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13/03/2017 10:02 EDT | Actualisé 14/03/2018 01:12 EDT

La tension ne cesse de monter entre les Pays-Bas et la Turquie

La tension continue de monter entre la Turquie et plusieurs pays européens qui comptent une importante diaspora turque. Dernière cible du président turc Recep Tayyip Erdogan, les Pays-Bas ont appelé leurs ressortissants se trouvant en Turquie à être « vigilants » et éviter « les rassemblements et les endroits très fréquentés ».

Le ministère des Affaires étrangères turc a de son côté convoqué le chargé d’affaires de l’ambassade néerlandaise, pour une troisième fois depuis le début de la crise, afin de dénoncer « le traitement infligé aux ministres et aux citoyens turcs aux Pays-Bas ».

Les dirigeants turcs, dont le président Erdogan lui-même, rivalisent de violence dans leurs critiques des Pays-Bas pour avoir interdit la tenue de rassemblements politiques turcs sur leur sol en prévision d’un référendum en Turquie.

M. Erdogan a notamment promis aux Néerlandais de leur « faire payer le prix » de ce traitement, en plus de déplorer le « nazisme et le fascisme » qui sévit en occident. Il a également déploré « l’islamophobie » qui règne en Europe.

Ankara contre l’Europe

Les Pays-Bas se sont attiré les foudres de M. Erdogan, samedi, en expulsant la ministre turque de la Famille Fatma Betül Sayan Kaya et en refusant d'autoriser une visite du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu.

Les dirigeants turcs devaient participer à des rassemblements politiques visant à convaincre la diaspora turque à voter pour un renforcement des pouvoirs du président Erdogan lors d’un référendum auquel les ressortissants turcs vivant à l’étranger ont le droit de voter.

La même situation a provoqué des réactions similaires en Autriche et en Allemagne - alors que la France a permis ces rassemblements - au cours des dernières semaines. Le président Erdogan avait également affublé les dirigeants de l’Autriche et de l’Allemagne des qualificatifs historiquement chargés de « fascistes et de nazis ».

Des rassemblements politiques turcs ont de nouveau été interdits en Allemagne et en Autriche, notamment pour des raisons de sécurité.

Une campagne [électorale] turque n'a rien à faire ici, en Allemagne.

Le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière

La visite des dirigeants turcs aux Pays-Bas coïncidait avec les derniers jours de la campagne électorale en prévision des législatives de mercredi. Le gouvernement a choisi d’interdire ces rassemblements turcs à un moment où le parti anti-islam du député Geert Wilders arrive au deuxième rang dans les intentions de vote.

En France, les rassemblements politiques turcs ont d'ailleurs été récupérés politiquement par les candidats de la droite, François Fillon, et de l’extrême droite, Marine Le Pen. Les deux candidats à la présidentielle ont indiqué que la France aurait dû interdire ces rassemblements.

Le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag, a lancé ce matin une nouvelle offensive diplomatique contre l’Europe : « Nous ne permettrons à personne de porter atteinte à l'honneur de la nation et de l'État turcs », a-t-il déclaré.

« Nous allons désormais assister à l'effondrement de l'Europe, a renchéri le vice-premier ministre turc Nurettin Canikli. L'Europe est un homme très malade, contrairement à la Turquie. »

La réforme de la constitution turque

Le président turc mène ainsi une campagne agressive contre l’Europe au un moment où il mène une campagne référendaire sur son territoire afin de faire plébisciter par la population une réforme de la constitution qui lui accorderait plus de pouvoirs.

Adopté en première lecture par le Parlement turc, le projet de réforme constitutionnelle attribuerait notamment au président le pouvoir de nommer et de renvoyer des ministres tout en abolissant, au profit d’une vice-présidence, le poste de premier ministre.

Les 18 nouveaux articles de la Constitution seront soumis à un référendum qui se tiendra au printemps en Turquie. Le projet enflamme les débats en Turquie où les députés en sont venus aux coups, il y a quelques semaines, lorsqu’il a été débattu en chambre pour la première fois.

La Turquie a exporté les débats dans les pays d’Europe où le vote de ses ressortissants vivant à l’étranger est convoité.

L'opposition turque s'objecte à ces nouveaux articles et accuse le président de dérive autoritaire, plus précisément depuis le putsch manqué du 15 juillet 2016.

La Constitution turque est en vigueur depuis 1982.

L'UE et l'OTAN tente de calmer le jeu

L’Union européenne (UE) et le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, ont lancé des appels au calme dans la crise diplomatique qui oppose la Turquie à plusieurs pays européens.

L'UE exhorte Ankara « à s'abstenir de toute déclaration excessive et d'actions qui risqueraient d'exacerber encore la situation », a déclaré la responsable de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.

Les questions préoccupantes ne peuvent être résolues que par des canaux de communication ouverts et directs », a ajouté l’UE, assurant qu'elle « continuera à fournir [ses] bons offices dans l'intérêt des relations entre l'UE et la Turquie.

Federica Mogherini

« Il est essentiel d'éviter une nouvelle escalade et de trouver les moyens de calmer la situation », a également exhorté Mme Mogherini.

« Les décisions relatives à la tenue de réunions et de rassemblements dans les États membres relèvent de l'État membre concerné, conformément aux dispositions applicables du droit international et du droit national. »

« J'encourage tous les Alliés à faire preuve de respect mutuel, à être calmes et à avoir une approche mesurée pour contribuer à une désescalade des tensions », a, de son côté, plaidé M. Stoltenberg.

« Le fait d'avoir un débat robuste est au coeur même de nos démocraties », a-t-il estimé, mais « il est important que nous nous concentrions sur tout ce qui nous unit, les défis, les menaces et comment l'OTAN s'y adapte, et pas sur ce qui, à l'occasion, nous divise. »

« Il est important d'avoir un dialogue et de comprendre que nous nous soutenons les uns les autres, a ajouté le chef de l’OTAN. Par exemple, la présence de l'OTAN en Turquie est bonne pour la Turquie, mais aussi pour l'Europe et le reste de l'Alliance », a insisté M. Stoltenberg tout en rappelant que l’OTAN avait envoyé des avions de surveillance AWACS en Turquie.