au-dessus-dun-nid-de-coucou/

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